L’eurodéputée Reconquête! face aux questions sur son retrait controversé
Dans un entretien diffusé ce vendredi 27 mars 2026, l’ancienne candidate aux élections municipales parisiennes pour le parti Reconquête!, Sarah Knafo, a confirmé avoir eu des échanges avec l’ex-président Nicolas Sarkozy, tout en démentant catégoriquement tout rôle joué par ce dernier dans son retrait de la course. Invitée sur le plateau des 4 V, l’eurodéputée de 35 ans, figure montante de l’extrême droite française, a tenté de dissiper les spéculations persistantes autour des pressions exercées par l’ancien chef de l’État sur sa stratégie électorale.
Un désistement sous haute tension politique
Le retrait de Sarah Knafo de la compétition municipale parisienne, survenu en décembre 2025, avait suscité de vives interrogations au sein de la classe politique. À l’époque, les observateurs s’étaient interrogés sur les motivations réelles de cette décision, alors que les sondages la plaçaient en position de force face aux candidats de la droite traditionnelle et du Rassemblement National. « Aucun rôle, je vous assure. Mon choix s’est fondé sur une analyse strictement stratégique de la situation », a-t-elle déclaré devant le journaliste Jeff Wittenberg, ajoutant que « les alliances se construisent dans le dialogue, mais pas dans la subordination ».
Pourtant, les liens entre les deux figures de la droite française ne sont un secret pour personne. Ancien mentor politique de Knafo au sein des Républicains, Sarkozy a longtemps été perçu comme une ombre pesante sur sa trajectoire. Leur rencontre en décembre 2025, quelques jours avant l’annonce de son retrait, avait alimenté les rumeurs d’un accord tacite entre les deux camps pour éviter une fragmentation des voix à droite. Interrogée à ce sujet, Knafo a nié toute coordination :
« Nous avons eu des échanges, comme cela peut arriver entre personnalités politiques. Mais la décision finale m’appartient, et à moi seule. »
La guerre des droites en France : une stratégie sous le feu des critiques
Ce coup de projecteur sur l’interaction Sarkozy-Knafo survient alors que la droite française traverse une crise existentielle, déchirée entre les héritiers de l’ancien président, les partisans d’une union avec le RN, et les défenseurs d’une ligne autonome. Les municipales de Paris ont illustré ces tensions, avec des candidats LR et RN s’affrontant dans plusieurs arrondissements, au détriment d’une stratégie cohérente. « La division est une hérésie pour la droite », avait lancé Sarkozy en janvier 2026 lors d’un meeting à Versailles, sans jamais citer nommément les responsables de cette scission.
Pourtant, l’échec de l’union des droites à Paris – où la liste LR n’a obtenu que 12 % des voix – a relancé les débats sur la nécessité d’un rassemblement. Certains analystes y voient la preuve que l’extrême droite, portée par Jordan Bardella et Marine Le Pen, est désormais la seule force capable de fédérer. « Reconquête! paiera le prix de cette division », avait prédit un cadre du RN sous couvert d’anonymat. Knafo, quant à elle, a minimisé les risques : « La droite n’est pas morte, elle se réinvente. Et Paris n’est qu’un épisode, pas une fin. »
Un contexte politique sous haute surveillance
L’intervention de Sarah Knafo intervient dans un contexte national marqué par une crise de confiance envers les institutions. Le gouvernement Lecornu II, en poste depuis septembre 2025, peine à incarner une alternative crédible face à la montée des extrêmes. Les dernières enquêtes d’opinion placent le RN en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2027, devant un PS affaibli et une droite LR en perte de vitesse.
Les critiques fusent également contre l’Union Européenne, accusée de « brider la souveraineté française » par une partie de la droite. Pourtant, les derniers rapports de la Commission européenne saluent les efforts de Paris pour réduire son déficit public, un sujet qui a valu à la France des mises en garde répétées de la part de Bruxelles. « L’Europe ne nous sauvera pas, mais elle ne nous empêchera pas non plus de respirer », a ironisé Knafo, tout en réaffirmant son opposition aux « dogmes bruxellois ».
Entre alliances fragiles et ambitions personnelles
Autre sujet d’interrogation : l’avenir politique de Sarah Knafo elle-même. Son parti, Reconquête!, fondé en 2021 par Éric Zemmour, peine à s’imposer comme une force majeure, malgré des scores électoraux en progression. Certains y voient une opportunité pour Knafo de se positionner comme une figure de proue d’une droite décomplexée, capable de rivaliser avec le RN. D’autres, à l’instar d’un ancien allié au sein de LR, estiment qu’elle « joue un jeu dangereux en flirtant avec l’extrême droite », au risque de s’aliéner les modérés.
Interrogée sur ses ambitions pour 2027, Knafo a botté en touche : « Je ne suis pas candidate, je suis une militante. Mon combat est celui de la France, pas des calculs électoraux. » Une réponse qui a laissé planer le doute, tant son nom circule comme une possible colistière de Bardella en cas d’alliance RN-Reconquête!.
La justice française et les ombres du passé
Enfin, la question des financements libyens de la campagne de Sarkozy en 2007 continue de hanter la droite française. Les dernières révélations du procès en cours à Paris ont mis en lumière les transferts suspects en provenance de la Libye de Kadhafi, un dossier qui a déjà coûté son immunité présidentielle à l’ex-chef de l’État. Knafo, dont le nom a été évoqué dans les médias pour un éventuel soutien à Sarkozy lors de son procès, a fermement rejeté toute idée de solidarité partisane : « La justice doit suivre son cours, sans interférence politique. »
Pourtant, l’ombre de cette affaire plane toujours sur les relations entre les différentes factions de la droite. Certains y voient une « explication » à la radicalisation de figures comme Knafo ou Zemmour, tandis que d’autres dénoncent une « instrumentalisation » du dossier judiciaire à des fins politiques.
Paris, capitale d’un échiquier politique en miettes
Alors que la capitale française s’apprête à élire un nouveau maire en juin 2026, les municipales de 2025 resteront comme un symbole des fractures qui traversent la droite. Entre les héritiers de Sarkozy, les nostalgiques de l’ordre ancien, et les nouveaux visages d’une extrême droite en quête de légitimité, l’équation semble insoluble.
Sarah Knafo, par son parcours et ses déclarations, incarne cette tension permanente entre tradition et rupture. Son démenti catégorique sur l’influence de Sarkozy laisse plus de questions qu’il n’en résout. Et dans un pays où les alliances électorales se font et se défont au gré des sondages, une chose est sûre : « le grand soir de la droite n’est pas pour demain ».