Le Rassemblement national multiplie les contacts avec les patrons pour séduire le monde économique
Depuis plusieurs mois, le Rassemblement national (RN) intensifie ses échanges avec les grands patrons français, dans une tentative de normalisation économique qui suscite des interrogations. Alors que le parti d'extrême droite se prépare pour la présidentielle de 2027, ses dirigeants, Marine Le Pen et Jordan Bardella, multiplient les rencontres avec des chefs d'entreprise, y compris parmi les groupes du CAC 40.
Une stratégie de « dédiabolisation » économique
Le RN, longtemps perçu comme hostile au monde des affaires, a abandonné certaines de ses positions radicales, comme la sortie de l'euro ou de l'Union européenne, pour adopter un discours plus modéré. Cette évolution, qualifiée de « stratégie de la cravate », vise à rassurer les milieux économiques. « Le programme de 2017 était bien plus à gauche qu'aujourd'hui, car entre-temps, le déficit s'est creusé », justifie un conseiller de Jordan Bardella.
Le parti a également recruté des profils issus du secteur privé, comme François Durvye, directeur général d'Otium Capital, ou Charles-Henri Gallois, ancien cadre chez Tag Heuer. Ces figures sont censées renforcer la crédibilité économique du RN auprès des entrepreneurs.
Des rencontres discrètes mais révélatrices
Si certaines entreprises refusent de communiquer sur leurs échanges avec le RN, des rencontres ont été confirmées, comme celle avec le PDG de Safran ou le patron d'Airbus, Guillaume Faury.
« Je les ai rencontrés, il y a un an ou deux », a reconnu Faury sur France Inter.
Le RN a également lancé une commission d'enquête sur les freins à la réindustrialisation, permettant à ses députés de multiplier les auditions et les visites d'usines. « Le but est de renforcer le programme économique du RN, en montrant que notre constat et nos mesures sont attendus par les milieux économiques », explique un proche de Bardella.
Un succès relatif auprès des petits patrons
Si le RN peine encore à convaincre les grands patrons, il séduit davantage les petites et moyennes entreprises (PME). Selon un baromètre d'octobre 2025, le parti arrive en tête des intentions de vote chez les dirigeants de TPE (29 %). « Les entreprises de petites tailles, qui s'estiment mal considérées par le pouvoir politique, se retrouvent dans le discours contestataire du RN », analyse Alain Griset, ancien ministre en charge des PME.
Marine Le Pen assume cette orientation :
« Comme la situation budgétaire est catastrophique, nous préférons baisser les impôts des TPE-PME que ceux du CAC 40. »
Des résistances persistantes
Malgré ces efforts, des sujets de discorde subsistent, comme la réforme des retraites ou la question de l'immigration. « On attend une réponse sur la problématique de la main-d'œuvre, car beaucoup de Tunisiens sont employés dans nos usines », souligne Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance.
Certains patrons restent sceptiques sur la doctrine économique du RN. « La retraite à 60 ou 62 ans, c'est un repoussoir total pour les patrons », tranche un ancien cadre du Medef. Le RN temporise pour l'instant, mais promet des clarifications pendant la campagne présidentielle.
Une normalisation en cours, mais incomplète
Si le Medef a fini par inviter Jordan Bardella à ses universités d'été en 2025, l'Association française des entreprises privées (Afep) refuse toujours de le rencontrer. « Les canaux sont ouverts, mais certaines digues résistent », reconnaît un conseiller du RN.
Le parti continue néanmoins ses efforts, notamment dans le secteur bancaire et technologique, où il peine encore à s'imposer. « Les banques ne viennent pas spontanément nous voir, et c'est plus compliqué avec la tech », admet un cadre du RN.
Pour le RN, l'enjeu est de taille : convaincre les milieux économiques de sa crédibilité avant 2027, tout en évitant les contradictions avec son discours traditionnel. Une gageure dans un contexte politique et économique tendu.