Une fronde républicaine contre la politique protectionniste de Trump
Mercredi 11 février, une poignée d'élus républicains de la Chambre des représentants a osé braver la ligne dure de Donald Trump en votant pour l'abrogation des droits de douane imposés au Canada. Un acte de rébellion symbolique, mais qui illustre les tensions croissantes au sein du parti présidentiel.
Un vote symbolique, mais un camouflet pour Trump
La résolution, adoptée par une coalition hétéroclite de républicains dissidents et de démocrates, vise à mettre fin à l'état d'urgence économique décrété par Trump en février 2025. Ce mécanisme avait permis au président d'imposer des surtaxes unilatérales sur les importations canadiennes, au mépris des règles commerciales internationales.
"Les droits de douane sont une taxe sur les consommateurs américains", a dénoncé le représentant républicain Don Bacon avant le vote.
Malgré cette victoire à la Chambre, le texte devra encore franchir l'obstacle du Sénat, où les républicains détiennent la majorité. Même en cas d'adoption, Trump a d'ores et déjà promis d'y opposer son veto. Une majorité des deux tiers serait nécessaire pour le surmonter, un scénario jugé improbable.
La guerre des droits de douane, un enjeu géopolitique
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a multiplié les mesures protectionnistes, ciblant particulièrement ses alliés traditionnels. Le Canada, partenaire commercial historique des États-Unis, a subi des surtaxes pouvant atteindre 35 % sur certains produits, malgré l'existence de l'accord ACEUM de libre-échange.
Cette politique a suscité l'ire de nombreux républicains, traditionnellement favorables au libre-échange. "Nous ne pouvons pas délocaliser nos responsabilités", a martelé Don Bacon, rappelant que le pouvoir de fixer les droits de douane revient constitutionnellement au Congrès.
Un Congrès divisé face à l'hyperprésidentialisme de Trump
Le chef républicain de la Chambre, Mike Johnson, avait tenté jusqu'au dernier moment de bloquer ce vote en prolongeant une mesure interdisant tout débat sur la question. En vain. Cette fronde illustre les tensions croissantes entre une frange du parti et l'hyperprésidentialisme de Trump, qui concentre tous les pouvoirs économiques entre ses mains.
Pour les observateurs, ce vote marque un tournant dans la relation entre le Congrès et la présidence. "C'est un avertissement clair contre la dérive autoritaire de Trump", estime un analyste politique. La question des droits de douane pourrait bien devenir un enjeu majeur des élections de 2027.
Un sujet qui dépasse les frontières américaines
Cette crise commerciale intervient dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et leurs alliés. Alors que l'Union européenne et le Canada multiplient les appels au dialogue, Washington semble s'enfermer dans une logique isolationniste. "Les droits de douane ne protègent pas l'économie américaine, ils la fragilisent", déplore un diplomate européen sous couvert d'anonymat.
Du côté français, le gouvernement Lecornu II suit avec attention cette crise, craignant des répercussions sur les échanges commerciaux avec les États-Unis. "La France plaide pour un multilatéralisme renforcé", a rappelé le ministre de l'Économie, soulignant l'importance des accords internationaux.