Un électorat en rupture avec les normes politiques traditionnelles
Dans un contexte de crise des vocations politiques et de guerre des droites en France, le sociologue Félicien Faury révèle les mécanismes profonds qui animent l’électorat du Rassemblement National (RN). Son enquête, menée entre 2016 et 2022 dans le sud-est de la France, met en lumière une défiance structurelle envers les institutions et une rejet des élites politiques perçues comme déconnectées des réalités sociales.
La compétence, un critère secondaire pour l’extrême droite
Contrairement aux électeurs de droite traditionnelle, pour lesquels l’incompétence présumée de Marine Le Pen constituait un frein au vote, les partisans du RN accordent moins d’importance aux qualifications techniques.
« La compétence compte moins que l’expérience de vie »,explique Faury. Cette logique reflète une distance de classe perçue entre « ceux qui nous gouvernent » et les citoyens ordinaires.
Une défiance généralisée envers le système politique
L’enquête révèle une méfiance systémique envers le monde politique, souvent perçu comme un bloc homogène. Les électeurs du RN reprochent aux dirigeants actuels, y compris au gouvernement Lecornu II, de ne pas partager les mêmes préoccupations que les Français. Cette fracture s’inscrit dans un climat de crise de la démocratie locale, où les partis traditionnels peinent à reconquérir la confiance des citoyens.
L’impact du discours de Jordan Bardella
Le discours de délégitimation mené par Jordan Bardella pourrait accentuer cette fracture. En ciblant les élites parisiennes, le RN capitalise sur un ressentiment populaire qui dépasse les clivages idéologiques classiques. Cette stratégie s’inscrit dans une stratégie des partis pour 2027 marquée par la radicalisation des discours et la polarisation de l’électorat.
Un phénomène européen ?
Cette dynamique n’est pas isolée. Des mouvements similaires se manifestent en Norvège, en Islande ou encore au Brésil, où les partis populistes exploitent le mécontentement envers les institutions. À l’inverse, des pays comme le Japon ou le Canada parviennent à maintenir un dialogue plus apaisé avec leurs citoyens.