RN en tête chez les patrons : la grande offensive économique du parti d’extrême droite

Par Decrescendo 27/04/2026 à 12:32
RN en tête chez les patrons : la grande offensive économique du parti d’extrême droite

Le RN séduit-il vraiment les patrons ou cache-t-il une ligne économique divisée ? Entre promesses de baisse de TVA, taxe sur les superprofits et soutien ambigu au patronat, le parti d’extrême droite tente de séduire l’électorat économique sans perdre sa base sociale.

Le Rassemblement national séduit les chefs d’entreprise, mais son programme divise

Dans un entretien accordé ce lundi 27 avril 2026, Thomas Ménagé, député du Rassemblement national (RN) et porte-parole du parti, a réaffirmé la cohésion du programme économique du RN, malgré les critiques internes et externes. Alors que certains observateurs, comme l’ancien ministre Renaud Dutreil, qualifient le RN de « gauche économique », Ménagé a balayé ces accusations, affirmant que le parti bénéficiait désormais d’un soutien massif parmi les chefs d’entreprise et les milieux économiques. Une déclaration qui soulève des questions sur les véritables orientations du parti, alors que la présidentielle de 2027 se profile.

Un programme économique unique, mais des discours divergents ?

Interrogé sur les prétendues divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, Ménagé a catégoriquement nié l’existence de deux lignes au sein du RN. Selon lui, le programme économique du parti est « unique et cohérent », même si les deux figures du mouvement n’utilisent pas les mêmes termes pour le présenter. « Il n’y a pas deux lignes, mais deux personnalités qui s’expriment différemment », a-t-il insisté, tout en reconnaissant que certains aspects du discours peuvent varier selon les interlocuteurs.

Cette affirmation intervient alors que Jordan Bardella a multiplié les rencontres avec le Medef et les représentants du patronat ces dernières semaines. Une stratégie qui vise à crédibiliser le RN auprès des milieux économiques, mais qui interroge sur l’adéquation entre les promesses du parti et les réalités du monde des affaires. Laurent Jacobelli, autre porte-parole du RN, n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier le parti de « pro-business », une expression qui contraste avec les discours traditionnels du RN sur la souveraineté économique et la protection des emplois locaux.

« Le RN est en tête chez les chefs d’entreprise et dans le milieu économique », a affirmé Thomas Ménagé, tout en précisant que « certains grands patrons du CAC 40, très politisés, estiment que notre programme est trop équilibré et protège trop les travailleurs. » Une déclaration qui en dit long sur les tensions internes au sein du patronat français, partagé entre une frange libérale et une autre, plus protectionniste.

Des critiques venues de tous bords

Les propos de Ménagé surviennent alors que le RN est la cible de critiques acerbes de la part de figures de la droite traditionnelle. Bruno Retailleau, sénateur LR, a ainsi accusé le parti d’extrême droite de défendre une « trajectoire de gauche » en matière économique. Une accusation que Ménagé a balayée d’un revers de main, rappelant que le RN avait été le seul à censurer le gouvernement Barnier, qui avait promis d’augmenter les impôts de 40 milliards d’euros. « Ces critiques viennent de gens qui ont fait partie du même système que nous combattons », a-t-il lancé, sous-entendant que la droite classique n’avait pas de légitimité pour juger le RN sur le terrain économique.

Du côté de la gauche, les attaques sont tout aussi virulentes. Plusieurs élus de gauche, comme Stéphane Peu (PCF), ont dénoncé un parti qui, selon eux, cherche à « criminaliser toute critique de l’État d’Israël » sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, tout en défendant des positions économiques qui favoriseraient les grandes entreprises au détriment des travailleurs. Une contradiction apparente que le RN peine à expliquer.

Une politique économique sous le feu des projecteurs

Le débat autour du programme économique du RN prend une dimension particulière à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Alors que le gouvernement Sébastien Lecornu doit faire face à une crise des carburants et à une inflation persistante, le RN propose une baisse de la TVA sur les carburants, passant de 20 % à 5,5 %. Une mesure qui, selon Ménagé, coûterait environ 1 milliard d’euros, mais qui permettrait de soulager immédiatement le pouvoir d’achat des Français. « Il faut une aide immédiate, pas dans plusieurs semaines », a-t-il martelé, critiquant la lenteur et la complexité des dispositifs gouvernementaux.

Pourtant, cette proposition ne fait pas l’unanimité. Plusieurs économistes, y compris au sein de la majorité présidentielle, soulignent que cette baisse de la TVA pourrait alimenter l’inflation, notamment si les entreprises ne répercutent pas intégralement la baisse des prix. Philippe Brun, député PS de l’Eure, a ainsi qualifié la mesure de « tardive et insuffisante », rappelant que le gouvernement avait déjà multiplié les aides ciblées sans parvenir à endiguer la crise.

Le RN face à ses contradictions

Le parti d’extrême droite se retrouve ainsi pris en étau entre deux feux : d’un côté, les partisans d’un libéralisme économique assumé, qui voient dans le RN un rempart contre les excès de l’État-providence ; de l’autre, les défenseurs d’une ligne plus protectionniste, attachée à la défense des emplois et des salaires. Une dualité qui pose question sur la cohérence du projet économique du RN, alors que le parti cherche à se normaliser pour séduire un électorat plus large.

Thomas Ménagé a tenté de rassurer en rappelant que le RN défendait un « équilibre » entre soutien aux entreprises et protection sociale. « Développer la richesse de notre pays pour mieux protéger les Français, c’est notre ligne depuis toujours », a-t-il déclaré. Pourtant, les propos tenus par d’autres figures du RN, comme Marine Le Pen en 2022, qui avait promis de « nationaliser les péages autoroutiers » ou de « plafonner les dividendes », semblent en contradiction avec cette volonté affichée de modération économique.

La transparence parlementaire en question

Dans un tout autre registre, Thomas Ménagé a également évoqué les travaux de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, dont les députés RN doivent se prononcer aujourd’hui sur la publication d’un rapport controversé. Alors que certains élus de la majorité pourraient être tentés de censurer le document, Ménagé a défendu une ligne de transparence, malgré les désaccords de fond. « Des travaux parlementaires, même contestables, doivent être publiés. La suspicion est le pire ennemi de la démocratie », a-t-il argumenté, rappelant que la transparence était un pilier essentiel de la vie politique.

La France et la crise au Moyen-Orient : une diplomatie en équilibre

Enfin, sur le front international, Ménagé a pris position sur la crise au Moyen-Orient, alors que les tensions entre Israël, le Liban et l’Iran s’intensifient. Le député RN a salué la position de la France, qui prône un cessez-le-feu au Liban et une diplomatie d’apaisement, tout en critiquant la gestion de la crise par Donald Trump. Selon lui, l’ancien président américain aurait sous-estimé la durée du conflit et entraîné ses alliés dans une guerre aux conséquences imprévisibles, notamment sur les prix de l’énergie. « Trump a été mal conseillé. Cette guerre menace la stabilité mondiale », a-t-il estimé, alors que la France, sous la présidence Macron, tente de jouer un rôle de médiateur.

Pour Ménagé, la position française est « légitime », car elle vise à lutter contre un régime qu’il qualifie de « menace pour la stabilité internationale ». Pourtant, cette prise de position contraste avec les critiques récurrentes du RN envers la politique étrangère de Macron, accusée de « faiblesse » et de « manque de fermeté ». Une contradiction qui illustre les difficultés du parti à définir une ligne claire sur la scène internationale.

Taxer les superprofits : une vieille lune du RN

Sur le volet fiscal, Thomas Ménagé a réitéré la volonté du RN de taxer les superprofits, une mesure déjà portée par Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy à l’Assemblée nationale. Une proposition qui avait donné lieu à une taxe éphémère, jugée inefficace par de nombreux observateurs. « Il faut contrôler les marges et taxer les profiteurs de crise », a-t-il insisté, alors que Raphaël Glucksmann, candidat non déclaré à la présidentielle, a récemment relancé le débat sur ce sujet.

Pourtant, la mise en œuvre d’une telle mesure se heurterait à des obstacles juridiques et économiques majeurs. Plusieurs études ont montré que les taxes sur les superprofits avaient souvent des effets contre-productifs, poussant les entreprises à réduire leurs investissements ou à délocaliser leurs activités. Une réalité que le RN semble ignorer, préférant jouer la carte de la démagogie économique.

Entre séduction du patronat et contradictions internes, le RN tente de séduire

En conclusion, les déclarations de Thomas Ménagé révèlent les tensions internes au RN entre une ligne économique libérale, destinée à séduire les chefs d’entreprise, et une rhétorique plus sociale, héritée de l’héritage frontiste. Alors que la présidentielle de 2027 approche, le parti d’extrême droite tente de se repositionner comme une force crédible sur le plan économique, mais peine encore à convaincre sur sa cohérence et sa faisabilité.

Les prochains mois seront décisifs pour le RN : parviendra-t-il à concilier ses promesses de baisse des impôts, de protection sociale et de soutien aux entreprises ? Ou bien ses contradictions internes finiront-elles par éclater au grand jour, comme le suggèrent déjà les critiques venues de tous bords ? Une chose est sûre : la bataille pour l’économie française est loin d’être terminée, et le RN compte bien en être un acteur majeur.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (8)

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Zénith

il y a 4 jours

Le RN et les patrons, c’est comme le mariage : au début, tout le monde dit 'oui à tout', puis après, une fois l’argent dépensé, on se rend compte que c’était un piège. Sauf que là, le piège, c’est nous qui allons le payer.

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Véronique de Poitou

il y a 4 jours

nooooon mais c'est pas possible ça !!! encore une fois ON NOUS PREND POUR DES ABRUTIS !!! ils promettent la lune aux patrons mais après ils vont nous faire payer avec des coupes dans les retraites ou les hôpitaux ??? md rrr... sérieux, on est où là ???

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Hugo83

il y a 4 jours

Moi, je connais un patron qui a voté RN en 2022. Il m’a dit : 'Au moins, ils parlent de la crise énergétique, contrairement aux verts qui veulent juste nous interdire nos chaudières à gaz'. Après, bon, il sait aussi que leurs mesures sont floues... Mais au moins, ils osent en parler, alors que les autres partient préfèrent faire semblant de ne pas voir. Après, est-ce que ça suffira pour les patrons en général ? Franchement, j’en sais rien...

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ThirdEye

il y a 4 jours

@hugo83 Ah oui, parce que un patron qui vote RN, c’est forcément un mec qui a lu le programme en détail et qui a pesé le pour et le contre ? Ou alors c’est juste un vote de ras-le-bol contre Macron, comme en 2017 ? Les gens votent souvent par rejet, pas par adhésion. Et après, surprise, le RN fait n’importe quoi une fois au pouvoir. Qui l’eût cru ?

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Bergeronnette

il y a 4 jours

Le RN séduit les patrons ? Ben voyons. Ils leur promettent une baisse de TVA... mais en échange, il faudra fermer les frontières et virer les travailleurs détachés. Les patrons adorent ça, surtout quand ça fait monter leurs marges. Point final.

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Tmèse

il y a 4 jours

@veronique-de-poitou Tu déconnes ou quoi ??? Le RN a toujours été contre les superprofits, c'est dans leur programme depuis des années ! Après, bon, faut pas non plus croire que Jordan va faire la révolution en 2027... Mais au moins ils en parlent, contrairement à Macron qui donne des milliards aux copains sans rien demander en échange. Slts.

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Postulat

il y a 4 jours

Comme d'hab. Le RN fait son marché électoral : un peu de libéralisme pour les riches, un peu de protectionnisme pour les gilets jaunes. Au final, c'est toujours les mêmes qui trinquent. Pfft.

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N

Nocturne

il y a 4 jours

Le RN économiquement, c’est comme un dictateur en costume-cravate : tu vois la veste mais pas les bottes qui écrasent. Baisse de TVA ? Oui, mais pour qui ? Pour les PME qui ferment ? Ou pour les actionnaires qui trinquent avec Le Pen père ?

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