L’héritage colonial du RN resurgit à l’Assemblée nationale
Paris, le 4 avril 2026 – Dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale le 28 juin 2022, le député José Gonzalez, membre du Rassemblement national (RN), a rappelé avec une nostalgie palpable son attachement à l’Algérie française. Né à Oran en 1943, il affirmait sans équivoque : « Je ne suis pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou pas. » Une déclaration qui, trois ans plus tard, continue de cristalliser les tensions autour de la mémoire de la guerre d’Algérie, alors que le parti d’extrême droite mobilise ce passé comme un pilier de son identité politique.
Cette prise de position, loin d’être anodine, s’inscrit dans une stratégie délibérée du RN pour instrumentaliser l’histoire coloniale et en faire un levier électoral. Pourtant, l’Organisation armée secrète (OAS), dont les méthodes violentes visaient à maintenir par tous les moyens la domination française en Algérie, a laissé derrière elle un bilan humain lourd : près de 2 000 morts, selon les archives historiques. Un chiffre que certains cercles politiques, proches des thèses révisionnistes, contestent aujourd’hui avec une régularité inquiétante.
Un récit mémoriel qui s’impose dans le débat public
Le discours de José Gonzalez n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large où l’extrême droite française réécrit l’histoire coloniale pour en faire un symbole de résistance contre un prétendu « déclin national ». Cette tendance, amplifiée par les réseaux sociaux et certains médias complaisants, contribue à brouiller les repères entre mémoire et propagande.
Les travaux des historiens, pourtant consensuels sur la nature répressive du système colonial et ses conséquences dramatiques, sont régulièrement contestés. « La recherche historique a établi depuis des décennies les crimes de l’OAS et des forces françaises en Algérie, mais ces acquis sont aujourd’hui remis en cause par des discours politiques qui privilégient l’émotion à la vérité. » analyse Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d’Algérie. Une instrumentalisation qui rappelle les dérives autoritaires observées ailleurs en Europe, où certains partis d’extrême droite réécrivent l’histoire pour servir leurs ambitions politiques.
La guerre d’Algérie, un sujet toujours brûlant
La question algérienne reste un sujet de friction diplomatique et politique, près de soixante ans après les accords d’Évian. En France, elle divise toujours les mémoires, comme en témoignent les polémiques récurrentes autour des lois mémorielles ou des hommages aux victimes de la répression coloniale. Le RN, en faisant de ce passé un marqueur identitaire, cherche à mobiliser un électorat nostalgique d’un âge d’or imaginaire, tout en alimentant un discours de victimisation de la France.
Cette stratégie s’accompagne d’une diabolisation des oppositions, accusées de vouloir « effacer l’histoire de France ». Pourtant, loin de se limiter à un débat mémoriel, ces controverses révèlent des enjeux plus profonds : la remise en cause des valeurs républicaines, l’exaltation d’un nationalisme fermé, et la justification a posteriori des violences coloniales. « Quand un parti politique nie les crimes de son passé, c’est tout un système de valeurs qui vacille », souligne Malika Rahal, historienne et spécialiste du Maghreb contemporain.
Un contexte politique tendu
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer entre les exigences de la gauche, qui réclame une reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux, et les provocations de l’extrême droite, le RN joue sur les divisions. En 2026, le parti de Marine Le Pen mise sur la nostalgie pour séduire un électorat en quête de repères, tout en attisant les tensions communautaires.
Cette instrumentalisation n’est pas sans risques. Elle alimente un climat de défiance envers les institutions et favorise les discours de rejet de l’autre. En Europe, des pays comme la Hongrie ou la Turquie ont déjà montré comment l’histoire pouvait servir de prétexte à l’autoritarisme. La France, patrie des Lumières, se doit de résister à cette dérive.
Vers une réconciliation mémorielle ?
Face à ces remises en cause, des voix s’élèvent pour réaffirmer l’importance d’une histoire apaisée. Des associations, des historiens et une partie de la société civile appellent à un travail de mémoire collectif, loin des calculs politiques. « La France a besoin de reconnaître ses crimes pour avancer, pas de les nier. C’est le seul moyen de tourner la page sans répéter les erreurs du passé », plaide Houria Bouteldja, essayiste et militante antiraciste.
Pourtant, le RN continue de surfer sur cette ambiguïté, transformant la guerre d’Algérie en une matrice politique où se mêlent résilience, victimisation et rejet de l’altérité. Une stratégie qui, si elle peut séduire à court terme, risque d’hypothéquer l’avenir d’une France plurielle et ouverte.
L’Algérie française, un marqueur durable de l’extrême droite
L’attachement du RN à l’Algérie française ne se limite pas à des discours nostalgiques. Il s’agit d’un pilier idéologique qui structure une partie de son électorat. En 2026, alors que les tensions identitaires s’exacerbent en Europe, ce récit trouve un écho croissant auprès de ceux qui rejettent le multiculturalisme et prônent un retour à une identité nationale fantasmée.
Les archives de l’OAS, longtemps taboues, sont aujourd’hui réhabilitées par certains cercles. Des livres, des documentaires et des conférences révisionnistes se multiplient, bénéficiant d’une visibilité accrue grâce aux réseaux sociaux. « On assiste à une entreprise de légitimation des violences coloniales, où les bourreaux deviennent des héros », dénonce l’historien Olivier Le Cour Grandmaison.
Ce phénomène n’est pas sans rappeler les dérives observées dans d’autres pays, où l’extrême droite réécrit l’histoire pour servir ses intérêts. En Russie, la glorification du passé soviétique sert à justifier l’autoritarisme de Poutine. En Chine, le récit nationaliste efface les exactions commises pendant la Révolution culturelle. La France, elle, doit-elle devenir le prochain terrain de cette réécriture mémorielle ?
Un enjeu pour la démocratie
La question dépasse largement le cadre strict de la mémoire coloniale. Elle interroge la santé de notre démocratie. Quand un parti politique, qui se veut porteur d’un projet national, minimise ou nie des crimes avérés, c’est toute la crédibilité des institutions qui est en jeu. Le RN, en faisant de l’Algérie française un symbole, joue avec le feu d’un nationalisme radical, incompatible avec les valeurs républicaines.
Face à cette menace, des initiatives citoyennes émergent. Des associations comme Les Oranges ou Le Mémorial des crimes coloniaux organisent des colloques, des expositions et des débats pour rappeler la réalité historique. Leur combat : « Ne pas laisser l’extrême droite s’approprier l’histoire à sa guise. »
En 2026, alors que la France s’interroge sur son avenir, le débat sur la guerre d’Algérie reste un test pour la République. Acceptera-t-elle que l’extrême droite réécrive son passé à son profit ? Ou choisira-t-elle de tourner la page en assumant pleinement son histoire, y compris ses pages les plus sombres ?
Les réseaux sociaux, amplificateurs d’une mémoire sélective
Internet joue un rôle clé dans la diffusion de cette mémoire révisionniste. Les algorithmes des plateformes sociales, en favorisant les contenus polémiques, amplifient les discours qui remettent en cause les acquis historiques. Des comptes proches du RN, mais aussi des influenceurs d’extrême droite, relayent quotidiennement des thèses qui nient ou minimisent les crimes de l’OAS.
Un exemple frappant : la viralité de vidéos présentant des anciens membres de l’OAS comme des « résistants » face à l’indépendance algérienne. Ces contenus, souvent partagés des millions de fois, contribuent à normaliser un récit biaisé, où la violence coloniale devient une lutte légitime.
Face à cette désinformation, des historiens et des journalistes tentent de rétablir les faits. Mais leur voix peine à se faire entendre dans le brouhaha des réseaux sociaux, où l’émotion prime souvent sur la rigueur. « Dans un monde où tout le monde a son mot à dire sur l’histoire, il devient urgent de rappeler que la vérité n’est pas une opinion comme une autre. » insiste Raphaëlle Branche, historienne spécialiste de la guerre d’Algérie.
Un héritage qui pèse sur les relations franco-algériennes
Cette instrumentalisation mémorielle ne reste pas sans conséquences sur la diplomatie. Les relations entre la France et l’Algérie, déjà complexes, sont régulièrement mises à mal par les déclarations des responsables politiques français. En 2024, une visite d’État avait été annulée après des propos controversés de Marine Le Pen sur la colonisation.
En 2026, alors que les deux pays tentent de renouer le dialogue, les tensions persistent. L’Algérie, qui a toujours exigé une reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux, se heurte à un mur en France, où une partie de la classe politique refuse d’assumer ce passé.
« La France ne pourra jamais construire une relation apaisée avec l’Algérie si elle refuse de regarder son histoire en face. » souligne Karim Amellal, ambassadeur de France en Algérie entre 2020 et 2023.
Conclusion : la mémoire comme arme politique
Le cas du RN et de son rapport à l’Algérie française illustre une tendance plus large : l’utilisation de l’histoire comme arme politique. En niant ou en minimisant les crimes du passé, certains partis cherchent à mobiliser un électorat en quête de certitudes. Une stratégie dangereuse, qui menace la cohésion nationale et la crédibilité de la démocratie.
Face à cette dérive, il appartient aux institutions, aux historiens et à la société civile de rappeler les faits, sans concession. La France a besoin d’une mémoire apaisée, pas d’une mémoire instrumentalisée. C’est le seul moyen de tourner la page sans répéter les erreurs du passé.