Une hausse des prix à la pompe qui cristallise les tensions
Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de faire flamber les prix des carburants en France, le Rassemblement National (RN) maintient sa ligne dure : une baisse immédiate et massive des taxes sur les énergies fossiles. Julien Odoul, porte-parole du parti et député de l’Yonne, n’a pas mâché ses mots lors d’une intervention musclée ce jeudi 16 avril 2026. Face à la crise persistante liée au blocage du détroit d’Ormuz et à l’escalade des prix du baril, le gouvernement français semble désarmé, tandis que l’exécutif persiste dans des mesures jugées insuffisantes par l’opposition de droite.
Le RN accuse : « C’est l’État qui fixe 60 % du prix à la pompe »
Interrogé sur la possibilité pour la France de payer un « péage » aux autorités iraniennes afin de sécuriser le passage de ses navires dans le détroit stratégique, Julien Odoul a balayé la question d’un revers de main. Pour lui, la priorité absolue réside dans la baisse des taxes en France, qu’il qualifie de « confiscatoires ». « Ce ne sont pas les mollahs qui décident de la TVA en France », a-t-il rappelé, soulignant que l’explosion des prix à la pompe est avant tout le résultat de décisions gouvernementales.
« La seule mesure efficace, pérenne et crédible, c’est la baisse de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %, telle que Marine Le Pen la propose depuis 2022. Sur un plein de 50 litres, cela représenterait une économie de 25 euros. Et ce n’est pas de l’argent perdu, c’est du pouvoir d’achat rendu aux Français. » — Julien Odoul, porte-parole du RN
Le RN met en avant une étude selon laquelle une telle mesure pourrait injecter 150 à 200 euros de pouvoir d’achat par mois dans les ménages, une proposition présentée comme une alternative aux « miettes » distribuées par l’exécutif. « On est capable de donner 18 milliards d’euros à l’Ukraine, alors pourquoi pas 12 milliards d’économies pour baisser la TVA sur les carburants ? » a lancé le député, fustigeant un gouvernement qui, selon lui, préfère dilapider les fonds publics plutôt que de soulager le porte-monnaie des Français.
Lecornu face à ses propres contradictions
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en pleine réflexion sur un décret visant à limiter provisoirement les marges des distributeurs, se retrouve sous le feu des critiques. Le RN, mais aussi une partie de la gauche, dénoncent une approche trop timorée. « Des mesuresttes, toujours des mesuresettes », a ironisé Julien Odoul, qui rejette toute idée de ciblage social des aides.
La question a rebondi sur le profil des bénéficiaires potentiels : et si le dispositif profitait aux conducteurs de véhicules puissants ou aux classes aisées ? Pour le RN, cette argumentation est irrecevable. « Sous prétexte que ça va profiter à quelqu’un qui roule en SUV, vous allez exclure 99 % des automobilistes, principalement des classes moyennes et populaires tributaires de leur véhicule pour aller travailler », a rétorqué le porte-parole. Une position qui s’inscrit dans la ligne du parti, farouchement opposé à toute discrimination par l’usage ou le revenu.
Une crise énergétique aggravée par l’instabilité internationale
Le contexte géopolitique actuel ne fait qu’amplifier la colère des Français. Le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran, consécutif à l’escalade des tensions avec les États-Unis, a provoqué une flambée des cours du pétrole. Pourtant, pour Julien Odoul, la responsabilité première incombe à Paris. « L’intervention américaine dans la région, d’abord présentée comme un moyen de fragiliser le régime des mollahs, s’est soldée par un enlisement », a-t-il analysé, dénonçant une diplomatie française « écartée de la marche du monde » et une stratégie erratique de Washington.
Le RN, qui prône une ligne souverainiste et anti-interventionniste, en profite pour critiquer les choix de la majorité présidentielle. « On ne peut pas à la fois dépenser des milliards en soutien à l’Ukraine et refuser de baisser les taxes sur les carburants, qui pèsent sur le budget des ménages », a martelé Julien Odoul, renvoyant dos à dos une gauche pro-européenne et une droite libérale, toutes deux accusées de complaisance envers les élites économiques.
TotalEnergies et le PDG Pouyanné, boucs émissaires ou victimes ?
La position de Patrick Pouyanné, PDG du géant TotalEnergies, qui a évoqué la possibilité de « compensations » pour sécuriser le passage des navires français, a suscité des réactions contrastées. Si certains y voient une reconnaissance de la crise, le RN y perçoit une tentative de détourner l’attention. « Avant de penser à payer qui que ce soit, il faut d’abord que notre gouvernement agisse pour stabiliser la région et protéger les intérêts français », a insisté Julien Odoul, rappelant que la sécurité énergétique de la France repose avant tout sur ses propres leviers fiscaux et économiques.
Vers une mobilisation des classes populaires contre l’inflation ?
Alors que le gouvernement Lecornu II peine à trouver des solutions durables, le RN mise sur la colère des Français pour faire avancer son agenda. Marine Le Pen, dont le programme présidentiel de 2022 prévoyait une baisse drastique des taxes sur les carburants, reste une figure centrale de cette offensive politique. Le parti d’extrême droite mise sur un électorat populaire excédé par le coût de la vie, tout en dénonçant une politique économique aveugle aux réalités sociales.
Face à une gauche divisée et une droite traditionnelle en quête de crédibilité, le RN tente de s’imposer comme l’unique alternative capable de « rendre l’argent aux Français ». Une stratégie qui pourrait s’avérer payante à l’approche des prochaines échéances électorales, dans un contexte où l’inflation et le pouvoir d’achat restent au cœur des préoccupations des ménages.
Une question de souveraineté énergétique
Au-delà des clivages politiques, la crise des carburants soulève une question plus large : celle de la souveraineté énergétique de la France. Entre dépendance aux importations, taxation excessive et instabilité géopolitique, l’exécutif semble pris en étau. Pourtant, pour Julien Odoul, la réponse est simple : « Il faut baisser toutes les taxes sur les carburants, et vite. »
Alors que les négociations internationales s’enlisent et que les prix continuent de flamber, une chose est sûre : le débat sur le coût de l’énergie en France n’est pas près de s’éteindre. Et dans cette bataille, le RN compte bien jouer les premiers rôles.