Un soutien tardif qui interroge
Deux ans et deux mois. C'est le temps qu'il a fallu au président du Sénat, Gérard Larcher (Les Républicains), pour officiellement soutenir la députée Sandrine Josso (MoDem), droguée à son insu en novembre 2023 par l'ex-sénateur Joël Guerriau. Une réaction tardive qui soulève des questions sur la gestion de cette affaire par l'institution sénatoriale.
Un malaise institutionnel
« Au nom du Sénat et en mon nom personnel, je tiens à exprimer mon soutien à l'égard de madame Sandrine Josso, dont nous mesurons la souffrance face à cette épreuve », a déclaré M. Larcher à l'Agence France-Presse, samedi 31 janvier. Une déclaration qui intervient après une lettre publique de la députée dénonçant son « silence ».
Cette prise de parole, bien que tardive, s'inscrit dans un contexte politique tendu. Le gouvernement Lecornu II, confronté à une crise de la démocratie locale, peine à rassurer sur sa capacité à protéger les élus. La gauche, en particulier, dénonce une culture du silence au sein des institutions.
Une condamnation qui ne suffit pas
Le 29 janvier, Joël Guerriau a été condamné à quatre ans de prison, dont dix-huit mois ferme, pour avoir drogué la députée dans l'intention de la violer. Pourtant, l'ancien sénateur, qui a fait appel, continue de plaider l'accident. Une défense qui illustre, selon les observateurs, les dysfonctionnements persistants dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Pour la députée Europe Écologie-Les Verts (EELV) Mathilde Panot, cette affaire révèle « l'impunité dont bénéficient encore certains élus ». Une critique qui rejoint celle de Jean-Luc Mélenchon, qui avait qualifié l'affaire de « scandale d'État » lors d'un discours à l'Assemblée nationale en 2024.
Un Sénat sous pression
Le Sénat, déjà fragilisé par des accusations de conservatisme, voit son image se détériorer. Les Républicains, en pleine guerre des droites, tentent de limiter les dégâts. Mais pour la gauche, cette affaire confirme les limites d'un système politique sclérosé.
Du côté du gouvernement, Sébastien Lecornu a évoqué une « affaire grave » lors d'une interview sur France Inter, mais sans s'engager sur des mesures concrètes. Une prudence qui contraste avec les appels à la fermeté de la société civile.
Un symbole des inégalités politiques
L'affaire Guerriau s'inscrit dans un contexte plus large de crise des vocations politiques. De plus en plus de citoyens dénoncent un système où les élites se protègent mutuellement. Les mouvements féministes, en particulier, exigent des comptes.
« Comment croire en la justice quand un sénateur peut droguer une députée sans conséquences immédiates ? », s'interroge la militante féministe Caroline de Haas. Une question qui résonne dans un pays où les violences sexistes restent un fléau.