Une ville divisée par la violence et la politique
Trois ans après le drame de Crépol, où le jeune Thomas Perotto a été poignardé lors d’un bal de campagne, la tension persiste à Romans-sur-Isère. Dans ce village de la Drôme, les cicatrices de cette nuit tragique du 19 novembre 2023 n’ont pas fini de saigner. Les habitants, marqués par la peur et la colère, vivent dans un climat de défiance exacerbé par les discours politiques.
Des habitants sous tension
Emilie, une ancienne policière de 40 ans, confie garder un cran d’arrêt dans son sac. Après le drame, elle se déplaçait en ville accompagnée d’un « staff croisé labrador », un chien de catégorie 1. « Un beau bébé, il ne faut pas s’approcher de moi », explique-t-elle. Elle avoue voter extrême droite depuis dix-huit ans. Son mari, Julien, employé dans le bâtiment, va jusqu’à évoquer des idées radicales : « Si ça avait été moi, j’aurais posé une bombe pour tout faire péter là-bas. Tant pis s’il y a 99 % de bons et 1 % de mauvais. »
Ces propos reflètent une fracture profonde entre les habitants de Crépol et ceux de Romans-sur-Isère, notamment les jeunes issus des quartiers défavorisés comme la cité de la Monnaie. « Là-bas, c’est l’ennemi », résume Julien, refusant même de se rendre dans cette ville voisine.
Un narratif dangereux qui s’installe
Le drame de Crépol a alimenté un discours de division, opposant symboliquement « les Blancs » et « les Arabes ». Cette polarisation, amplifiée par les réseaux sociaux et certains médias, a trouvé un écho dans la politique locale. Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère depuis 2014 et candidate à sa réélection, incarne cette droite radicale qui capitalise sur les peurs.
« Des mots sont sortis de travers, les rugbymen ont eu peur et c’est parti en couilles », tente d’apaiser Christophe, un maçon de 43 ans. Mais le mal est fait : la méfiance entre les communautés s’est installée, et la politique locale en pâtit.
Une élection sous haute surveillance
Les prochaines municipales s’annoncent tendues. Dans un contexte de crise de la démocratie locale, les enjeux dépassent largement les frontières de Romans-sur-Isère. La montée des extrêmes, alimentée par des événements comme celui de Crépol, interroge sur la capacité des institutions à apaiser les tensions.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la sécurité, les habitants de la Drôme montrent que les fractures sociales et politiques restent profondes. Dans ce climat, la gauche espère incarner une alternative, mais le terrain est miné par les discours sécuritaires et identitaires.