Une stèle controversée à l’initiative d’un maire RN
Dans la ville d’Agde, en Occitanie, une cérémonie prévue pour lundi 9 novembre 2026 promet de raviver les tensions politiques locales. Le maire, membre du Rassemblement national, souhaite en effet inaugurer une stèle « en mémoire des dizaines de millions de victimes du communisme ». Une initiative qui, dès son annonce, a suscité une vague de protestations parmi les forces politiques opposées à cette vision historique, ainsi que parmi les syndicats et associations locales.
Sur son compte officiel de réseau social, l’élu justifie son projet en ces termes : « Nous considérons que tous les crimes et les sacrifices humains engendrés par les régimes totalitaires doivent être dénoncés et que leurs victimes doivent être honorées. Toutes, sans exception, y compris les femmes et les hommes tombés sous le joug des dictatures communistes. Elles sont malheureusement encore trop souvent oubliées. »
L’argumentaire du maire s’appuie sur une dénonciation des « régimes totalitaires », sans distinction idéologique, mais l’accent est mis sur le communisme, au moment même où l’inauguration coïncide avec l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Une coïncidence qui n’a pas manqué de faire réagir ses détracteurs, pour qui cette initiative relève davantage d’une instrumentalisation politique que d’un hommage sincère aux victimes.
Dimanche 8 novembre, une conférence est également organisée à Agde, animée par Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur connu pour ses prises de position conservatrices et ses interventions dans des médias comme CNews et Le Figaro. Le thème en est sans équivoque : « Le communisme : menace d’hier et d’aujourd’hui ».
Une opposition unie contre la « haine du communisme »
Dès l’annonce du projet, les partis de gauche et les syndicats se sont mobilisés pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « propagande politique ». Un communiqué commun, signé par les sections locales du Parti communiste, de La France insoumise, du Parti socialiste, de Génération.s, de la Ligue des droits de l’Homme, ainsi que par les syndicats Sud, CGT et FSU, fustige « le retour de la haine du communisme ».
Les signataires rappellent que, dans la ville d’Agde, les seules victimes de l’Occupation ont été celles des nazis, lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils mettent en avant des figures locales de la Résistance, fusillées ou tombées au combat face à l’armée allemande, ainsi que le camp d’internement qui, durant cette période, a servi à réprimer les républicains espagnols fuyant la dictature franquiste.
« Cette initiative est une provocation qui banalise une idéologie dangereuse et diffamatoire, tout en occultant les véritables crimes historiques commis en France », déclare un porte-parole du groupe d’opposition 100% Agde. Ce dernier a déposé un recours gracieux auprès du maire, lui demandant de renoncer à l’inauguration de la stèle. Faute de réponse favorable, l’opposition menace désormais de saisir la justice administrative pour faire annuler l’événement.
Un projet sans délibération municipale
L’une des principales critiques adressées au maire porte sur l’absence de débat démocratique préalable. En effet, cette inauguration n’a fait l’objet d’aucune délibération au conseil municipal, soulevant des questions sur la légitimité d’une telle initiative portée par un seul élu. « Comment un maire peut-il engager la ville dans une polémique de cette ampleur sans consulter ses administrés ni ses collègues ? », s’interroge un conseiller municipal d’opposition.
Face à la pression, le maire a maintenu sa position, refusant de céder aux demandes de report ou d’annulation. Il a justifié son choix par la nécessité de « réparer une injustice historique » et de rendre hommage à des victimes « trop souvent oubliées ». Une rhétorique qui, pour ses détracteurs, relève davantage d’une stratégie politique que d’une démarche mémorielle.
Agde n’est pas un cas isolé : d’autres polémiques similaires ailleurs en France
Cette initiative n’est pas sans précédent. Depuis plusieurs mois, d’autres villes françaises sont le théâtre de projets similaires, portés par des maires de droite ou d’extrême droite. À Saint-Raphaël, dans le Var, une stèle en mémoire des victimes du communisme a été inaugurée sous l’impulsion d’un élu Les Républicains. Dans le Pas-de-Calais, à Hénin-Beaumont, c’est un maire Rassemblement national qui a pris l’initiative d’un hommage similaire.
Ces commémorations, présentées comme des hommages universels, sont régulièrement perçues comme des outils de mobilisation politique, exploitant la mémoire des victimes pour alimenter un discours anticommuniste. Une tendance qui s’inscrit dans un contexte plus large de montée des discours d’extrême droite en France, et qui interroge sur la instrumentalisation de l’histoire à des fins partisanes.
Les observateurs politiques soulignent que ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à diaboliser les idéologies de gauche, tout en légitimant, par ricochet, les régimes autoritaires d’extrême droite. Une dynamique qui, selon certains analystes, risque d’alimenter les divisions au sein de la société française.
Des commémorations sous surveillance
Les rassemblements prévus dimanche et lundi à Agde s’annoncent tendus. Plusieurs collectifs appellent à manifester contre la stèle controversée, tandis que des associations de défense des droits de l’Homme et de la mémoire des résistants appellent à défendre « la vérité historique ».
« Nous ne laisserons pas instrumentaliser l’histoire à des fins politiques. Les vraies victimes à honorer ici sont celles de la barbarie nazie et des régimes fascistes, pas les victimes d’une idéologie que nous combattons », affirme une militante locale. Les forces de l’ordre ont été alertées et des dispositifs de sécurité renforcés sont prévus pour éviter tout incident.
Cette polémique à Agde reflète ainsi les tensions actuelles autour de la mémoire et de l’histoire en France, où les débats mémoriels deviennent de plus en plus un enjeu politique central. Alors que le pays s’apprête à entrer dans une période électorale décisive, ces initiatives soulèvent des questions essentielles sur l’usage du passé dans le débat public.
Contexte politique : une droite et une extrême droite en quête de légitimité
À quelques mois des prochaines échéances électorales, la droite et l’extrême droite cherchent à se repositionner sur l’échiquier politique. Le Rassemblement national, en particulier, multiplie les initiatives symboliques pour marquer son ancrage dans le paysage politique français. Cette stèle à Agde s’inscrit dans cette dynamique, visant à séduire un électorat en quête de fermeté idéologique.
Pourtant, cette stratégie n’est pas sans risque. En ciblant spécifiquement le communisme, les partis de droite et d’extrême droite risquent de raviver des clivages historiques, tout en occultant les responsabilités des autres régimes autoritaires. Une approche qui, pour certains observateurs, relève davantage d’un calcul politique que d’une volonté sincère de rendre justice aux victimes.
Dans un contexte où l’Europe est traversée par des tensions géopolitiques majeures, avec la montée des régimes illibéraux à l’Est et la résurgence de l’autoritarisme, ces commémorations soulèvent également des questions sur l’avenir de la démocratie en France. Alors que l’Union européenne tente de préserver ses valeurs fondamentales, ces initiatives locales risquent de fragiliser le consensus autour des droits humains et de la mémoire collective.
Face à ces enjeux, les citoyens et les associations appellent à la vigilance. « L’histoire ne doit pas être un outil de division, mais un socle commun pour construire l’avenir », rappelle un historien local. Une exhortation qui résonne d’autant plus fort à l’approche des commémorations du 11 novembre, où la mémoire des victimes de la guerre et de la barbarie nazie sera une nouvelle fois célébrée.