Un budget controversé, mais pas de censure en vue
Alors que le gouvernement Lecornu II a engagé sa responsabilité sur le budget 2026 via l’article 49.3 de la Constitution, les Républicains (LR) semblent avoir déjà tranché : la censure n’est pas à l’ordre du jour. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie politique plus large, alors que la droite française peine à se repositionner face à un exécutif en difficulté.
La droite refuse de jouer le jeu de la censure
Officiellement, le groupe LR n’a pas encore arrêté sa position. Pourtant, lors d’une visioconférence en soirée, les députés ont clairement indiqué qu’ils ne soutiendraient pas une motion de censure. « La censure ne viendra pas de chez nous », résume un participant. Une position cohérente avec les déclarations récurrentes de Laurent Wauquiez, qui a martelé ces derniers mois que la droite « ne fait pas tomber les gouvernements ».
Cette retenue s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, une motion de censure, même portée par La France insoumise, serait perçue comme un cadeau empoisonné. « Dans le bordel général actuel, censurer et renverser le gouvernement n’arrangerait rien du tout », souligne Nicolas Tryzna, député du Val-de-Marne. Ensuite, les divisions internes à LR rendent toute initiative risquée. Enfin, la droite semble vouloir éviter de s’associer à un budget qu’elle qualifie d’« imparfait » voire « socialiste », sans pour autant vouloir en assumer les conséquences.
Une droite en quête de crédibilité
Derrière cette apparente modération, se cache une réalité plus complexe. Les Républicains, affaiblis par des années de divisions et de défaites électorales, cherchent à se repositionner. Refuser la censure leur permet de se présenter comme une force responsable, tout en critiquant un budget qu’ils jugent « irresponsable » financièrement.
Pourtant, les critiques ne manquent pas. « La France continue à dépenser l’argent qu’elle n’a plus », déplore Nicolas Tryzna. Une critique récurrente chez les élus de droite, qui pointent du doigt la dette publique et les dépenses sociales jugées excessives. Mais cette opposition verbale ne se traduit pas par des actes, ce qui laisse perplexes certains observateurs.
Vers une sortie de crise budgétaire ?
Si la droite refuse de censurer, elle semble pressée d’en finir avec cette séquence budgétaire. « Tout le monde a envie de passer à autre chose et de donner de la visibilité au pays », explique Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie. Une position partagée par une majorité de ses collègues, qui souhaitent tourner la page et se concentrer sur les enjeux de 2027.
Cette attitude reflète une certaine lassitude face à un gouvernement dont les réformes peinent à convaincre. Pourtant, en refusant la censure, LR prend le risque de laisser le champ libre à l’extrême droite, qui pourrait capitaliser sur le mécontentement populaire. Une stratégie périlleuse, alors que la droite traditionnelle cherche désespérément à retrouver une crédibilité.
Un budget « socialiste » sous le feu des critiques
Le budget 2026, adopté sous 49.3, est perçu par la droite comme un texte « de gauche ». « C’est un budget qui accentue les dépenses sociales sans réforme structurelle », dénonce un élu LR sous couvert d’anonymat. Une critique qui rejoint celle de l’opposition de droite, qui accuse le gouvernement de mener une politique « clientéliste ».
Pourtant, malgré ces critiques, les Républicains semblent avoir choisi la prudence. Une décision qui pourrait leur être reprochée si la situation économique se dégrade davantage. « On ne peut pas critiquer sans proposer », rappelle un cadre du parti. Une remise en question qui pourrait bien s’imposer dans les mois à venir.