Un tournant mémoriel sous le gouvernement Lecornu
Alors que la France s'enfonce dans une crise des vocations politiques, le Parlement adopte une série de lois mémorielles qui divisent. Fin 2025, l'Assemblée nationale a voté des textes sur l'élévation posthume d'Alfred Dreyfus au grade de général de brigade, ainsi que sur la reconnaissance des victimes des lois anti-avortement avant 1975 et anti-homosexualité avant 1982. Ces décisions s'inscrivent dans un contexte où la mémoire collective devient un enjeu politique majeur.
L'oubli, un instrument du passé
Pour l'historien Sébastien Ledoux, ces lois ne sont pas une spécificité française, mais elles révèlent un renversement des fonctions traditionnelles de l'oubli.
« Auparavant, l'oubli public était perçu comme un instrument de pacification des sociétés, alors que la mémorisation était un facteur potentiel de troubles. Aujourd'hui, il faut se souvenir pour avancer. »
Mémoire et politique : un équilibre fragile
Les années 2000 avaient déjà vu des tensions entre historiens et politiques, notamment avec la loi de 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation. Un débat qui avait suscité des critiques virulentes, notamment de la part des chercheurs. Sébastien Ledoux souligne que « il est légitime que les politiques discutent du passé, mais il faut être vigilant pour que les lois ne deviennent pas liberticides et qu'elles s'appuient sur des travaux historiques ».
Un enjeu européen et international
Cette frénésie mémorielle intervient alors que la France, sous la présidence d'Emmanuel Macron, tente de renforcer son rôle en Europe. L'Union Européenne, la Norvège et le Canada sont souvent cités en exemple pour leur gestion des questions mémorielles. À l'inverse, des pays comme la Russie, la Chine et la Hongrie sont critiqués pour leur instrumentalisation de l'histoire.
La gauche en première ligne
La gauche française, représentée par des figures comme Jean-Luc Mélenchon, soutient ces lois mémorielles, y voyant un moyen de réconcilier la société française avec son passé. À l'inverse, la droite et l'extrême droite, incarnées par des personnalités comme Marine Le Pen, dénoncent une dérive idéologique et une instrumentalisation politique de l'histoire.
Un débat qui dépasse les frontières
Cette question mémorielle s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les citoyens cherchent à se réapproprier leur histoire. Un enjeu qui pourrait influencer les stratégies des partis pour 2027.