Nouveau maire LFI de Saint-Denis : une campagne de désinformation violente et raciste

Par Decrescendo 19/03/2026 à 13:24
Nouveau maire LFI de Saint-Denis : une campagne de désinformation violente et raciste

Le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est la cible d’une campagne de désinformation raciste relayée par l’extrême droite et certains médias. Fausses citations, bras d’honneur truqué : les fake news se propagent sans contrôle, révélant les fractures de la démocratie française en 2026.

La victoire de Bally Bagayoko, cible privilégiée des réseaux d’extrême droite

À peine élu maire de Saint-Denis au premier tour des municipales 2026 avec 50,77 % des voix, Bally Bagayoko, figure montante de La France Insoumise, se retrouve au cœur d’une campagne de désinformation systématique, orchestrée par les milieux réactionnaires et relayée sans discernement par certains médias. Une stratégie de diabolisation qui illustre la radicalisation croissante des débats politiques en France, où la vérité devient une variable d’ajustement au service de l’idéologie.

Depuis dimanche 16 mars, des fausses informations se propagent à une vitesse fulgurante sur les réseaux sociaux, avant d’être amplifiées par des figures de l’extrême droite et certains journalistes en quête de buzz. Parmi les affirmations les plus infondées : l’accusation d’avoir déclaré Saint-Denis comme « la ville des Noirs », un bras d’honneur à son arrivée à la mairie, ou encore le fait d’être « à la solde des dealers ». Des rumeurs relayées sans preuve, sans contexte, et surtout, sans remords, malgré les démentis répétés de l’intéressé.

La fausse citation « ville des Noirs » : une manipulation grossière

C’est sur LCI, dimanche soir, que tout commence. Darius Rochebin, journaliste vedette, lance à Bally Bagayoko : « Saint-Denis est la ville des rois. » Dans le brouhaha de la soirée électorale, l’élu tente de répondre : « La ville des rois et du peuple vivant », mais son micro est trop faible. Il répète alors, en croyant se faire entendre : « La ville des rois… la ville des rois… la ville des rois et du peuple vivant. »

Pourtant, dès lundi matin 16 mars, l’ancien directeur du Puy du Fou, Emmanuel de Villiers, publie sur X un message tronqué de la vidéo, affirmant que le maire élu aurait déclaré : « Saint-Denis est la ville des Noirs. » Une falsification éhontée, mais qui fera des milliers de partages. Gilbert Collard, figure sulfureuse du Rassemblement National, enfonce le clou en déclarant : « Darius Rochebin dit au nouveau maire de Saint-Denis : 'C'est la ville des rois', il répond : 'C'est la ville des noirs.' Où est le racisme ? Cette phrase est terrible par son séparatisme. »

Rapidement, la rumeur se propage sur les réseaux, portée par Jean Messiha, candidat Reconquête ! éliminé à Évreux, dont les messages cumulent des centaines de milliers de vues. Malgré les démentis officiels, ces publications restent en ligne, symptôme d’une impunité croissante des discours haineux en ligne.

Les médias complices : quand l’infox devient un sujet de débat

La désinformation ne se limite pas aux réseaux sociaux. CNews, BFM TV et France 5 ont tous relayé, à des degrés divers, ces accusations infondées. Sur CNews, un débat s’engage sur la possibilité pour un « Français blanc » de vivre à Saint-Denis. Apolline de Malherbe, interrogée en direct mardi 17 mars sur BFM, demande à Bally Bagayoko s’il considère sa ville comme « la ville des Noirs ». L’élu doit alors la corriger publiquement : « Non, c’est la ville des rois et du peuple vivant. »

Apolline de Malherbe présentera plus tard des excuses sur X : « Dans le brouhaha du duplex j'avais mal entendu ses propos dimanche soir minuit, et j'en suis désolée. » Karim Rissouli, animateur de C ce soir sur France 5, a également reconnu une « violence très forte dans le bruit médiatique » et dénoncé « une sorte d’impensé raciste ». Des mots qui contrastent avec l’inaction de certains médias, prompts à relayer des infox plutôt qu’à les combattre.

Autres attaques : le bras d’honneur et les liens avec les dealers

La désinformation ne s’arrête pas là. Gilbert Collard affirme que Bally Bagayoko a fait un bras d’honneur à son arrivée à la mairie, alors qu’il s’agissait en réalité d’un geste symbolique : un uppercut en référence à son slogan de campagne, « un coup, KO ». Une confusion volontaire, ou une méconnaissance crasse des codes politiques ?

Autre allégation infondée : le maire serait « à la main des dealers ». Cette rumeur trouve son origine dans une déclaration du maire sortant socialiste, Mathieu Hanotin, qui avait rapporté que des policiers municipaux avaient entendu des dealers dire qu’ils voteraient pour Bagayoko, car il voulait désarmer la police municipale. Un lien pour le moins ténu, et pourtant, un journaliste de Valeurs Actuelles a cru bon de poser la question en direct sur BFM TV, sans aucune preuve. Un écho aux discours sécuritaires qui fleurissent depuis des années, où l’insécurité devient un prétexte pour diaboliser la gauche radicale.

Bally Bagayoko, ancien cadre de la RATP engagé en politique depuis les années 2000, a toujours nié tout lien avec le narcotrafic. Il a même porté plainte pour diffamation contre son adversaire socialiste, Mathieu Hanotin, comme l’ont rapporté 20 Minutes et Le Parisien.

Le contexte politique : une extrême droite en embuscade

Ces attaques ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’extrême droite française, qui cherche à discréditer toute alternative progressiste, surtout lorsqu’elle émerge dans des bastions historiques de la gauche. Saint-Denis, ville populaire et multiculturelle, est un symbole : une victoire de La France Insoumise y est perçue comme une menace par les conservateurs.

Le gouvernement Lecornu, marqué par une politique de droite libérale, n’a pas réagi à ces dérives. Pourtant, la question de la démocratie locale est au cœur des débats. Comment expliquer qu’un élu, fraîchement élu, doive se justifier sur des rumeurs infondées, tandis que les vraies crises – logement, insécurité, services publics – restent sans réponse ?

La crise des vocations politiques n’est pas étrangère à ce phénomène. Les attaques personnelles, les campagnes de désinformation, les insultes : autant d’obstacles qui découragent les candidats engagés. Pourtant, des villes comme Saint-Denis prouvent que les urnes peuvent encore récompenser des projets collectifs, portés par des femmes et des hommes déterminés à changer la donne.

Réactions et conséquences : entre silence et résistance

Face à cette vague de haine, quelques voix s’élèvent. Karine Rissouli, journaliste sur France 5, a reconnu la responsabilité des médias dans la propagation de ces infox. « En tant que journalistes, on ne doit pas se laisser enfumer, instrumentaliser », a-t-il souligné sur Instagram. Une prise de conscience tardive, mais nécessaire.

De son côté, Bally Bagayoko tente de rester concentré sur son mandat. Dans un entretien accordé à Libération, il a déclaré : « Ces attaques montrent à quel point certains ont peur du changement. Mais Saint-Denis ne sera pas une ville qui recule face au progrès social et à l’égalité. »

Pourtant, les conséquences de cette campagne de désinformation sont réelles. Le climat politique se tend, les élus locaux sont de plus en plus intimidés, et la confiance dans les institutions s’effrite. Une tendance dangereuse, alors que la France s’apprête à affronter des défis majeurs : réforme des retraites, transition écologique, justice sociale. Comment avancer quand une partie du débat public se nourrit de mensonges et de haine ?

Saint-Denis, miroir des fractures françaises

La situation à Saint-Denis n’est pas isolée. Dans de nombreuses villes, les élus de gauche ou écologistes sont la cible de campagnes similaires, où les fausses informations remplacent les arguments politiques. Ces attaques visent à discréditer les projets portés par la gauche radicale, qu’il s’agisse de redistribution des richesses, de justice fiscale ou de protection des services publics.

Pourtant, les résultats électoraux parlent d’eux-mêmes. À Saint-Denis, comme dans d’autres villes populaires, les électeurs ont choisi l’espoir plutôt que la peur. Mais combien de temps faudra-t-il attendre avant que les médias et les responsables politiques ne prennent la mesure de cette crise démocratique ?

Une chose est sûre : la désinformation n’est pas un phénomène marginal. Elle est devenue un outil de gouvernement, une arme politique au service de ceux qui refusent le débat d’idées. Et si Saint-Denis en est la victime aujourd’hui, demain, ce pourrait être n’importe quelle ville, n’importe quel élu.

Dans ce contexte, une question s’impose : jusqu’où irons-nous pour défendre la vérité ?

Les réseaux sociaux, terreau fertile de la désinformation

Le rôle des plateformes numériques dans cette affaire est loin d’être anodin. X (ex-Twitter), Facebook et TikTok ont tous joué un rôle dans la propagation de ces fausses informations. Les algorithmes, conçus pour maximiser l’engagement, favorisent les contenus polémiques, même lorsqu’ils sont mensongers. Résultat : une bulle informationnelle se forme, où les fausses nouvelles circulent plus vite que les démentis.

Des personnalités comme Jean Messiha ou Emmanuel de Villiers, connus pour leurs positions radicales, en profitent pour amplifier leurs messages. Leur influence n’est pas anodine : ils façonnent l’opinion publique en diffusant des narratifs complotistes, où la gauche est systématiquement associée au séparatisme, à la violence ou à la corruption.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une logique de guerre culturelle, où l’extrême droite cherche à imposer ses thèmes – immigration, insécurité, identité nationale – comme les seuls légitimes. Mais quand des médias traditionnels reprennent ces narratifs sans vérification, ils deviennent complices de cette dérive.

La gauche face au défi de la communication

Face à cette offensive, la gauche doit-elle revoir sa stratégie de communication ? Probablement. Trop souvent, les élus insoumis ou communistes sont perçus comme des technocrates éloignés des réalités, ou des agitateurs prêts à tout pour diviser la société. Pourtant, à Saint-Denis, Bally Bagayoko incarne une autre voie : celle d’un élu ancré dans son territoire, porteur d’un projet collectif.

Mais pour faire entendre ce message, il faut des médias qui jouent leur rôle. Or, force est de constater que certains journalistes préfèrent l’audience facile à l’information rigoureuse. Quand Apolline de Malherbe avoue avoir mal entendu les propos de Bally Bagayoko, elle reconnaît implicitement que la précipitation prime sur la vérification. Un aveu qui en dit long sur les dérives du journalisme contemporain.

La solution ? Peut-être une alliance entre les élus, les médias indépendants et la société civile pour lutter contre la désinformation. Des initiatives comme Les Décodeurs du Monde ou FactCheck sur France Info montrent qu’il est possible de corriger le tir. Mais à condition que les grands médias acceptent de se remettre en question.

Un enjeu démocratique majeur

Cette affaire dépasse le cas de Saint-Denis. Elle pose une question fondamentale : comment préserver le débat démocratique dans un monde où la vérité est devenue une opinion comme une autre ?

La désinformation n’est pas un phénomène anodin. Elle fragilise la confiance dans les institutions, divise la société et donne du grain à moudre à ceux qui veulent détruire la démocratie. Face à ce fléau, une seule réponse : la vigilance. Vigilance des citoyens, qui doivent vérifier leurs sources avant de partager une information. Vigilance des médias, qui doivent résister à la tentation du buzz. Vigilance des politiques, qui doivent défendre l’éthique avant tout.

À Saint-Denis, Bally Bagayoko a choisi la résistance. Il a refusé de se laisser intimider, a porté plainte contre ses détracteurs, et continue d’œuvrer pour une ville plus juste. Son exemple doit inspirer tous ceux qui croient encore en la politique comme outil de transformation sociale.

Car au-delà des attaques personnelles, c’est bien un modèle de société qui est en jeu. Une société où la diversité est une richesse, où la justice sociale est une priorité, où la démocratie locale est respectée. Une société où les élus ne sont pas des cibles, mais des serviteurs du bien commun.

La bataille pour Saint-Denis n’est pas terminée. Mais elle est déjà un symbole de ce que pourrait être la France de demain : une France fière de son histoire, unie dans sa diversité, et déterminée à avancer ensemble.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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C

corte

il y a 5 minutes

nooooon mais sérieux ??? ils osent tout maintenant !!! et la presse mainstream qui relaye sans vérifier ??? c'est quoi ce délire !!! on marche sur la tête ou quoi ??? non mais franchement...

0
N

Nocturne

il y a 1 heure

Raciste, la France ? Pfff... La preuve que non, y'a des gens qui élisent un maire LFI à Saint-Denis. 😂

0
S

Spirale

il y a 1 heure

Ce qui me frappe, c'est la rapidité avec laquelle ces fake news se propagent. En 2017, déjà, Marine Le Pen avait soufflé sur les braises des tensions communautaires. Aujourd'hui, les algorithmes des réseaux sociaux amplifient ces discours de manière exponentielle. On est en pleine ère de la post-vérité, où la désinformation devient un outil de guerre politique. Qui en paiera le prix ?

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