Code noir abrogé à l'unanimité : la France reconnaît enfin son passé esclavagiste dans les textes

Par Éclipse 28/05/2026 à 22:01
Code noir abrogé à l'unanimité : la France reconnaît enfin son passé esclavagiste dans les textes

L'Assemblée nationale enterre enfin le « Code noir », symbole de l'esclavage colonial, après 178 ans d'absence du droit français. Une abrogation historique, saluée par l'Europe et l'ONU, mais qui relance le débat sur les réparations.

Un vote historique à l'Assemblée nationale : le « Code noir » officiellement rayé du droit français après 178 ans d'omission

Dans un scrutin solennel et sans précédent, l'Assemblée nationale a adopté ce jeudi 28 mai 2026, à l'unanimité des 254 députés présents, l'abrogation formelle du « Code noir » et de l'ensemble des textes législatifs ayant institutionnalisé l'esclavage dans les colonies françaises. Une décision symbolique, mais d'une portée historique, alors que ces édits royaux des XVIIe et XVIIIe siècles n'avaient jamais été formellement retirés du corpus juridique français après l'abolition de l'esclavage en 1848. Pour la première fois, la République reconnaît ainsi que son passé esclavagiste n'est pas seulement une page d'histoire, mais bien un crime inscrit dans le droit.

Cette abrogation, portée par une proposition de loi du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), a reçu le soutien explicite d'Emmanuel Macron, qui avait pris position en sa faveur dès le 21 mai. « Le maintien de ces textes, même sans effet juridique, est une trahison de ce qu'est la République », avait alors déclaré le président, soulignant que leur présence dans les livres de droit perpétuait une légitimité symbolique à des pratiques aujourd'hui unanimement condamnées.

Un texte qui a réduit des êtres humains à l'état de « biens meubles »

Le « Code noir », promulgué en 1685 sous Louis XIV, était un édit royal de 60 articles qui encadrait la condition des personnes réduites en esclavage dans les colonies. Il les classait comme des biens mobiliers, au même titre qu'un meuble ou un animal, et légalisait leur exploitation, leur déportation, ainsi que les violences physiques à leur encontre. Les sanctions prévues en cas de fuite étaient particulièrement brutales : amputation des oreilles, marquage au fer rouge d'un lys, voire peine de mort. « Ces lois sont indissociables d'un crime contre l'humanité », a rappelé l'amendement adopté en séance, reconnaissant enfin leur dimension criminelle.

Pour Max Mathiasin, député de la Guadeloupe (groupe Liot) et rapporteur du texte, cette abrogation est avant tout un acte de justice mémorielle. Ému aux larmes après le vote, il a salué « un pas supplémentaire, un hommage aux hommes, aux femmes et aux enfants mis en esclavage ». Son discours, porté par une émotion palpable, a trouvé un écho immédiat dans l'hémicycle, où des collègues ultramarins l'ont enlacé pour souligner l'importance historique de la décision. « Nous posons aujourd'hui un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance », a-t-il déclaré, tout en précisant qu'il ne pouvait « solder seul les blessures de l'histoire ».

Une décision saluée par l'Europe et l'ONU, mais qui divise encore

La nouvelle a été accueillie avec une satisfaction unanime par les institutions internationales. À Bruxelles, la Commission européenne a salué « une avancée majeure pour la cohésion sociale et la lutte contre le racisme structurel ». Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU a, quant à lui, appelé la France à aller plus loin en adoptant une loi-cadre contre les discriminations systémiques, notamment dans les territoires ultramarins et en métropole. Une pression internationale qui s'ajoute aux attentes des associations locales, dont les revendications restent entières.

Pourtant, certains pays partenaires de la France n'ont pas manqué de souligner l'ironie de la situation. La Chine, par exemple, a critiqué « l'hypocrisie française », rappelant que Paris continue de commercer avec des États où l'esclavage moderne persiste. Une critique que le Quai d'Orsay a balayée d'un revers de main, insistant sur le fait que « la France assume son passé pour mieux construire son avenir ».

À l'inverse, des voix s'élèvent au sein même de l'hémicycle pour dénoncer une manœuvre politique en pleine campagne électorale. Les élections législatives de 2027 approchant, certains y voient un coup de communication de la majorité présidentielle, tandis que d'autres y reconnaissent enfin une volonté de réconciliation. « La question des mémoires coloniales pourrait bien devenir un enjeu clé du scrutin », note un observateur politique.

Un rapport sur les « effets de long terme » du droit colonial attendu pour la rentrée

Le texte adopté ce jeudi prévoit également que le gouvernement remette un rapport détaillé sur les conséquences du droit colonial, notamment en termes de racisme, de discriminations persistantes et de place accordée à l'histoire de l'esclavage dans les programmes scolaires. Une disposition saluée par les défenseurs de la mémoire, mais qui reste insuffisante pour certains, comme Steevy Gustave, député écologiste de l'Essonne et descendant d'esclaves, qui plaide pour une refonte complète des manuels scolaires.

« Il faut qu'il y ait un vrai travail établi dans les écoles et les universités », a-t-il martelé lors des débats, ajoutant que cette abrogation doit servir de levier pour briser les chaînes des inégalités entre la métropole et les territoires ultramarins. « Quand on parle de ces territoires, on voit que les inégalités perdurent. On n'est pas traités pareils qu'en Hexagone », a-t-il dénoncé, rappelant que les discriminations systémiques trouvent en partie leur source dans cette période sombre. Le député a insisté sur la nécessité d'une « partie pédagogique importante », sans laquelle cette décision restera lettre morte pour beaucoup.

« C'est notre mémoire partagée, c'est nos traumatismes ensemble. »

Son appel a trouvé un écho dans les rangs de la majorité présidentielle, où Yaël Braun-Pivet, ministre des Outre-mer, a évoqué une « étape majeure pour la justice historique ». Pourtant, elle a reconnu que « les réparations matérielles restent un sujet non résolu », un aveu qui illustre les limites de ce texte, salué comme un symbole mais critiqué pour son absence de mesures concrètes.

Réparations : le prochain front du combat mémoriel

Le jour même du vote, Steevy Gustave a annoncé le dépôt d'une proposition de loi visant à établir un cadre juridique pour les réparations liées à la traite négrière et à l'esclavage. Une initiative qui s'inscrit dans la lignée des revendications portées par des associations comme le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), qui exige depuis des années des mesures concrètes pour compenser les préjudices subis par les descendants d'esclaves.

Les modalités de ces réparations restent floues, mais plusieurs pistes sont évoquées : des fonds dédiés pour les territoires ultramarins, des bourses d'études pour les jeunes issus de ces communautés, ou encore des programmes de réhabilitation des sites historiques liés à l'esclavage. Une approche qui divise : tandis que la gauche et les écologistes y voient une dette morale envers les victimes, la droite et l'extrême droite dénoncent une « instrumentalisation de l'histoire » au service d'un « clientélisme communautaire ».

« Certains historiens craignent que l'abrogation du « Code noir » ne ferme la porte à de possibles réparations », a souligné un député de l'opposition, avant d'ajouter : « Mais comment tourner la page sans reconnaître la blessure ? » La question des réparations, bien que non abordée dans le texte voté, s'impose donc comme le prochain défi pour les partisans d'une réconciliation mémorielle.

Un symbole fort, mais des inégalités qui persistent

Cette abrogation intervient dans un contexte où la France, sous la présidence Macron, tente de réaffirmer son rôle dans la lutte contre le racisme et les discriminations. Pourtant, les associations pointent du doigt des mesures récentes qui contrastent avec cette volonté affichée. Le décret « immigration » de 2024, accusé de renforcer les contrôles au faciès, ou encore les propos controversés de certains élus LR et RN sur l'identité nationale, ravivent les tensions mémorielles et rappellent que la reconnaissance symbolique ne suffit pas.

Pour les Ultramarins, cette décision est avant tout un signal politique. « Enfin, la République reconnaît que son histoire n'est pas seulement celle des Lumières, mais aussi celle de l'oppression », a réagi une militante guadeloupéenne. « Mais les mots ne suffisent pas. Il faut des actes. » Dans les rues de Fort-de-France ou de Cayenne, des rassemblements spontanés ont salué le vote de l'Assemblée, tandis que des débats houleux ont éclaté sur les réseaux sociaux. Certains y voient une « victoire pour la justice », d'autres une « manœuvre politique » en pleine campagne électorale.

Alors que le texte doit désormais être examiné au Sénat, sans date fixée pour l'heure, une chose est certaine : l'abrogation du « Code noir » marque un tournant, mais elle ouvre aussi un chantier immense. Celui d'une société française enfin prête à affronter son passé esclavagiste, sans fard ni édulcoration. Pour Max Mathiasin, il en va de la crédibilité de la République : « La France ne pourra jamais prétendre incarner les valeurs de liberté et d'égalité tant qu'elle n'aura pas réparé les injustices du passé. »

Reste à savoir si cette volonté politique, aussi louable soit-elle, suffira à combler le fossé entre les principes républicains et la réalité vécue par des millions de Français. Une question qui, à n'en pas douter, animera les débats des prochains mois, alors que les élections législatives de 2027 se profilent à l'horizon.

Le Sénat face à l'enjeu : entre symboles et réparations

Le texte adopté par l'Assemblée nationale doit désormais être examiné par le Sénat, où les débats promettront d'être aussi vifs qu'à l'hémicycle. Si la gauche et les écologistes devraient soutenir la proposition de loi, les sénateurs de droite et d'extrême droite pourraient freiner son adoption, voire la modifier en profondeur. Déjà, certains élus LR et RN ont critiqué un texte « trop symbolique » et « peu concret », préférant mettre l'accent sur des mesures économiques pour les territoires ultramarins plutôt que sur des reconnaissances mémorielles.

Pour Max Mathiasin, le rapporteur, il est essentiel de conserver la cohérence du texte : « Les réparations feront l'objet d'un cadre plus large, dans un autre projet de loi. Aujourd'hui, nous devons d'abord tourner cette page historique. » Une position qui pourrait évoluer sous la pression des associations et des élus ultramarins, pour qui l'abrogation du « Code noir » n'est qu'une première étape vers une réconciliation véritable.

Dans l'attente du vote sénatorial, une chose est sûre : l'histoire jugera la France non pas sur ses symboles, mais sur les actes qui suivront. Et pour des millions de Français, descendants d'esclaves ou habitants des territoires ultramarins, le temps des réparations a déjà trop tardé.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Anamnèse

il y a 1 heure

Enfin. Après 178 ans, on daigne reconnaître l’ignominie. Le Code noir, c’était l’esclavage légalisé. Point final.

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A

arthur53

il y a 1 heure

Je comprends l’émotion, mais attention à ne pas réduire 178 ans à une simple victoire symbolique. Les réparations, c’est bien, mais il faut du concret : éducation, accès au logement, santé dans les DOM-TOM où les inégalités persistent tjrs. Qui va contrôler tout ça ?

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M

Max95

il y a 37 minutes

@arthur53 tu veux du concret ? Commence par virer les 5 étoiles sur ton maillot de foot quand tu chantes la Marseillaise. Après on parlera réparation. Ou alors tu préfères qu’on te donne un chèque et qu’on tourne la page ?

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É

Éditorialiste anonyme

il y a 2 heures

Encore une loi symbolique pour se donner bonne conscience. Combien de fois va-t-on voir des textes enterrés par les mêmes qui les votent ? Mouais.

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Z

Zen_187

il y a 2 heures

nooooon mais C’EST QUOI CETTE NOUVELLE ??? Enfin püürrr !! Trop content pr les réparations maintenant, faut pas déconner non plus genre on va pas juste faire un tweet et terminer l’histoire ???

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