La députée écologiste Sandrine Rousseau dénonce l’opacité des choix énergétiques et politiques
Dans une interview donnée ce dimanche 24 mai 2026, la députée écologiste Sandrine Rousseau a dressé un constat sévère des dysfonctionnements démocratiques et stratégiques qui minent aujourd’hui l’action publique en France. Interrogée sur les défis politiques et sociétaux qui traversent le pays, elle a pointé du doigt l’absence de débat sincère au sein des institutions, notamment sur des sujets aussi sensibles que le nucléaire ou l’organisation des primaires à gauche.
Une primaire écologiste « verrouillée » et un débat politique asphyxié
Sandrine Rousseau a vivement critiqué le processus de désignation du candidat écologiste pour l’élection présidentielle, qualifiant la primaire d’« très fragile ». « Cette primaire a été verrouillée par les partis, sans véritable espace pour un débat de fond », a-t-elle déclaré lors de l’émission « Questions politiques ».
La députée a ajouté que « si l’absence de primaire se confirme, il faudra tout remettre à plat, notamment la stratégie des Écologistes ». Une prise de position qui s’inscrit dans un contexte de profonde remise en question des méthodes de désignation des candidats, alors que les tensions internes au parti vert persistent. Rousseau a par ailleurs refusé de trancher sur la question de savoir si Jean-Luc Mélenchon serait un meilleur candidat que Marine Tondelier, préférant garder une position prudente.
Le nucléaire, un sujet « confisqué » aux citoyens ?
C’est sur la question de l’énergie que Sandrine Rousseau a livré son analyse la plus percutante. Pour elle, le débat sur le nucléaire en France relève d’une « confiscation démocratique ». « Nous devrions remettre cette question entre les mains du peuple français via un référendum », a-t-elle lancé, soulignant que « la France ne peut plus se contenter de miser exclusivement sur le nucléaire sans interroger les citoyens ».
La députée a évoqué les conséquences environnementales et géopolitiques de cette dépendance, rappelant que l’industrie nucléaire est un gouffre en termes de consommation d’eau, alors que les conflits autour de cette ressource s’intensifient dans un contexte de réchauffement climatique. « On ne peut pas continuer à ignorer les enjeux de souveraineté et les risques liés à l’approvisionnement en uranium », a-t-elle martelé, en référence aux tensions internationales qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement.
Sandrine Rousseau a également pointé du doigt l’inaction des dirigeants français face à ces défis.
« La France joue un rôle de spectateur depuis le début. On assiste à de grandes annonces, à des déclarations où la voix tremble, mais au final, rien ne bouge. »Une critique voilée à l’encontre de Emmanuel Macron et de son gouvernement, dirigé par Sébastien Lecornu, dont la gestion des crises environnementales et énergétiques est de plus en plus contestée.
Crise du carburant et transition écologique : l’urgence d’un changement de modèle
Interrogée sur la crise persistante des carburants, Sandrine Rousseau a défendu une vision radicalement opposée à la politique actuelle. Pour elle, la solution ne réside pas dans des mesures ponctuelles, mais dans une refonte structurelle des transports. « Il faut investir massivement dans les transports de proximité, développer l’autopartage, privilégier les véhicules légers et moins énergivores, et renforcer l’offre ferroviaire », a-t-elle affirmé.
La députée a également mis en avant l’urgence climatique pour justifier ces choix. « Ce pic de chaleur inédit doit nous interroger : et si la voiture individuelle était l’un des premiers leviers d’action ? » a-t-elle lancé, insistant sur la nécessité d’une volonté politique forte pour imposer cette transition. Une position qui s’inscrit en opposition frontale avec les orientations libérales défendues par la majorité présidentielle, perçues comme trop timorées face à l’urgence écologique.
Guerre et responsabilité : la France face à ses contradictions
Sandrine Rousseau n’a pas hésité à aborder un sujet aussi sensible que la guerre, qu’elle envisage comme « un débouché naturel du capitalisme ». Une analyse qui tranche avec le discours officiel, alors que la France reste en retrait des conflits internationaux, malgré ses ambitions affichées de puissance diplomatique.
La députée a également évoqué la question de la flottille pour Gaza, déclarant réfléchir à la possibilité de participer à une prochaine mission. « Nous sommes tous responsables de ce qui se passe là-bas », a-t-elle souligné, en référence à la situation humanitaire désastreuse dans l’enclave palestinienne. Une prise de position qui révèle une volonté de s’engager activement sur la scène internationale, là où la diplomatie française peine à se distinguer.
Affaire Bruel : un pas dans la bonne direction, mais insuffisant
Enfin, Sandrine Rousseau a réagi à l’enquête concernant Patrick Bruel, saluant le fait que les investigations ne devraient pas aboutir à un classement sans suite. Toutefois, elle a tempéré son optimisme, rappelant que « le chemin vers la justice reste long ». Une remarque qui illustre son engagement en faveur d’une société plus transparente et responsable, loin des privilèges de caste qui persistent dans certains cercles du pouvoir.
Un diagnostic accablant et des propositions radicales
À travers son intervention, Sandrine Rousseau a dressé un constat sans appel : la France souffre d’un défaut démocratique structurel, d’une stratégie énergétique hasardeuse et d’une incapacité à anticiper les crises. Ses propositions, qu’il s’agisse d’un référendum sur le nucléaire, d’une refonte des transports ou d’un engagement international plus marqué, s’inscrivent dans une logique de rupture avec les politiques menées jusqu’ici.
Alors que les tensions politiques s’exacerbent et que les défis climatiques s’accumulent, ses prises de position résonnent comme un appel à une mobilisation citoyenne inédite. Reste à savoir si les partis de gauche, profondément divisés, sauront s’emparer de ces idées pour proposer une alternative crédible face à un exécutif en perte de vitesse.