Un retour qui fait grincer des dents
À Grenoble, la campagne municipale prend un tournant inattendu avec la résurgence d’Alain Carignon, figure controversée de la droite française. Condamné en 1996 pour corruption et abus de biens sociaux, l’ancien maire de Grenoble (1983-1995) et ex-ministre d’Édouard Balladur pourrait, selon un récent sondage, se classer en deuxième position derrière Laurence Ruffin, candidate soutenue par le maire écologiste sortant Éric Piolle. Une perspective qui suscite des réactions vives dans une ville où les fractures politiques s’accentuent.
Un passé qui refuse de s’effacer
Pour beaucoup, le retour d’Alain Carignon incarne une anomalie démocratique. Son inéligibilité levée, il tente de se refaire une virginité politique, mais les stigmates de son passé judiciaire restent vivaces. « Je n’ai commis aucun préjudice moral et politique à l’égard de la ville », affirme-t-il, minimisant ses vingt-neuf mois de prison. Une déclaration qui contraste avec les témoignages de ses détracteurs, comme Raymond Avrillier, lanceur d’alerte à l’origine de son procès.
« C’est un corrupteur, un suborneur de témoins. Les faits restent. »
La présence d’Avrillier en avant-dernière position sur la liste de Laurence Ruffin symbolise cette opposition frontale. « Je suis en faveur de la réinsertion des délinquants, mais pas là où ils ont commis leurs crimes », assène-t-il, résumant le malaise d’une partie de l’électorat grenoblois.
Une campagne polarisée
La candidature de Carignon relance le débat sur la crise de la démocratie locale, alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la stabilité institutionnelle. Dans un contexte marqué par la guerre des droites, son retour interroge sur les stratégies des partis en vue des élections de 2027. La droite traditionnelle, fragilisée, semble prête à tout pour reconquérir des territoires perdus, tandis que la gauche, incarnée par Ruffin, joue la carte de la moralisation.
À Grenoble, les affiches « Voleur, fraudeur » et « Carignon, pognon, prison » rappellent que les plaies du passé ne se referment pas si facilement. Dans une ville où les enjeux écologiques et sociaux dominent, la résurgence de cette figure sulfureuse pourrait bien bouleverser l’équilibre politique local.
Un symbole des dérives du système
Au-delà des frontières grenobloises, l’affaire Carignon illustre les dérives d’un système politique où l’impunité semble parfois primer. Alors que la France s’interroge sur sa capacité à renouveler ses élites, ce retour en force pose une question cruciale : jusqu’où peut-on aller pour servir ses ambitions ?