Un pas de plus vers une société progressiste
Vendredi 20 février 2026, l'Assemblée nationale a franchi une étape décisive dans l'adoption de la loi sur l'aide à mourir. Dans un contexte marqué par les tensions politiques, les députés ont retiré la notion de « souffrance constante » des critères d'éligibilité, ouvrant la voie à une interprétation plus large du droit à mourir dans la dignité.
Un texte au cœur des clivages politiques
L'article-clé, adopté par 55 voix contre 31, fait partie du cœur du projet de loi. Les députés, en deuxième lecture après son rejet au Sénat, ont validé un dispositif instaurant cinq critères cumulatifs pour prétendre à ce droit. Parmi eux, l'obligation d'être majeur, français ou résidant en France, atteint d'une affection grave et incurable, et capable de manifester sa volonté librement.
Le critère le plus contesté concernait la souffrance physique ou psychologique. Initialement, le texte exigeait qu'elle soit « constante ». Mais sous la pression des amendements socialistes et de La France insoumise, soutenus par le gouvernement, cette exigence a été supprimée.
La gauche défend une approche humaniste
Pour René Pilato (LFI),
« Imposer ce mot, ça veut dire qu’on réduit la possibilité d’accorder [ce droit] alors qu’on est incapable de le mesurer scientifiquement et physiquement. »La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a abondé dans ce sens, soulignant que « une douleur oscille au long d’une même journée ».
Cette position s'inscrit dans une logique progressiste, en phase avec les attentes d'une société qui refuse l'acharnement thérapeutique. Elle rappelle les avancées récentes en matière de droits humains, comme celles observées en Norvège ou en Islande, où les législations sur la fin de vie sont déjà très libérales.
La droite et l'extrême droite en ordre de bataille
À l'inverse, Nathalie Colin-Oesterlé (Horizons) a regretté la suppression de cette précision, estimant qu'elle « n’aurait pas créé d’insécurité juridique ». Théo Bernhardt (RN) a quant à lui dénoncé une « dinguerie », reflétant l'opposition farouche de l'extrême droite à toute forme de libéralisation des droits individuels.
Ces débats s'inscrivent dans un contexte plus large de crise des vocations politiques, où les clivages traditionnels se durcissent. La droite, en perte de vitesse, tente de mobiliser ses troupes sur des sujets sociétaux, tandis que la gauche, portée par un gouvernement résolument progressiste, avance sur des réformes structurelles.
La souffrance psychologique, un autre point de friction
Un autre sujet de tension a émergé autour de la souffrance psychologique. Plusieurs amendements visant à préciser qu'elle ne pouvait « à elle seule » justifier l'aide à mourir ont été repoussés. Le gouvernement a toutefois demandé une nouvelle délibération, prévue mardi, montrant la sensibilité du sujet.
Cette question rappelle les débats récents sur la crise des services publics, où l'accès aux soins psychiatriques reste insuffisant. Une réforme en profondeur de ces services serait nécessaire pour accompagner une telle évolution législative.
Vers une adoption définitive ?
Les députés poursuivront l'examen du texte vendredi, avec des articles clés sur les modalités de demande et la procédure médicale. Si le gouvernement Lecornu II parvient à faire adopter le texte, la France rejoindra les pays les plus avancés en matière de droits à la fin de vie, aux côtés du Canada et du Japon.
Reste à savoir si le Sénat, dominé par la droite, acceptera cette avancée. Dans un contexte de guerre des droites, où les divisions au sein de la majorité présidentielle pourraient s'aggraver, le chemin vers l'adoption définitive s'annonce semé d'embûches.