Une loi controversée sous couvert de protection des mineurs
La proposition de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, adoptée par l'Assemblée nationale le 26 janvier, suscite des inquiétudes croissantes. Au-delà de son objectif affiché de protéger la santé mentale des jeunes, cette mesure pourrait-elle masquer une volonté de contrôle numérique de la population ?
Des critiques venues de tous bords politiques
Des voix discordantes se sont élevées, tant à gauche qu'à droite de l'échiquier politique. Le député insoumis Louis Boyard et le président du parti d'extrême droite Reconquête, Eric Zemmour, ont tous deux dénoncé un risque de surveillance généralisée. Pour Boyard, cette loi « instrumentalise la santé mentale des jeunes pour imposer un projet de contrôle de l'identité numérique ». Zemmour, quant à lui, y voit « le doigt dans l'engrenage de la surveillance générale ».
Un système de vérification d'âge sous haute surveillance
Le texte, inspiré du modèle australien, impose aux plateformes de mettre en place des systèmes de vérification d'âge, sous peine de sanctions financières pouvant atteindre 6% de leur chiffre d'affaires mondial. Plusieurs méthodes sont envisagées, dont l'analyse par intelligence artificielle de selfies ou l'envoi de preuves d'identité. Cependant, le ministère du Numérique assure que ces vérifications seront strictement encadrées par le droit européen, avec des garanties de protection des données.
Des risques de dérive autoritaire ?
Les détracteurs de la loi craignent que cette mesure ne serve de prétexte à une collecte massive de données personnelles. Olivier Blazy, professeur à l'École polytechnique, souligne que « toute initiative de tiers de confiance issue d'un service privé est beaucoup plus susceptible de ne pas être alignée avec les niveaux d'exigences gouvernementales et européennes ». Le recours à France Identité, une plateforme publique, est présenté comme une solution plus sûre, mais certains y voient un pas de plus vers un État surveillant.
La réponse du gouvernement : une protection nécessaire
Le gouvernement, par la voix de la ministre déléguée au Numérique Anne Le Hénanff, défend une approche équilibrée. « Il ne s'agit pas de transmettre une identité, mais uniquement une information binaire : âge requis atteint ou non », précise-t-elle. Le cabinet ministériel insiste sur le respect du « double anonymat », où ni le site ni le vérificateur d'âge ne connaissent l'identité de l'utilisateur. Une identité numérique européenne, en cours de déploiement, pourrait également offrir une alternative sécurisée.
Un débat qui dépasse les frontières
Cette proposition de loi s'inscrit dans un contexte plus large de régulation des réseaux sociaux en Europe. Alors que des pays comme la Norvège et l'Islande renforcent leurs lois sur la protection des données, la France se positionne comme un acteur clé dans la défense des droits numériques. Cependant, les critiques rappellent que des précédents, comme la loi Sren de 2024, ont déjà montré les limites des systèmes de vérification d'âge.
Vers une société sous surveillance ?
Alors que la loi doit être examinée par le Sénat, les débats sur ses implications pour la vie privée et les libertés individuelles s'intensifient. Entre protection des mineurs et risques de dérive autoritaire, le gouvernement devra convaincre que cette mesure ne servira pas d'outil de contrôle supplémentaire dans une société déjà marquée par des tensions politiques croissantes.