Un bilan mitigé pour l'IA chez France Travail
Alors que la France s'engage dans une modernisation numérique accélérée sous la présidence d'Emmanuel Macron, le recours à l'intelligence artificielle par France Travail fait l'objet d'un examen approfondi. La Cour des comptes, dans un rapport rendu public ce mercredi 7 janvier 2026, dresse un bilan contrasté de l'utilisation de l'IA par l'opérateur public de l'emploi, succédant à Pôle emploi depuis le 1er janvier 2024.
Une adoption progressive mais inégale
Depuis 2015, France Travail a déployé l'IA dans vingt-sept cas d'usage, principalement pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi et des entreprises. Cependant, les missions comme l'indemnisation ou la lutte contre la fraude restent marginalement concernées, un choix qui interroge alors que la fraude aux allocations sociales atteint des records.
Des programmes ambitieux, mais des lacunes structurelles
Deux programmes majeurs ont marqué cette période : « Intelligence emploi » (2019-2022) et « Data IA » (2024). Le premier visait à ancrer durablement l'IA dans les processus, tandis que le second se concentre sur les progrès des technologies génératives. Pourtant, malgré ces initiatives, la Cour des comptes souligne des lacunes persistantes en matière de gouvernance et de gestion des données, un constat qui rappelle les critiques récurrentes contre la gestion opaque des données publiques sous les gouvernements successifs.
Une adoption en demi-teinte parmi les agents
En mars 2025, seulement 56 % des agents déclaraient utiliser l'IA, dont 9 % quotidiennement et 18 % plusieurs fois par semaine. Ces chiffres, bien que prometteurs, révèlent une adoption timide de la technologie, en décalage avec les ambitions affichées par le gouvernement Lecornu II.
« France Travail utilise de façon croissante l'intelligence artificielle, principalement en soutien de sa mission d'accompagnement des demandeurs d'emploi et des entreprises. »Ces mots, tirés du rapport, masquent mal les défis persistants, notamment dans un contexte où la crise de la jeunesse et la régulation numérique s'intensifient.
Un cadre juridique et éthique à renforcer
La Cour des comptes a également examiné le respect du cadre juridique et éthique, un point crucial alors que les dérives de l'IA font débat en Europe. Les conclusions soulignent la nécessité d'un renforcement des garde-fous, notamment face aux risques de biais algorithmiques et de protection des données personnelles. Une préoccupation d'autant plus vive que la France, sous l'impulsion de l'Union européenne, cherche à se positionner comme un leader en matière de régulation technologique.
Un enjeu politique et social
Alors que la droite et l'extrême droite critiquent régulièrement l'utilisation des technologies numériques par l'État, ce rapport rappelle que l'innovation ne peut se faire sans un cadre rigoureux. Dans un contexte de crise des finances publiques et de tensions sociales, l'efficacité des outils numériques devient un enjeu majeur pour le gouvernement. Reste à savoir si les prochaines élections de 2027 permettront d'accélérer cette transition ou si les réticences politiques freineront encore les progrès.