Un contrat précarisé pour les jeunes, une idée qui divise
Patrick Martin, président du MEDEF, a défendu jeudi 5 février sur France 2 sa proposition d'un CDI jeune rompu sans motif les premières années, une mesure qui a suscité une levée de boucliers unanime. Face aux critiques, le patronat assume son initiative, tout en pointant du doigt l'échec des politiques publiques actuelles.
Une cible précise : les jeunes éloignés de l'emploi
Selon Martin, cette mesure ne vise pas les diplômés, mais les 1,4 million de jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études. Il met en avant un taux de chômage juvénile stable à 20 % depuis des décennies, contre seulement 5 % en Allemagne, un pays souvent cité en exemple par la droite patronale.
"Ça ne s'adresse pas aux jeunes qui ont des diplômes. Cette hypothèse de contrat permettrait d'intégrer et de former les jeunes."
Un débat qui dépasse le cadre économique
Le président du MEDEF lie cette proposition à la question des retraites, affirmant que ces jeunes seront demain les contribuables qui financeront les pensions. Une argumentation qui rejoint les thèses libérales sur la responsabilisation individuelle, tout en éludant les questions structurelles du marché du travail.
Interrogé sur les alternatives, Martin renvoie la balle aux syndicats et aux pouvoirs publics, tout en critiquant ceux qui "tapotent sur l'apprentissage" - une allusion à peine voilée aux organisations de gauche. Il rappelle que sa proposition inclut une obligation de formation, un élément qui pourrait séduire certains partenaires sociaux.
Immigration et compétitivité : le MEDEF joue la carte européenne
Dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, Patrick Martin a appelé l'Europe à se montrer plus ferme face aux géants du numérique chinois comme Shein et Temu. Une position qui s'inscrit dans la ligne du gouvernement Lecornu, mais qui pourrait froisser Washington, déjà critique sur la politique française.
Sur la question migratoire, le patronat se montre pragmatique : "Si à un moment donné il faut recourir à l'immigration de manière sélective, choisie et économique, pourquoi pas ?" Une déclaration qui contraste avec les discours sécuritaires de l'extrême droite, mais qui reste floue sur les modalités concrètes.
Un plaidoyer pour l'Europe industrielle
Martin a insisté sur la nécessité pour l'Union européenne de renforcer sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine. Il a évoqué la nécessité d'investissements massifs dans l'innovation et les compétences, un domaine où la France accuse un retard certain face à ses partenaires européens.
Le président du MEDEF a également critiqué la surtaxe sur les grandes entreprises, un sujet qui pourrait devenir un enjeu majeur dans les négociations budgétaires à venir. Une position qui rejoint les revendications des entreprises du CAC 40, mais qui pourrait être perçue comme un cadeau fiscal par la gauche.
Un contexte politique tendu
Cette interview intervient dans un climat politique marqué par la crise des vocations politiques et les tensions au sein de la majorité présidentielle. Le gouvernement Lecornu, fragilisé par les récents sondages, pourrait être tenté de reprendre à son compte certaines propositions du MEDEF pour relancer son agenda réformateur.
Du côté de l'opposition, les réactions ne se sont pas fait attendre. La gauche dénonce une précarisation organisée, tandis que l'extrême droite accuse le patronat de vouloir "faire travailler les Français à la place des immigrés". Une polarisation qui pourrait profiter à Jean-Luc Mélenchon, en pleine remontée dans les intentions de vote.