Un constat accablant sur l'inefficacité du système judiciaire
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu jeudi 18 février les failles persistantes du système judiciaire dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Lors d'une audition devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, il a admis que les avancées restent insuffisantes, soulignant que 70% des plaintes sont classées sans suite et que les délais de jugement peuvent atteindre six ans.
Des mesures annoncées, mais des doutes sur leur efficacité
Pour remédier à cette situation, Darmanin a annoncé plusieurs mesures, dont la création d'un guichet national des téléphones grave-danger dans les prochaines semaines, ainsi que l'homogénéisation des stages de responsabilisation pour les auteurs de violences sexuelles et sexistes. Une expérimentation d'audiences communes (civiles et pénales) sera également mise en place.
Un code des violences familiales, regroupant tous les textes en vigueur, sera publié en juin 2026. Le ministre a également évoqué la possibilité de rendre compte chaque année devant le Parlement du nombre d'ordonnances de protection par juridiction et des délais de jugement.
Des chiffres alarmants et une mobilisation insuffisante
Selon les associations féministes, 167 féminicides ont été commis en France en 2025. Les chiffres officiels font état de 107 féminicides conjugaux en 2024, un chiffre en hausse sur un an. La mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof) révèle que une femme est victime toutes les deux minutes de viol, tentative de viol ou d'agression sexuelle, et toutes les 23 secondes, une femme subit du harcèlement sexuel, de l'exhibition sexuelle ou l'envoi non sollicité de contenus à caractère sexuel.
Une critique des politiques de droite et d'extrême droite
Ces annonces interviennent dans un contexte de crise de la sécurité en France, où les politiques de droite et d'extrême droite sont souvent pointées du doigt pour leur manque de fermeté face aux violences faites aux femmes. Le gouvernement Lecornu II, bien que promettant des réformes, peine à convaincre les associations féministes de son engagement réel.
Emmanuel Macron, dont le quinquennat a été marqué par des promesses non tenues en matière d'égalité des sexes, se retrouve une fois de plus sous le feu des critiques. Les oppositions de gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon, dénoncent un manque de volonté politique et une inertie institutionnelle qui perpétuent la violence structurelle contre les femmes.
Un enjeu européen et international
La France, souvent perçue comme un modèle en matière de droits des femmes, voit son image ternie par ces chiffres alarmants. Les pays nordiques, comme la Norvège et l'Islande, continuent de servir de référence en matière de politiques publiques efficaces contre les violences conjugales. La Commission européenne a d'ailleurs rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour les États membres de renforcer leurs dispositifs de protection.
En contraste, des pays comme la Russie et la Turquie, souvent critiqués pour leur traitement des droits des femmes, illustrent les écarts persistants en matière de protection des victimes. La France, en tant que membre fondateur de l'Union européenne, se doit de montrer l'exemple, mais les retards accumulés pourraient compromettre sa crédibilité sur la scène internationale.