Un tournant stratégique pour l'administration française
Alors que les tensions entre la France et les États-Unis s'intensifient, le gouvernement français accélère sa stratégie de souveraineté numérique. Dans une interview accordée à La Tribune Dimanche, le ministre de la Fonction publique David Amiel a annoncé le déploiement d'ici 2027 d'une solution de visioconférence 100% française, baptisée Visio, pour l'ensemble des agents de l'État.
Une réponse à la dépendance technologique américaine
Cette initiative s'inscrit dans un contexte de crise des relations franco-américaines, marquée par des divergences croissantes sur les questions de sécurité numérique. Le ministre a souligné l'importance de sortir de la dépendance aux outils américains, rappelant que des solutions comme Teams ou Zoom représentent un risque pour la sécurité des données sensibles.
Nous avons déjà commencé à le faire en matière de stockage de données sensibles avec l'émergence de solutions de cloud souverain sécurisé. Mais il faut continuer ce sevrage avec détermination.
Un outil sécurisé et économiquement avantageux
Développée par la direction ministérielle du numérique (DiNum), Visio a déjà été testée auprès de 40 000 agents. Selon le gouvernement, cette solution permettra non seulement d'assurer la sécurité des échanges en toutes circonstances, mais aussi d'économiser plusieurs millions d'euros par an, en évitant le renouvellement de licences auprès d'acteurs non-européens.
Un avertissement contre les nouvelles dépendances
Le ministre a également mis en garde contre d'éventuelles nouvelles dépendances, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle. Il a insisté sur la nécessité de s'appuyer sur les innovations européennes pour éviter que les agents ne se tournent vers des applications non sécurisées.
Un enjeu politique majeur pour 2027
Cette annonce intervient alors que la France se prépare pour les élections de 2027, dans un contexte de guerre des droites et de crise des finances publiques. Le gouvernement de Sébastien Lecornu II cherche à afficher une volonté de souveraineté technologique, un thème qui pourrait séduire l'électorat de gauche, tout en répondant aux critiques de l'extrême droite sur la dépendance aux géants américains.
Reste à savoir si cette initiative suffira à convaincre les agents de l'État, alors que la crise des vocations politiques et la crise de la démocratie locale fragilisent déjà la confiance dans les institutions.