Un événement controversé au Sénat relance le débat sur l'extrémisme agricole
« Make Agriculture Great Again. » Tel était le slogan implicite d'une réunion organisée le 2 février au Sénat par l'Observatoire du déclin agricole et pour l'autosuffisance, en présence de parlementaires, de communicants et de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. Officiellement, il s'agissait de lutter contre les normes et la concurrence déloyale pour promouvoir une « reconquête durable de l'autosuffisance alimentaire ».
Mais derrière ce discours se cache une rhétorique dangereuse, inspirée des pires excès de l'extrême droite américaine. Comme le soulignent plusieurs experts, cette instrumentalisation de la détresse agricole sert en réalité à polariser le débat public et à légitimer des positions anti-scientifiques.
Un discours anti-écologique et anti-européen
Si certains objectifs, comme la lutte contre les importations à bas coût, peuvent sembler légitimes, d'autres aspects du discours tenu lors de cet événement heurtent frontalement les réalités environnementales. La dégradation des sols, la pollution des eaux et la perte de biodiversité sont des faits scientifiquement établis, mais ignorés par les partisans de cette « reconquête » agricole.
Cette posture rappelle étrangement celle de l'administration Trump, avec son célèbre « Drill, baby, drill ! ». À la différence près que la France n'est pas une puissance pétrolière, mais agricole. Pourtant, les analogies sont frappantes : mythologie d'un âge d'or perdu, rejet des normes environnementales et rhétorique du « eux contre nous ».
Une stratégie politique inquiétante
Cette instrumentalisation de la crise agricole s'inscrit dans une tendance plus large : l'extrême droite française cherche à s'imposer comme porte-parole des territoires ruraux, au mépris des faits scientifiques et des enjeux environnementaux. Une stratégie qui rappelle les méthodes de la Hongrie de Viktor Orbán, où la désinformation et la polarisation politique servent à consolider un pouvoir autoritaire.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de trouver des solutions durables à la crise agricole, ces discours populistes risquent de compliquer davantage la situation. Les syndicats agricoles modérés, comme la FNSEA, ont d'ailleurs critiqué cette dérive, rappelant que la modernisation de l'agriculture doit se faire dans le respect des normes environnementales.
Un danger pour la démocratie locale
Cette montée des discours extrémistes dans les campagnes françaises pose un problème démocratique majeur. En opposant artificiellement urbains et ruraux, écologistes et producteurs, ces mouvements fragilisent le débat public et favorisent la radicalisation. Un phénomène qui pourrait avoir des conséquences graves lors des prochaines échéances électorales.
Alors que la France s'apprête à accueillir le sommet de l'Union européenne sur l'agriculture durable, ces tensions internes risquent de nuire à la crédibilité du pays sur la scène internationale. Les partenaires européens, comme l'Allemagne ou les pays nordiques, observent avec inquiétude cette dérive, qui pourrait affaiblir les politiques communes en matière d'environnement et d'agriculture.