Un procès en appel qui secoue la droite radicale
Mardi 3 février 2026, la cour d'appel de Paris a entendu les réquisitions du parquet général dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. Un dossier qui pourrait bien ébranler les ambitions politiques de Marine Le Pen et de ses proches.
Des peines lourdes requises, mais sans exécution provisoire
Le ministère public a demandé la confirmation des condamnations prononcées en première instance, avec des peines d'inéligibilité pour tous les prévenus. Marine Le Pen, qualifiée de "tête du système", risque cinq ans d'inéligibilité, une peine de quatre ans de prison (dont un an ferme) et 100 000 euros d'amende. Une sanction qui, si elle est confirmée, pourrait compromettre sa candidature à la prochaine élection présidentielle.
Les avocats généraux ont dénoncé un "système organisé" visant à détourner des fonds publics européens pour financer le parti.
"Pendant des années, l'argent public a été siphonné goutte après goutte pour former un fleuve",a déclaré Stéphane Madoz-Blanchet, évoquant une "externalisation frauduleuse des coûts" du personnel politique.
Un système frauduleux au cœur des accusations
Le parquet a détaillé un mécanisme où les assistants parlementaires, payés par le Parlement européen, travaillaient en réalité pour le parti. "Ils n'étaient pas recrutés pour l'eurodéputé, mais par le parti et pour le parti", a martelé Thierry Ramonatxo, premier avocat général. Une organisation qui, selon lui, "méprisait les règles de probité et de fonctionnement public".
Les réquisitions ont également visé d'autres figures du RN, comme l'ancien trésorier Wallerand de Saint-Just, décrit comme "l'aiguilleur de la fraude", ou l'expert-comptable Nicolas Crochet, accusé d'avoir "centralisé les flux financiers" dans un système "conjuguant incompétence et malhonnêteté".
Une stratégie politique en question
Le procès intervient dans un contexte de crise des finances publiques et de tensions au sein de la droite française. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rétablir la confiance dans les institutions, cette affaire rappelle les dérives passées de certains partis politiques. "La politisation de ce dossier est évidente", a souligné le parquet, dénonçant une "stratégie de délégitimation de la justice".
Marine Le Pen, présente dans le box des prévenus, a réagi avec agacement aux accusations, secouant la tête à plusieurs reprises. Ses avocats ont salué l'absence de demande d'exécution provisoire des peines, ouvrant la voie à une possible candidature présidentielle malgré les risques judiciaires.
Un verdict attendu avec impatience
La décision de la cour d'appel, qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines, sera scrutée de près par l'ensemble du paysage politique. Pour la gauche, cette affaire confirme les "dérives d'un parti qui instrumentalise les institutions". À l'inverse, les partisans du RN dénoncent un "procès politique" visant à affaiblir leur mouvement.
Quoi qu'il en soit, ce procès marque un tournant dans la guerre des droites en France, alors que le Rassemblement national tente de se présenter comme une alternative crédible au pouvoir en place.