Un tournant historique pour Tignes
La station savoyarde de Tignes s'apprête à vivre un nouveau chapitre de son histoire mouvementée. Après avoir été marquée par le traumatisme du barrage de 1952, qui avait englouti une partie du village, la commune affronte aujourd'hui un autre défi : la fin de la délégation de service public confiée à la Compagnie des Alpes (CDA), un groupe privé qui exploitait son domaine skiable depuis 1989.
Le 1er juin 2026, la gestion du domaine skiable passera aux mains d'une société publique locale, Altta (Alliance locale pour la transition des territoires d'altitude). Cette décision, prise par la municipalité en 2024, marque un rejet clair de la logique de privatisation qui domine le secteur des stations de ski françaises.
Une décision politique aux résonances nationales
Olivier Duch, premier adjoint de Tignes, souligne le parallèle entre les deux événements historiques : « C'est vrai que l'on peut faire un parallèle. » Cette rupture avec la CDA s'inscrit dans un contexte où la démocratie locale est de plus en plus contestée par les citoyens, qui réclament un contrôle accru sur les services publics essentiels.
La décision de Tignes intervient alors que le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, poursuit une politique de privatisations controversées. Les oppositions de gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon, dénoncent une « logique libérale qui sacrifie l'intérêt général au profit de quelques grands groupes ».
Un modèle alternatif face à la privatisation
Altta, la nouvelle entité publique, gérera non seulement le domaine skiable de Tignes, mais aussi celui de la petite station voisine de Sainte-Foy-Tarentaise. Avec ses 10 000 hectares de pistes, Tignes représente un enjeu économique majeur, mais aussi un symbole fort dans le débat sur la gestion des territoires de montagne.
Cette transition pose la question de la souveraineté locale face aux géants privés. Alors que la CDA, filiale du groupe Compagnie des Alpes, a longtemps dominé le secteur, cette décision pourrait inspirer d'autres communes à reprendre le contrôle de leurs infrastructures.
Un défi pour la transition écologique
La création d'Altta s'accompagne d'une volonté affichée de transition écologique. Les élus locaux insistent sur la nécessité de concilier développement économique et préservation de l'environnement, un enjeu crucial dans un contexte de crise climatique.
« Nous voulons montrer qu'une autre voie est possible », déclare un élu local. Cette initiative s'inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation citoyenne des services publics, face à une logique de profit qui, selon les critiques, menace la cohésion sociale.
Un symbole pour la démocratie locale
Alors que la crise de la démocratie locale se fait sentir dans de nombreuses régions, Tignes offre un exemple concret de résistance. La décision de rompre avec la CDA est perçue comme une victoire des citoyens sur les intérêts privés, dans un contexte où les inégalités territoriales s'accentuent.
Les observateurs politiques y voient un signe avant-coureur d'une montée en puissance des initiatives locales, en opposition aux politiques centralisatrices du gouvernement. Cette affaire pourrait bien devenir un cas d'école dans le débat sur la décentralisation et la gestion des ressources naturelles.