David Lisnard quitte LR : la droite en pleine tourmente avant 2027

Par Mathieu Robin 25/03/2026 à 10:06
David Lisnard quitte LR : la droite en pleine tourmente avant 2027
Photo par Khamkéo sur Unsplash

David Lisnard quitte LR : la droite en pleine crise avant 2027. Un départ qui illustre l'incapacité des Républicains à se réinventer face à l'extrême droite. Scénario explosif pour l'avenir politique.

Le maire de Cannes tourne définitivement le dos à une droite en lambeaux

Dans un coup de tonnerre politique, David Lisnard, figure montante de la droite française et maire de Cannes, a annoncé ce 25 mars 2026 son retrait des Républicains (LR). Son départ, intervenu trois jours seulement après les élections municipales, marque un nouveau tournant dans la déliquescence d’un parti déjà profondément divisé. Dans un entretien accordé à une chaîne d’information en continu, il a dénoncé avec virulence l’absence de cohérence, de lisibilité et de constance au sein de LR, pointant du doigt des choix stratégiques perçus comme erratiques.

"Je vais demander à voir Bruno Retailleau dans les heures qui viennent", a-t-il déclaré, avant d’ajouter : "Je le dirai d’abord au président du parti." Ce dernier, qui dirige LR depuis plusieurs mois, est au cœur des critiques de Lisnard, notamment pour sa gestion controversée de la ligne politique du mouvement. Le maire de Cannes, également vice-président de LR et président de l’Association des maires de France, s’est particulièrement indigné contre la décision récente du bureau politique du parti concernant la présidentielle de 2027.

Un processus de désignation présidentiel déjà contesté

La direction de LR a en effet acté, lors d’une réunion houleuse, que ses adhérents seraient consultés en avril pour trancher entre trois options : une investiture directe de Bruno Retailleau, une primaire fermée ou une primaire semi-ouverte. Une procédure que David Lisnard qualifie sans détour de « vote truqué », estimant qu’elle ne permet pas une expression démocratique large. Il plaide pour une primaire ouverte à l’ensemble de la droite, y compris des figures comme Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan, exclues jusqu’ici des débats internes.

« Ce qui s’est passé hier est un non-sens », a-t-il assené, faisant référence à la volonté de LR de limiter la compétition interne. Pour lui, cette stratégie révèle l’incapacité du parti à se réinventer face à une droite fracturée, tiraillée entre héritage gaulliste et tentations populistes. « Depuis le vote de confiance accordé à François Bayrou, l’abandon de la réforme des retraites, les ambiguïtés sur la participation au gouvernement, il n’y a aucune vision claire », a-t-il fustigé.

LR, un parti en voie de marginalisation ?

Le départ de David Lisnard intervient dans un contexte déjà explosif pour Les Républicains, qui peinent à se positionner face à un Rassemblement National en embuscade et à une majorité présidentielle affaiblie. Les divisions internes, exacerbées par les querelles de leadership et les divergences idéologiques, ont transformé le parti en une coquille vide, selon plusieurs observateurs politiques.

Depuis des mois, les sondages placent LR en dessous de 15 % des intentions de vote, loin derrière le RN qui caracole en tête des intentions pour 2027. Les dernières municipales ont confirmé cette tendance, avec des scores désastreux dans les grandes villes. Pourtant, malgré ce déclin manifeste, la direction du parti persiste dans une stratégie d’entre-soi, préférant verrouiller les processus de désignation plutôt que d’ouvrir le débat à de nouvelles forces.

« La droite française a besoin de clarté, pas de joutes internes », a rappelé Lisnard, regrettant que LR soit devenu un « club de notables » incapable de se renouveler. Son départ, bien que symbolique, pourrait accélérer les remises en question au sein du parti, où certains élus commencent à envisager une refondation plus ambitieuse.

Vers une recomposition de la droite ?

Ce coup de poker de Lisnard pourrait, à terme, redessiner le paysage politique de la droite française. En appelant à une primaire ouverte, il rejoint les revendications d’une partie de la société civile et des militants, lassés par les querelles stériles. Son positionnement tranché sur la nécessité d’intégrer des figures comme Zemmour ou Dupont-Aignan – malgré leurs positions radicales – montre une volonté de rompre avec l’image d’un parti replié sur lui-même.

Pourtant, cette stratégie comporte des risques. Une alliance avec l’extrême droite, même indirecte, pourrait aliéner une partie de l’électorat modéré et accélérer la perte d’influence de LR. À l’inverse, une ouverture trop large risquerait de diluer le message du parti, déjà flou aux yeux des électeurs. « La droite doit choisir : soit elle reste un musée, soit elle devient un mouvement rénové », a résumé un analyste politique sous couvert d’anonymat.

Macron et Lecornu, spectateurs attentifs d’une droite en crise

Côté majorité présidentielle, on observe avec attention cette crise de la droite, perçue comme une opportunité pour affaiblir l’opposition. Emmanuel Macron et son Premier ministre Sébastien Lecornu misent sur l’incapacité des Républicains à proposer une alternative crédible en vue de 2027. La stratégie du « ni droite ni gauche » du président sortant pourrait ainsi trouver un écho encore plus large si LR continue de s’autodétruire.

De son côté, Marine Le Pen, toujours en embuscade, pourrait profiter de cette faiblesse pour capitaliser sur un électorat déçu par les divisions de la droite classique. Les récents succès du RN dans les zones périurbaines et rurales, où LR était historiquement dominant, confirment cette tendance.

Dans ce contexte, le départ de David Lisnard est bien plus qu’un simple remaniement interne : c’est le symptôme d’une droite en pleine crise existentielle, incapable de se réinventer face aux défis du XXIe siècle. Son appel à une primaire ouverte pourrait, à terme, forcer LR à sortir de son entre-soi, ou au contraire accélérer sa marginalisation dans le jeu politique français.

Une chose est sûre : la droite française n’a jamais été aussi divisée, et le compte à rebours pour 2027 est déjà lancé.

« Depuis le vote de confiance à François Bayrou, l’abandon de la réforme des retraites, les ambiguïtés sur le gouvernement – participer ou pas – je pense qu’il n’y a aucune lisibilité, aucune cohérence et aucune constance. »
David Lisnard, maire de Cannes et ex-vice-président de LR

Un parti en quête de survie

Malgré les critiques acerbes de Lisnard, Bruno Retailleau et ses partisans au sein de LR défendent leur ligne, arguant que la priorité est de « rassembler la droite » plutôt que de l’ouvrir à des courants extrêmes. « Nous devons éviter les divisions qui ont affaibli la droite par le passé », a commenté un proche du président du parti, sous couvert d’anonymat. Pourtant, cette position semble de plus en plus intenable face à la réalité des urnes.

Les dernières élections, qu’elles soient municipales, régionales ou européennes, ont montré une droite en net recul, tandis que l’extrême droite progresse. Les Républicains, autrefois premier parti d’opposition, sont désormais devancés par le RN dans toutes les enquêtes d’opinion. Leur incapacité à proposer un projet fédérateur, combinée à des querelles de leadership, a transformé le parti en un acteur secondaire du débat politique.

Face à cette situation, certains élus LR commencent à envisager des scénarios de rupture, comme la création d’une nouvelle formation ou une alliance avec le centre. Cependant, ces initiatives restent marginales, et la direction du parti continue de privilégier une stratégie de résistance, malgré l’évidence de son déclin.

L’impact sur la vie politique locale et nationale

Le départ de Lisnard n’est pas anodin pour la vie politique locale, où il incarnait une droite modérée, loin des excès de l’extrême droite. À Cannes, sa gestion a souvent été saluée pour son pragmatisme, même si ses détracteurs lui reprochent un certain autoritarisme. Son retrait des Républicains pourrait affaiblir son influence dans sa ville, où il était réélu en mars avec une large majorité.

À l’échelle nationale, ce départ envoie un signal fort : la droite classique n’est plus en mesure de fédérer. Les électeurs, de plus en plus déçus par les partis traditionnels, se tournent vers des alternatives, qu’elles soient populistes ou centristes. La question qui se pose désormais est de savoir si Les Républicains parviendront à se réinventer ou s’ils disparaîtront, comme d’autres partis avant eux, dans les méandres de l’histoire politique française.

Une certitude : la recomposition de la droite est en marche, et elle sera déterminante pour l’avenir de la démocratie française.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (3)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

S

Solstice

il y a 21 minutes

Ce départ illustre surtout la crise existentielle des Républicains depuis 2017. Déjà à l'époque, le parti était tiraillé entre la ligne Fillon et la ligne LR modérée. Aujourd'hui, avec le RN à 30% dans les intentions de vote, les électeurs traditionnels préfèrent voter 'utile' plutôt que de soutenir un parti qui ne sait plus ce qu'il veut... Je me souviens encore du discours de Sarkozy en 2007 sur l'identité nationale, qui avait déjà ouvert la boîte de Pandore. Bref, ils ont attendu trop longtemps pour se réinventer, et maintenant c'est trop tard.

0
A

Ainhoa

il y a 1 heure

La droite française a la mémoire d'un poisson rouge. Comme d'hab. Point final.

0
C

corte

il y a 2 heures

noooon mais sérieux ??? Lisnard qui laargue LR après toutes ces années de trahisons en mode 'moi je suis clean'... md le monde à l'envers !!! ça va sa finir dans les oubliettes comme tous les autres... ptdr :))))

3
Publicité