Un millier de militants d’extrême droite défilent à Paris : l’unité inquiétante des néofascistes

Par Camaret 08/05/2026 à 06:30
Un millier de militants d’extrême droite défilent à Paris : l’unité inquiétante des néofascistes

Un millier de militants d’extrême droite défilent à Paris sous bannière commune : l’unité inquiétante des néofascistes, entre nostalgie pétainiste et radicalisation anti-système. Analyse d’une recomposition aux relents des années 1930.

Le Comité du 9 mai, vitrine d’une extrême droite radicale en pleine recomposition

Paris, place Denfert-Rochereau, vendredi 8 mai 2026. Depuis plus d’une heure, un cortège de plus d’un millier de personnes défile sous les yeux des forces de l’ordre, encagoulées pour la plupart. Des drapeaux aux croix celtiques, des chants hostiles à l’État et des slogans mêlant anti-américanisme et hommage à un passé collaborationniste : l’hommage rendu chaque année au militant Sébastien Deyzieu, mort en 1994 lors d’une opération policière, est devenu bien plus qu’un rendez-vous annuel. Il symbolise aujourd’hui la montée en puissance d’une extrême droite radicale, unifiée contre les valeurs républicaines et européennes.

Ce rassemblement, organisé sous la bannière du Comité du 9 mai (C9M), marque un tournant dans l’histoire des groupes néofascistes français. Longtemps fragmentés en chapelles rivales – nationalistes révolutionnaires, pétainistes, identitaires –, ces mouvements semblent désormais capables de mobiliser ensemble des centaines, voire des milliers de militants, dans une indifférence médiatique et politique qui interroge.

Pourtant, les signes d’une radicalisation accélérée ne manquent pas. Derrière les drapeaux et les slogans se cachent des réseaux qui, depuis la fin des années 2010, ont su capitaliser sur les crises sociales pour étendre leur influence, tout en exploitant les failles d’un État sous tension.

1994-2026 : d’un martyr à une stratégie de propagande

Le 7 mai 1994, le Groupe union défense (GUD), mouvement d’extrême droite ancré dans l’anti-américanisme, organise une manifestation contre le cinquantenaire du Débarquement allié. L’objectif ? Lutter contre ce que ses militants appellent alors « l’impérialisme yankee », dont les symboles – McDonald’s, Disneyland Paris – incarnent une Europe qu’ils jugent « soumise ». La répression est immédiate : la police interdit le rassemblement, et Sébastien Deyzieu, membre de l’Œuvre française, un groupuscule pétainiste, trouve la mort en tentant de fuir par une fenêtre.

Sa disparition devient un mythe fondateur pour l’extrême droite radicale, un prétexte pour fédérer des courants aussi divers que les nationalistes révolutionnaires, les héritiers de Vichy ou les identitaires. Dès le 9 mai, le Comité du 9 mai est créé, porté par une alliance éphémère mais symbolique : l’Œuvre française, le Front national – alors en pleine ascension médiatique – et d’autres groupes marginaux. Pendant des années, les hommages restent discrets, limités à quelques dizaines de militants. Mais la donne change au mitan des années 2020.

En 2023, pour la première fois, le défilé rassemble plusieurs centaines de participants, dont une partie encagoulée, brandissant des emblèmes interdits comme la croix celtique. Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux, choquent par leur caractère organisé et provocateur. Un an plus tard, en 2024, le phénomène s’amplifie : des descentes sont organisées à Lyon et Annecy, en réaction aux violences urbaines consécutives à la mort de Nahel. Puis, en 2025, c’est un mille-feuille de mouvements qui défile dans les rues de la capitale, unis sous une même bannière.

Une extrême droite radicale en quête d’unité stratégique

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est moins l’idéologie affichée – un mélange de nostalgie vichyste, de rejet de l’Union européenne et de complotisme anti-américain – que la capacité de ces groupes à transcender leurs divisions historiques. Pendant des décennies, les conflits entre nationalistes révolutionnaires, traditionalistes et identitaires ont empêché toute alliance durable. Pourtant, depuis 2023, le C9M parvient à rassembler des militants issus de milieux autrefois incompatibles : des nostalgiques du maréchal Pétain côtoient des militants « néo-révolutionnaires » proches de la mouvance « anti-système », tandis que des groupes comme le Bastion social, dissous en 2019, continuent d’influencer les jeunes générations.

Cette unité apparente cache en réalité une stratégie de long terme. Comme l’explique Emmanuel Casajus, sociologue spécialiste des extrémismes, «

Ces rassemblements ne sont plus de simples hommages à un martyr, mais des manifestations de force. Le C9M a réussi à créer un récit commun, où la défense de la « France éternelle » se mêle à une opposition frontale aux institutions.
»

Les spécialistes s’accordent sur un point : l’extrême droite radicale a su profiter de trois leviers pour grandir. Premièrement, la crise des services publics et la défiance envers les élites, qui alimentent un terreau propice aux discours anti-système. Deuxièmement, l’essor des réseaux sociaux, où les appels à manifester circulent sans contrôle, et où les théories du complot trouvent un écho. Enfin, la porosité croissante entre les sphères politiques légales et les groupuscules violents, comme en témoignent les liens entre certains élus locaux d’extrême droite et ces mouvements.

Un État sous pression face à la montée des milices

La réponse des autorités reste en demi-teinte. Si les préfets interdisent parfois les rassemblements – comme à Paris en 2024 –, d’autres sont autorisés sous conditions, malgré la présence avérée de symboles interdits. Les services de renseignement, eux, suivent de près l’évolution de ces groupes, mais peinent à anticiper leurs alliances. La dissolution du Bastion social en 2019 n’a fait que fragmenter le mouvement, sans l’affaiblir.

Les élus de gauche et une partie de la majorité présidentielle s’alarment de cette montée silencieuse. «

On a sous-estimé la capacité de ces groupes à se recomposer, explique une députée LFI. Aujourd’hui, ils ne sont plus des groupuscules marginaux, mais une menace réelle pour la cohésion républicaine.
»

Certains observateurs pointent du doigt la responsabilité des gouvernements successifs, qui ont laissé prospérer un discours de stigmatisation des minorités et une rhétorique sécuritaire, créant un climat favorable à l’extrémisme. «

Quand un ministre de l’Intérieur évoque publiquement la « priorité nationale » ou la « préférence culturelle », il légitime sans le vouloir des idées qui, hier encore, étaient cantonnées aux marges.
»

Le Comité du 9 mai, symptôme d’une démocratie en danger ?

Le défilé de 2026 s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation accélérée de la vie politique française. Alors que les partis traditionnels peinent à mobiliser, l’extrême droite – qu’elle soit « classique » (RN) ou radicale (C9M) – avance ses pions. Les élections européennes de 2024 ont confirmé cette tendance, avec une poussée historique du Rassemblement National, tandis que des groupes comme les Identitaires ou les nationalistes révolutionnaires gagnent en visibilité.

Les images des manifestants encagoulés, marchant au pas de l’oie devant des drapeaux interdits, rappellent étrangement celles des années 1930. Sauf qu’aujourd’hui, ces groupes ne sont plus isolés : ils bénéficient d’une audience en ligne colossale, de relais dans certains médias et d’une porosité avec des forces politiques institutionnelles. «

Le C9M n’est plus un simple rendez-vous annuel, c’est le laboratoire d’une contre-société, où s’élaborent des stratégies de conquête du pouvoir.
»

Face à cette menace, les associations antiracistes et les défenseurs des valeurs démocratiques appellent à une réaction forte. «

Il est temps de considérer ces mouvements non plus comme des reliques du passé, mais comme des acteurs politiques à part entière, déterminés à saboter les fondements de notre République.
»

Pourtant, dans les rangs du gouvernement Lecornu II, la priorité semble ailleurs : la réforme des retraites, la crise du pouvoir d’achat, et les tensions avec les partenaires européens accaparent l’agenda. Comme si la menace néofasciste, bien que tangible, restait un sujet de second plan.

En ce 8 mai 2026, alors que la France commémore la fin de la Seconde Guerre mondiale, une question persiste : jusqu’où iront ces groupes ? Et surtout, la République saura-t-elle les arrêter avant qu’il ne soit trop tard ?

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (10)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

R

Renard Roux

il y a 1 semaine

L’unité des néofascistes, c’est comme un mariage forcé : ils se détestent, mais ils ont besoin de se montrer forts. Pathétique et dangereux.

0
G

GameChanger

il y a 1 semaine

Mouais... Et sinon, combien sont-ils vraiment ? 1000 ? 5000 ? Les chiffres officiels sont toujours à prendre avec des pincettes, comme d'hab.

0
A

Ainhoa

il y a 1 semaine

@gamechanger Ou alors c'est juste 10 mecs dans la rue avec des drapeaux qui comptent double ? pfff.

0
T

Tmèse

il y a 1 semaine

Attendez, attendez... On parle bien des mêmes qui veulent 'sauver la France' en copiant les pires régimes de l'histoire ? Ou je rêve ?

0
Q

Quimperlé

il y a 1 semaine

La nostalgie pétainiste ? Rien de nouveau sous le soleil. Comme en 36, mais en pire.

0
Z

Zen_187

il y a 1 semaine

mdr mais qui a organisé ça ??? la racaille en costard ??? sérieux, on dirait un épisode de 'Kaamelott' mais en pire...

0
N

Nocturne

il y a 1 semaine

Mille personnes pour un mouvement qui se croit fort. Le RN, lui, fait 7 millions aux européennes. La différence ? Des idées, pas des slogans.

0
L

Lucie-43

il y a 1 semaine

Encore une manif de fachos qui se la jouent victimes... pathétique.

4
E

Entropie

il y a 1 semaine

@lucie-43 Tu crois vraiment que c'est juste une question de 'pathétique' ? Regarde les scores du RN, ces gens existent. Le débat, c'est comment on les combat, pas si on les ignore.

0
D

DigitalAge

il y a 1 semaine

nooooon mais sérieux ??? Ils osent encore défiler avec ça sous nos yeux ??? On est en 2024 ou quoi ??? sa me donne des frissons...

2
Publicité