Un budget adopté sous tension, un gouvernement fragilisé
Mardi 20 janvier, Sébastien Lecornu a activé l'article 49.3 pour faire adopter la première partie du projet de loi de finances, malgré ses promesses initiales de renouveau démocratique. Une décision qui révèle les tensions croissantes au sein de la majorité présidentielle et les calculs politiques d'un Premier ministre dos au mur.
Le 49.3, une arme de dernier recours
Face à une opposition déterminée et des divisions internes, le chef du gouvernement a finalement opté pour l'outil constitutionnel controversé, après avoir épuisé toutes les autres options. « Quelque chose avait commencé à s'embourber », a-t-il justifié, reconnaissant implicitement l'échec de sa méthode initiale.
Devant une Assemblée presque vide, Lecornu a engagé la responsabilité de son gouvernement en moins de deux minutes, pointant du doigt « les agissements de certains groupes » qui, selon lui, devront rendre des comptes. Une attaque à peine voilée contre le Rassemblement national et La France insoumise, dont les motions de censure devraient être repoussées grâce à l'abstention massive des socialistes.
Un compromis coûteux avec le Parti socialiste
Le PS, qui a obtenu des concessions majeures en échange de son abstention, sort renforcé de cette négociation. Parmi les mesures arrachées : la suspension de la réforme des retraites, la revalorisation de la prime d'activité et l'annulation de suppressions de postes dans l'Éducation nationale. « Nous ne censurerons pas le gouvernement », a confirmé Olivier Faure, mais sans exclure une motion de censure future sur d'autres sujets.
Du côté des écologistes, la déception est palpable. Benjamin Lucas a dénoncé « une parole publique trahie », tandis que des députés insoumis accusent le PS de « maintenir un gouvernement impopulaire ».
Une majorité présidentielle divisée
Si Lecornu a sauvé son gouvernement, c'est au prix d'une fracture au sein de la majorité. L'aile droite de Renaissance, le MoDem et Horizons dénoncent un « sacrifice de la maîtrise des dépenses publiques ». « Être un fin tacticien aurait été d'obtenir aussi des concessions du PS ! », critique un cadre philippiste.
Pourtant, malgré ces tensions, le bloc central ne votera pas la censure. « Le parti à la rose avait là une immense carte à jouer », reconnaît un député macroniste, soulignant la dépendance du gouvernement face à la gauche.
Les oppositions en colère
La droite radicale et l'extrême droite dénoncent un « chéquier ouvert aux socialistes ». Jean-Philippe Tanguy (RN) ironise : « Ce n'est pas compliqué d'acheter le PS ! », tandis qu'un proche de Marine Le Pen accuse Lecornu de « manœuvrer contre l'intérêt du pays ».
À gauche, la colère est encore plus vive. Claire Lejeune (LFI) accuse le PS de « renverser l'alliance », tandis que les écologistes dénoncent un « habile manœuvrier » qui finit comme ses prédécesseurs.
Un gouvernement fragilisé, mais toujours debout
Pour l'instant, Lecornu a gagné une bataille, mais la guerre politique est loin d'être terminée. Les prochains textes, bien que consensuels, pourraient raviver les tensions. « Il y a un risque à chaque semaine », glisse un élu macroniste, conscient que l'équilibre est précaire.
Reste que, contrairement à Élisabeth Borne ou François Bayrou, le Premier ministre a réussi à survivre à cette crise. Pour combien de temps ?