Lecornu sauve son gouvernement, mais au prix d'un compromis explosif avec la gauche

Par Apophénie 21/01/2026 à 06:26
Lecornu sauve son gouvernement, mais au prix d'un compromis explosif avec la gauche

Sébastien Lecornu utilise le 49.3 pour adopter le budget, mais au prix d'un compromis explosif avec le PS. La majorité est divisée, l'opposition furieuse.

Un budget adopté sous tension, un gouvernement fragilisé

Mardi 20 janvier, Sébastien Lecornu a activé l'article 49.3 pour faire adopter la première partie du projet de loi de finances, malgré ses promesses initiales de renouveau démocratique. Une décision qui révèle les tensions croissantes au sein de la majorité présidentielle et les calculs politiques d'un Premier ministre dos au mur.

Le 49.3, une arme de dernier recours

Face à une opposition déterminée et des divisions internes, le chef du gouvernement a finalement opté pour l'outil constitutionnel controversé, après avoir épuisé toutes les autres options. « Quelque chose avait commencé à s'embourber », a-t-il justifié, reconnaissant implicitement l'échec de sa méthode initiale.

Devant une Assemblée presque vide, Lecornu a engagé la responsabilité de son gouvernement en moins de deux minutes, pointant du doigt « les agissements de certains groupes » qui, selon lui, devront rendre des comptes. Une attaque à peine voilée contre le Rassemblement national et La France insoumise, dont les motions de censure devraient être repoussées grâce à l'abstention massive des socialistes.

Un compromis coûteux avec le Parti socialiste

Le PS, qui a obtenu des concessions majeures en échange de son abstention, sort renforcé de cette négociation. Parmi les mesures arrachées : la suspension de la réforme des retraites, la revalorisation de la prime d'activité et l'annulation de suppressions de postes dans l'Éducation nationale. « Nous ne censurerons pas le gouvernement », a confirmé Olivier Faure, mais sans exclure une motion de censure future sur d'autres sujets.

Du côté des écologistes, la déception est palpable. Benjamin Lucas a dénoncé « une parole publique trahie », tandis que des députés insoumis accusent le PS de « maintenir un gouvernement impopulaire ».

Une majorité présidentielle divisée

Si Lecornu a sauvé son gouvernement, c'est au prix d'une fracture au sein de la majorité. L'aile droite de Renaissance, le MoDem et Horizons dénoncent un « sacrifice de la maîtrise des dépenses publiques ». « Être un fin tacticien aurait été d'obtenir aussi des concessions du PS ! », critique un cadre philippiste.

Pourtant, malgré ces tensions, le bloc central ne votera pas la censure. « Le parti à la rose avait là une immense carte à jouer », reconnaît un député macroniste, soulignant la dépendance du gouvernement face à la gauche.

Les oppositions en colère

La droite radicale et l'extrême droite dénoncent un « chéquier ouvert aux socialistes ». Jean-Philippe Tanguy (RN) ironise : « Ce n'est pas compliqué d'acheter le PS ! », tandis qu'un proche de Marine Le Pen accuse Lecornu de « manœuvrer contre l'intérêt du pays ».

À gauche, la colère est encore plus vive. Claire Lejeune (LFI) accuse le PS de « renverser l'alliance », tandis que les écologistes dénoncent un « habile manœuvrier » qui finit comme ses prédécesseurs.

Un gouvernement fragilisé, mais toujours debout

Pour l'instant, Lecornu a gagné une bataille, mais la guerre politique est loin d'être terminée. Les prochains textes, bien que consensuels, pourraient raviver les tensions. « Il y a un risque à chaque semaine », glisse un élu macroniste, conscient que l'équilibre est précaire.

Reste que, contrairement à Élisabeth Borne ou François Bayrou, le Premier ministre a réussi à survivre à cette crise. Pour combien de temps ?

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (10)

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arthur53

il y a 1 semaine

Moi je comprends pas pk les gens s'étonnent. Depuis 2017, Macron fait que ça : des promesses et des compromis pourris. Franchement, ça me gave.

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Bergeronnette

il y a 1 semaine

Macron a perdu. Le PS a perdu. Les Français ont perdu. Tout le monde perd, sauf les lobbies. Bravo.

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Marguerite de Corse

il y a 1 semaine

@bergeronnette T'es un peu pessimiste non ? Le PS a au moins évité l'effondrement total. Et puis, les lobbies, c'est tjrs le même refrain...

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LogicLover

il y a 1 semaine

Statistiquement, les gouvernements qui utilisent trop le 49.3 finissent par s'effondrer. Regardez 1997, 2006... La tendance est claire.

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Robert T.

il y a 1 semaine

Ce qui est intéressant, c'est que ce compromis rappelle celui de 1988 sous Mitterrand. La gauche a toujours eu du mal à gérer les alliances. En Allemagne, ils auraient trouvé un moyen plus propre...

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Tmèse

il y a 1 semaine

@robert-t Ouais enfin en Allemagne, ils ont pas la même culture politique. Ici, c'est toujours la guerre des egos. Bref, on est mal barrés...

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Flo-4

il y a 1 semaine

Lecornu a sauvé sa peau, mais le gouvernement est mort. Point.

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Gavroche

il y a 1 semaine

Nooooon mais sérieux ??? Le PS en mode 'on trahit nos valeurs mais on a peur des législatives'... pfff

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Entropie

il y a 1 semaine

@gavroche Franchement, c'est un peu facile de dire ça. Le PS a dû choisir entre l'échec total et un compromis. Tu ferais quoi à leur place ?

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EdgeWalker3

il y a 1 semaine

Comme d'hab, le 49.3 pour sauver les meubles. La démocratie à la française, toujours aussi élégante...

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