La mort de Quentin Deranque relance le débat sur l'efficacité des dissolutions
Dix jours après le décès tragique du militant Quentin Deranque à Lyon, la question de l'efficacité des dissolutions de groupes politiques violents refait surface. Emmanuel Macron a convoqué une réunion à l'Élysée ce mardi, tandis que l'exécutif saisit la justice face à une possible reconstitution de la Jeune Garde, dissoute en juin dernier. Mais cette mesure suffit-elle à éradiquer ces mouvements ?
La Jeune Garde, un groupe fantôme ?
Officiellement, la Jeune Garde antifasciste n'existe plus depuis sa dissolution par le gouvernement il y a huit mois. Pourtant, d'anciens membres sont soupçonnés d'être impliqués dans la mort de Quentin Deranque. Le gouvernement évoque une possible reconstitution du groupe sur au moins cinq territoires.
Des indices laissent penser que la Jeune Garde se serait rebaptisée. Le mouvement Éteignons la flamme, apparu en début d'année, a été lancé en présence de Jean-Luc Mélenchon et du député insoumis Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde. L'avocate du groupe, Me Aïnoha Pascual, dénonce une instrumentalisation politique :
"Ce que je constate, c'est qu'on a envie de faire porter une certaine responsabilité à la Jeune Garde pour les événements du 12 février et qu'on apporte une fois de plus, en réponse à ça, l'outil de la dissolution."
Un bilan mitigé des dissolutions depuis 2017
Depuis 2017, 24 groupes ont été dissous, dont cinq à l'ultragauche et 19 à l'ultradroite, selon le ministère de l'Intérieur. Quatre organisations font actuellement l'objet d'une procédure de dissolution. Le ministre Laurent Nuñez a rappelé que "tout groupement appelant à la violence, à la discrimination ou à la haine" pouvait être visé.
Cependant, l'efficacité de ces mesures est remise en question. Comme à l'ultragauche, des groupes d'ultradroite se sont reconstitués ces dernières années. À Lyon, le Bastion social, dissous en 2019, a donné naissance à deux autres groupes peu après : Lyon Populaire et Audace-Lyon.
Nicolas Lebourg, historien à l'Université de Montpellier, souligne que la dissolution a avant tout un effet symbolique : "Ça sert à marquer d'infamie souvent le nom d'un groupe, à casser cette marque. Ça sert aussi à attaquer ses finances et à dégoûter un certain nombre de militants."
Un processus long et contradictoire
La dissolution n'est pas une mesure définitive. Des recours sont possibles devant le Conseil d'État, ce qui allonge les procédures. Certains y voient une réponse politique plus qu'une solution durable, tandis que d'autres estiment qu'elle permet de frapper les opinions publiques et de tarir les financements.
Dans un contexte de tensions politiques croissantes, la question de l'efficacité des dissolutions reste ouverte. Entre symbolisme et réalité, cette mesure divise autant qu'elle interroge sur la capacité de l'État à endiguer la violence politique.