Un procès qui éclabousse le Rassemblement National
Lundi 19 janvier 2026, le député européen du Rassemblement National (RN) Nicolas Bay a marqué un tournant dans le procès en appel des assistants européens du parti. Sous la pression des questions de la présidente de la cour d’appel, Michèle Agi, il a finalement admis que son assistant avait peut-être travaillé dans une « zone grise ». Une reconnaissance tardive, qui contraste avec la défense initiale du parti.
Des demi-aveux sous pression judiciaire
« J’ai cheminé, j’ai réfléchi », a déclaré Nicolas Bay, avant d’ajouter : « Je ne suis pas dans une forme de déni. » Une déclaration qui sonne comme un aveu partiel, mais qui a été rapidement contredit par l’assistant en question. Ce dernier a finalement reconnu avoir travaillé « à 90 % » pour le parti, alors qu’il était payé par le Parlement européen.
« J’ai essayé de m’organiser rapidement, je n’avais qu’une vision lointaine et assez théorique de tout ça. »
— Nicolas Bay, député européen RN
Un système opaque au cœur des accusations
Élu en 2014, Nicolas Bay avait embauché un assistant accrédité à Strasbourg et Bruxelles, ainsi que trois militants locaux. Parmi eux, Timothée Houssin, dont le parcours a été éclaboussé par la publication d’une photo antisémite en 2019. Ce scandale avait conduit au renvoi de l’assistant, mais n’avait pas empêché les soupçons de persister sur l’utilisation frauduleuse des fonds européens.
Le procès en appel révèle une nouvelle fois les dysfonctionnements internes du RN, qui peine à se défaire de son image d’un parti aux pratiques douteuses. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de renforcer les contrôles sur les financements politiques, cette affaire rappelle les risques de dérive lorsque les partis d’extrême droite bénéficient de fonds publics.
Un enjeu européen et démocratique
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale et de défiance envers les institutions. Le Parlement européen, souvent critiqué pour son manque de transparence, se retrouve une fois de plus au cœur d’un scandale impliquant un parti français. Une situation qui pourrait alimenter les tensions entre la France et l’Union européenne, alors que le président Emmanuel Macron tente de renforcer les liens avec Bruxelles.
Pour les observateurs, ce procès est symptomatique des difficultés du RN à se réformer en profondeur. Malgré les tentatives de « dédiabolisation », les pratiques du parti restent sous le feu des critiques, notamment de la part des forces de gauche, qui dénoncent une instrumentalisation des institutions européennes à des fins partisanes.
Un procès qui dépasse le cadre judiciaire
Au-delà des aspects juridiques, ce procès soulève des questions politiques majeures. Comment garantir l’intégrité des financements publics ? Comment lutter contre les dérives des partis politiques ? Autant de défis qui interpellent le gouvernement français, alors que la crise des vocations politiques et la défiance citoyenne ne cessent de croître.
Dans ce contexte, le RN tente de se présenter comme une alternative crédible, mais les révélations du procès en appel risquent de fragiliser sa crédibilité. Une situation qui pourrait profiter à la gauche, en pleine préparation des élections de 2027.