Le Rassemblement national séduit les chefs d’entreprise, mais son programme divise
Dans un entretien accordé ce lundi 27 avril 2026, Thomas Ménagé, député du Rassemblement national (RN) et porte-parole du parti, a réaffirmé la cohésion du programme économique du RN, malgré les critiques internes et externes. Alors que certains observateurs, comme l’ancien ministre Renaud Dutreil, qualifient le RN de « gauche économique », Ménagé a balayé ces accusations, affirmant que le parti bénéficiait désormais d’un soutien massif parmi les chefs d’entreprise et les milieux économiques. Une déclaration qui soulève des questions sur les véritables orientations du parti, alors que la présidentielle de 2027 se profile.
Un programme économique unique, mais des discours divergents ?
Interrogé sur les prétendues divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, Ménagé a catégoriquement nié l’existence de deux lignes au sein du RN. Selon lui, le programme économique du parti est « unique et cohérent », même si les deux figures du mouvement n’utilisent pas les mêmes termes pour le présenter. « Il n’y a pas deux lignes, mais deux personnalités qui s’expriment différemment », a-t-il insisté, tout en reconnaissant que certains aspects du discours peuvent varier selon les interlocuteurs.
Cette affirmation intervient alors que Jordan Bardella a multiplié les rencontres avec le Medef et les représentants du patronat ces dernières semaines. Une stratégie qui vise à crédibiliser le RN auprès des milieux économiques, mais qui interroge sur l’adéquation entre les promesses du parti et les réalités du monde des affaires. Laurent Jacobelli, autre porte-parole du RN, n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier le parti de « pro-business », une expression qui contraste avec les discours traditionnels du RN sur la souveraineté économique et la protection des emplois locaux.
« Le RN est en tête chez les chefs d’entreprise et dans le milieu économique », a affirmé Thomas Ménagé, tout en précisant que « certains grands patrons du CAC 40, très politisés, estiment que notre programme est trop équilibré et protège trop les travailleurs. » Une déclaration qui en dit long sur les tensions internes au sein du patronat français, partagé entre une frange libérale et une autre, plus protectionniste.
Des critiques venues de tous bords
Les propos de Ménagé surviennent alors que le RN est la cible de critiques acerbes de la part de figures de la droite traditionnelle. Bruno Retailleau, sénateur LR, a ainsi accusé le parti d’extrême droite de défendre une « trajectoire de gauche » en matière économique. Une accusation que Ménagé a balayée d’un revers de main, rappelant que le RN avait été le seul à censurer le gouvernement Barnier, qui avait promis d’augmenter les impôts de 40 milliards d’euros. « Ces critiques viennent de gens qui ont fait partie du même système que nous combattons », a-t-il lancé, sous-entendant que la droite classique n’avait pas de légitimité pour juger le RN sur le terrain économique.
Du côté de la gauche, les attaques sont tout aussi virulentes. Plusieurs élus de gauche, comme Stéphane Peu (PCF), ont dénoncé un parti qui, selon eux, cherche à « criminaliser toute critique de l’État d’Israël » sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, tout en défendant des positions économiques qui favoriseraient les grandes entreprises au détriment des travailleurs. Une contradiction apparente que le RN peine à expliquer.
Une politique économique sous le feu des projecteurs
Le débat autour du programme économique du RN prend une dimension particulière à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Alors que le gouvernement Sébastien Lecornu doit faire face à une crise des carburants et à une inflation persistante, le RN propose une baisse de la TVA sur les carburants, passant de 20 % à 5,5 %. Une mesure qui, selon Ménagé, coûterait environ 1 milliard d’euros, mais qui permettrait de soulager immédiatement le pouvoir d’achat des Français. « Il faut une aide immédiate, pas dans plusieurs semaines », a-t-il martelé, critiquant la lenteur et la complexité des dispositifs gouvernementaux.
Pourtant, cette proposition ne fait pas l’unanimité. Plusieurs économistes, y compris au sein de la majorité présidentielle, soulignent que cette baisse de la TVA pourrait alimenter l’inflation, notamment si les entreprises ne répercutent pas intégralement la baisse des prix. Philippe Brun, député PS de l’Eure, a ainsi qualifié la mesure de « tardive et insuffisante », rappelant que le gouvernement avait déjà multiplié les aides ciblées sans parvenir à endiguer la crise.
Le RN face à ses contradictions
Le parti d’extrême droite se retrouve ainsi pris en étau entre deux feux : d’un côté, les partisans d’un libéralisme économique assumé, qui voient dans le RN un rempart contre les excès de l’État-providence ; de l’autre, les défenseurs d’une ligne plus protectionniste, attachée à la défense des emplois et des salaires. Une dualité qui pose question sur la cohérence du projet économique du RN, alors que le parti cherche à se normaliser pour séduire un électorat plus large.
Thomas Ménagé a tenté de rassurer en rappelant que le RN défendait un « équilibre » entre soutien aux entreprises et protection sociale. « Développer la richesse de notre pays pour mieux protéger les Français, c’est notre ligne depuis toujours », a-t-il déclaré. Pourtant, les propos tenus par d’autres figures du RN, comme Marine Le Pen en 2022, qui avait promis de « nationaliser les péages autoroutiers » ou de « plafonner les dividendes », semblent en contradiction avec cette volonté affichée de modération économique.
La transparence parlementaire en question
Dans un tout autre registre, Thomas Ménagé a également évoqué les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, dont les députés RN doivent se prononcer aujourd’hui sur la publication d’un rapport controversé. Alors que certains élus de la majorité pourraient être tentés de censurer le document, Ménagé a défendu une ligne de transparence, malgré les désaccords de fond. « Des travaux parlementaires, même contestables, doivent être publiés. La suspicion est le pire ennemi de la démocratie », a-t-il argumenté, rappelant que la transparence était un pilier essentiel de la vie politique.
La France et la crise au Moyen-Orient : une diplomatie en équilibre
Enfin, sur le front international, Ménagé a pris position sur la crise au Moyen-Orient, alors que les tensions entre Israël, le Liban et l’Iran s’intensifient. Le député RN a salué la position de la France, qui prône un cessez-le-feu au Liban et une diplomatie d’apaisement, tout en critiquant la gestion de la crise par Donald Trump. Selon lui, l’ancien président américain aurait sous-estimé la durée du conflit et entraîné ses alliés dans une guerre aux conséquences imprévisibles, notamment sur les prix de l’énergie. « Trump a été mal conseillé. Cette guerre menace la stabilité mondiale », a-t-il estimé, alors que la France, sous la présidence Macron, tente de jouer un rôle de médiateur.
Pour Ménagé, la position française est « légitime », car elle vise à lutter contre un régime qu’il qualifie de « menace pour la stabilité internationale ». Pourtant, cette prise de position contraste avec les critiques récurrentes du RN envers la politique étrangère de Macron, accusée de « faiblesse » et de « manque de fermeté ». Une contradiction qui illustre les difficultés du parti à définir une ligne claire sur la scène internationale.
Taxer les superprofits : une vieille lune du RN
Sur le volet fiscal, Thomas Ménagé a réitéré la volonté du RN de taxer les superprofits, une mesure déjà portée par Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy à l’Assemblée nationale. Une proposition qui avait donné lieu à une taxe éphémère, jugée inefficace par de nombreux observateurs. « Il faut contrôler les marges et taxer les profiteurs de crise », a-t-il insisté, alors que Raphaël Glucksmann, candidat non déclaré à la présidentielle, a récemment relancé le débat sur ce sujet.
Pourtant, la mise en œuvre d’une telle mesure se heurterait à des obstacles juridiques et économiques majeurs. Plusieurs études ont montré que les taxes sur les superprofits avaient souvent des effets contre-productifs, poussant les entreprises à réduire leurs investissements ou à délocaliser leurs activités. Une réalité que le RN semble ignorer, préférant jouer la carte de la démagogie économique.
Entre séduction du patronat et contradictions internes, le RN tente de séduire
En conclusion, les déclarations de Thomas Ménagé révèlent les tensions internes au RN entre une ligne économique libérale, destinée à séduire les chefs d’entreprise, et une rhétorique plus sociale, héritée de l’héritage frontiste. Alors que la présidentielle de 2027 approche, le parti d’extrême droite tente de se repositionner comme une force crédible sur le plan économique, mais peine encore à convaincre sur sa cohérence et sa faisabilité.
Les prochains mois seront décisifs pour le RN : parviendra-t-il à concilier ses promesses de baisse des impôts, de protection sociale et de soutien aux entreprises ? Ou bien ses contradictions internes finiront-elles par éclater au grand jour, comme le suggèrent déjà les critiques venues de tous bords ? Une chose est sûre : la bataille pour l’économie française est loin d’être terminée, et le RN compte bien en être un acteur majeur.