Une résolution controversée adoptée malgré l'opposition de la gauche
L'Assemblée nationale a adopté, jeudi 22 janvier 2026, une résolution appelant la Commission européenne à inscrire les Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes. Ce texte, porté par Les Républicains, a été voté par 157 voix contre 101, avec le soutien du camp gouvernemental et du Rassemblement national (RN), mais en butte à l'opposition farouche de toute la gauche.
Un débat houleux marqué par des incidents
Les débats, qui ont duré près de cinq heures, ont été particulièrement tendus. Le rapporteur Éric Pauget (LR) a défendu un texte qu'il présente comme une réponse à un mouvement politique visant à imposer la charia sur la loi de la République. « Une telle classification permettrait de geler des financements et faciliterait l'échange d'informations entre États », a-t-il affirmé.
La séance a été émaillée de plusieurs incidents, notamment lorsque le député RN Laurent Jacobelli a lancé une attaque ciblée contre La France insoumise (LFI) :
« Les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, et bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI. »Ces propos ont provoqué des réactions indignées à gauche, notamment de la part du député insoumis Pierre-Yves Cadalen, qui s'est dit lui-même homosexuel et a vertement répondu :
« Je ne peux un seul instant tolérer que vous insinuiez que mon engagement aille à l'encontre de l'égalité humaine. »
Une résolution non contraignante mais symboliquement forte
Bien que non contraignante, cette résolution envoie un signal clair à l'Union européenne. Le texte demande une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans, un mouvement fondé en 1928 en Égypte. Le président du groupe LR, Laurent Wauquiez, a salué l'adoption du texte, estimant qu'il permettrait de sortir d'un « déni » et appelant le gouvernement à relayer l'initiative au niveau européen.
La question des sanctions contre les députés impliqués dans les incidents sera tranchée lors d'une réunion du bureau de l'Assemblée le 18 février, a annoncé Sébastien Chenu, vice-président RN. Ces tensions reflètent les divisions profondes au sein de l'hémicycle, alors que le gouvernement Lecornu II tente de naviguer entre les pressions de la droite et les critiques de la gauche.
Un contexte politique tendu
Cette résolution s'inscrit dans un climat politique particulièrement polarisé, marqué par des débats sur la sécurité, la laïcité et les relations avec les pays du Moyen-Orient. La gauche dénonce une instrumentalisation politique, tandis que la droite et l'extrême droite y voient une mesure nécessaire pour lutter contre l'islamisme radical.
Alors que le gouvernement tente de se positionner comme un rempart contre les extrêmes, cette résolution pourrait alimenter les tensions au sein de la majorité présidentielle, déjà fragilisée par les divisions sur d'autres sujets sensibles.