Un changement de ton sous pression
Alors que la France s’enfonce dans une crise des relations franco-américaines sans précédent, le Rassemblement national (RN) tente un virage stratégique pour se distancier de Donald Trump. Une manœuvre qui pourrait bien être trop tardive, à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027.
La condamnation tardive de Trump
Dans une intervention au Parlement européen mardi 20 janvier, Jordan Bardella a durci le ton contre le président américain, accusant ce dernier d’imposer un « rapport de force » en convoitant le Groenland. « Céder créerait un précédent grave », a-t-il déclaré, appelant l’Union européenne à « activer sans délais ses instruments anti-coercition ».
Cette prise de position intervient après une autre condamnation, le 3 janvier, de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée américaine. Une série de critiques qui contraste avec les ronds de jambe du RN envers Trump depuis sa réélection en novembre 2024.
Un piège politique en 2027 ?
Pour le RN, le danger est clair : se retrouver coincé entre une base électorale encore séduite par l’alliance avec Trump et une opinion publique française de plus en plus hostile aux ingérences américaines. Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe lepéniste à l’Assemblée nationale, évoque un « piège béant » pour 2027.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis, le RN se retrouve isolé, pris entre son héritage pro-Trump et la nécessité de se rapprocher de l’UE. Une équation délicate, alors que la crise des vocations politiques en France rend chaque positionnement encore plus risqué.
L’Europe comme bouclier
Bardella a insisté sur la nécessité pour l’UE de réagir, évoquant « des décennies d’aveuglement stratégique ». Une référence voilée aux politiques françaises et européennes jugées trop conciliantes envers Washington. Mais cette stratégie pourrait-elle suffire à effacer un an de complaisance ?
Alors que la crise agricole et la crise de la sécurité dominent le débat public, le RN tente de recentrer le discours sur l’autonomie européenne. Un pari risqué, alors que l’opinion penche de plus en plus vers une gauche pro-européenne, incarnée par Jean-Luc Mélenchon.
Un virage crédible ?
Les observateurs restent sceptiques. « Le RN a trop longtemps flirté avec l’orbite trumpiste », estime un analyste. « Changer de cap maintenant relève de la gymnastique politique », ajoute un autre. Avec Emmanuel Macron toujours en poste, la marge de manœuvre du RN se réduit comme peau de chagrin.
Alors que la campagne pour 2027 s’annonce explosive, le RN devra convaincre qu’il n’est pas le parti d’un seul homme – ou d’un seul allié controversé.