Un projet de loi en retard sur les inégalités femmes-hommes
Alors que la France accumule les retards dans la transposition des directives européennes, le gouvernement Lecornu II peine à concrétiser ses engagements en matière d'égalité salariale. À deux jours de la Journée internationale des droits des femmes, le ministère du Travail a enfin envoyé une première version de son projet de loi aux partenaires sociaux, mais les délais s'annoncent déjà intenables.
Une transposition européenne bousculée par les échéances politiques
Adoptée en mai 2023, la directive européenne sur la transparence salariale devait être transposée avant le 7 juin. Un délai que la France ne respectera pas, comme à son habitude. « On essaie de trouver un créneau pour être au plus proche des échéances », explique-t-on dans l'entourage du ministre Jean-Pierre Farandou, sans préciser de date.
Les élections municipales de mars et un calendrier parlementaire saturé viennent encore compliquer la donne. Une dernière réunion de concertation est prévue le 19 mars, mais les syndicats et les organisations patronales craignent déjà un texte édulcoré.
Un enjeu de justice sociale face aux résistances patronales
La CGT a appelé à manifester dimanche 8 mars pour dénoncer les inégalités persistantes. « La France est en retard, mais pas seulement sur le papier », souligne une source syndicale. Les données montrent que l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes reste de 15,8 % en moyenne, un chiffre qui progresse trop lentement.
Du côté des employeurs, certaines voix s'élèvent pour dénoncer une « bureaucratie supplémentaire ». « On ne peut pas régler les inégalités par la seule transparence », argue un représentant du Medef, sans proposer d'alternative crédible.
Un gouvernement sous pression après les promesses non tenues
Emmanuel Macron avait fait de l'égalité professionnelle une priorité de son quinquennat, mais les résultats restent mitigés.
« Les engagements se heurtent à la réalité d'un exécutif qui privilégie les réformes libérales aux mesures sociales », critique une députée LFI.
La droite, quant à elle, accuse le gouvernement de « surtransposer » les directives européennes. « La France n'a pas besoin de nouvelles normes, mais de croissance et d'emplois », martèle un élu LR, ignorant superbement les études qui prouvent le lien entre égalité salariale et performance économique.
Un retard qui interroge sur la crédibilité de l'exécutif
Alors que l'Union européenne avance sur des sujets comme la taxation des superprofits ou la régulation des GAFAM, la France traîne des pieds sur des dossiers aussi symboliques que celui de l'égalité salariale. « C'est le signe d'un gouvernement qui manque de vision et de courage politique », estime un analyste.
Reste à savoir si le projet de loi, une fois examiné par le Parlement, gardera sa substance initiale ou sera vidé de sa portée par les lobbys. Une chose est sûre : les femmes attendent des actes, pas des promesses.