Un compromis qui fait grincer des dents à gauche
Alors que le gouvernement Lecornu II s'apprête à faire adopter le budget 2026 par le biais du 49.3, les critiques pleuvent depuis la gauche radicale. La France insoumise accuse le Parti socialiste d'avoir renié ses engagements en échange de concessions minimes, tandis que le PS défend une stratégie de compromis nécessaire pour faire avancer ses idées.
Des promesses non tenues sur la fiscalité
Parmi les mesures phares du contre-budget socialiste, plusieurs n'apparaissent pas dans la version finale du texte. La taxe Zucman sur les très hauts patrimoines, présentée comme une ligne rouge, a été abandonnée. Idem pour le rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), pourtant au cœur des revendications du PS. Un recul symbolique fort pour un parti qui se veut défenseur de la justice fiscale.
Les socialistes avaient également promis de doubler la taxe sur les Gafam, mais cette mesure n'a pas été retenue. En revanche, le gouvernement a accepté de limiter les avantages fiscaux du pacte Dutreil, une victoire partielle pour le PS.
La réforme des retraites : un gel temporaire, mais pas d'abrogation
Sur la question des retraites, le PS avait exigé un retour à l'âge légal de 62 ans. Le gouvernement a finalement opté pour un gel à 62 ans et 9 mois jusqu'en 2028, permettant à 3,5 millions de personnes de partir plus tôt.
« Le combat continue », assure le PS, mais cette concession est loin de satisfaire les militants.
Quelques victoires sur le pouvoir d'achat
Le gouvernement a toutefois cédé sur plusieurs points réclamés par les socialistes. Le dégel du barème de l'impôt sur le revenu permettra d'éviter que l'inflation ne pousse des ménages dans l'imposition. La prime d'activité sera augmentée pour les travailleurs modestes, et le repas à 1 euro dans les restaurants universitaires sera étendu à tous les étudiants.
Une surtaxe sur les bénéfices des grands groupes a également été maintenue, répondant en partie aux demandes du PS de mettre à contribution les grandes entreprises.
Un budget « socialiste » selon la droite, un renoncement selon LFI
La droite a qualifié ce budget de « socialiste », une ironie pour La France insoumise, qui y voit un reniement. Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, a dénoncé l'absence des mesures phares du PS dans le texte final.
« Combien ont été mises, dans ce budget, de ces grandes propositions qui avaient été faites par le Parti socialiste ? Zéro », a-t-elle déclaré.
Pour le PS, ces critiques relèvent d'une stratégie maximaliste qui ignore les réalités du compromis politique. Olivier Faure, premier secrétaire du parti, défend une approche pragmatique :
« Nous avons obtenu des avancées, même modestes, et cela vaut mieux que l'immobilisme ».
Un budget sous tension dans un contexte politique explosif
Alors que la crise des finances publiques s'aggrave, ce budget s'inscrit dans un contexte de guerre des droites et de stratégie des partis pour 2027. Le PS tente de se positionner comme un rempart face à l'extrême droite, tandis que LFI accuse le parti de normaliser les politiques libérales.
Avec l'utilisation du 49.3, le gouvernement Lecornu II évite un vote risqué, mais renforce les tensions avec l'opposition. Emmanuel Macron, dont le quinquennat s'achève, pourrait voir ce budget comme un dernier test avant les élections.