Un rapport accablant sur la gestion de la crise en Nouvelle-Calédonie
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a rendu un avis sévère sur les événements survenus en Nouvelle-Calédonie en 2024, pointant du doigt une répression violente et des dysfonctionnements graves dans la gestion de la crise. Le rapport, adopté jeudi 29 janvier 2026, met en lumière des pratiques illégitimes et des interrogations persistantes sur l’impartialité de la justice.
Des violences « parfois mortelles » et un déni institutionnel
Selon Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme et corapporteur du document, « il ressort des auditions un déni généralisé quant à la gravité des faits ».
« La violence d’État a été banalisée, et les victimes, souvent issues des communautés kanakes, ont été laissées pour compte »,a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’une réforme en profondeur des mécanismes de sécurité et de justice en Outre-mer.
La CNCDH se défend face aux accusations de partialité
Jean-Baptiste Burguburu, avocat et président de la CNCDH, a tenu à rappeler que l’institution, bien que nommée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, agit avec indépendance et impartialité. « Il ne s’agit pas de jeter de l’huile sur le feu, mais de dénoncer les dérives où la violence a été illégitime », a-t-il affirmé. La composition du rapport, co-rapporté par des membres issus de la société civile et de la magistrature, vise à dépolitiser les conclusions.
Un contexte politique explosif
La Nouvelle-Calédonie, territoire ultra-sensible du fait de son histoire coloniale et de ses tensions identitaires, reste un foyer de crise démocratique locale. Les émeutes de 2024, déclenchées par des mesures perçues comme discriminatoires, ont révélé des fractures profondes entre les communautés et les institutions. Certains observateurs y voient un échec de la politique d’intégration menée par l’État, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation politique de la crise par l’extrême droite.
Des mesures de rétorsion collective et un système judiciaire sous pression
Le rapport évoque des mesures de rétorsion collective ciblant des quartiers entiers, ainsi que des doutes persistants sur l’équité des procédures judiciaires.
« La justice a parfois semblé servir de bras armé d’une répression ciblée »,indique le document, qui appelle à une mission d’enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les événements.
Réactions politiques et enjeux pour 2027
À l’approche des élections de 2027, les conclusions de la CNCDH pourraient alimenter les débats sur la gestion des Outre-mer et la crise des vocations politiques en France. La gauche, traditionnellement proche des mouvements indépendantistes, pourrait instrumentaliser le rapport pour critiquer la politique sécuritaire du gouvernement Lecornu. À droite, certains élus minimisent les conclusions, évoquant un rapport biaisé.
Un appel à la transparence et à la réconciliation
Au-delà des clivages partisans, le rapport de la CNCDH appelle à une approche plus humaine de la gestion des crises sociales. Dans un contexte de montée des tensions identitaires en Europe, la France est sommée de montrer l’exemple en matière de respect des droits fondamentaux.