Un départ précipité pour une campagne municipale
Rachida Dati quitte le ministère de la Culture après deux années marquées par des promesses ambitieuses et des réalisations contestées. Son départ, officialisé le 25 février 2026, intervient alors qu'elle se prépare à affronter les municipales à Paris, où elle espère succéder à Anne Hidalgo. Une décision qui a suscité des critiques, notamment de la part de l'opposition, qui y voit une instrumentalisation de son poste pour des ambitions politiques personnelles.
Une ministre clivante, entre louanges et critiques
Dès son arrivée rue de Valois, Rachida Dati a divisé. Certains lui reconnaissent un engagement fort en faveur de la culture, tandis que d'autres dénoncent un manque de vision concrète. Alexandre Portier, président LR de la commission des affaires culturelles, salue une ministre courageuse, tandis que la députée écologiste Sophie Taillé-Polian regrette l'absence de projets structurants.
Son style brute de décoffrage, souvent perçu comme une force, s'est retourné contre elle. Julien Odoul, député RN, estime que le fond est un peu famélique, malgré une communication agressive.
La culture pour tous : une ambition inaboutie ?
Rachida Dati avait fait de la démocratisation culturelle une priorité, notamment à travers le plan Culture et ruralité, doté de 98 millions d'euros sur trois ans. Une initiative saluée par certains, comme Laurent Lafon, président LR de la commission de culture du Sénat, qui souligne l'importance d'ouvrir la culture aux territoires éloignés. Cependant, des voix s'élèvent pour dénoncer une opération de communication, sans impact réel sur le terrain.
La réduction du pass Culture, passant de 300 à 150 euros pour les jeunes de 18 ans, a également suscité des critiques. Un député de l'ex-majorité regrette la fin d'une politique efficace, identifiée par les jeunes.
L'audiovisuel public : un dossier explosif
Le dossier de l'audiovisuel public a été l'un des plus controversés de son mandat. Rachida Dati s'est emparée de la proposition de loi de Laurent Lafon visant à créer une holding pour France Télévisions, Radio France et l'INA. Mais son projet de fusion des entités a suscité une levée de boucliers, l'obligeant à reculer. Elle a pensé que la fusion était la solution, puis elle a vu les réactions que cela suscitait, relate Laurent Lafon.
Son manque de soutien à l'audiovisuel public lors des critiques des médias privés, notamment du groupe Bolloré, a également été pointé du doigt. La ministre a été mollassonne dans la défense de l'audiovisuel public, déplore un député du camp présidentiel.
Un budget en baisse et des tensions avec Bercy
Malgré ses efforts, Rachida Dati n'a pas pu éviter les coupes budgétaires. Le budget de la culture s'élève désormais à 4,2 milliards d'euros, hors audiovisuel public, soit 200 millions de moins qu'en 2025. Une baisse qui s'ajoute à celle de 86 millions d'euros pour l'audiovisuel public en 2026. Sophie Taillé-Polian dénonce une ministre incapable de sauvegarder les moyens nécessaires.
Un héritage politique incertain
Rachida Dati laisse derrière elle un ministère en pleine tourmente, entre tensions budgétaires, réformes inachevées et une image personnelle fortement polarisée. Si certains lui reconnaissent une certaine opiniâtreté, d'autres estiment qu'elle a manqué de courage sur des dossiers clés. Son départ pour les municipales parisiennes laisse planer le doute sur l'avenir de la politique culturelle française.