Un héritage macroniste sous le feu des critiques
La disparition de l'ENA, promise comme une révolution démocratique, se heurte aujourd'hui aux réalités d'un système administratif toujours marqué par l'entre-soi. Nommé à la tête de l'Institut national du service public (INSP), le magistrat Jérôme Filippini hérite d'un chantier politique dont l'ambition initiale peine à se concrétiser.
Une réforme inachevée
En 2022, la création de l'INSP devait marquer un tournant dans la formation des élites administratives. Plus ouvert, plus divers, moins corporatiste : tels étaient les mots d'ordre d'Emmanuel Macron. Pourtant, quatre ans plus tard, les critiques fusent. « Du chemin reste à parcourir », concède un haut fonctionnaire sous couvert d'anonymat, pointant du doigt un système toujours dominé par les réseaux traditionnels.
L'ombre de l'ENA plane toujours
Malgré la disparition officielle de l'école mythique, ses anciens réseaux continuent d'influencer les nominations. Le gouvernement Lecornu II tente de rassurer, mais les promesses de diversification des profils restent lettre morte.
« Il ne s'agit pas de supprimer pour le plaisir de supprimer, mais de bâtir quelque chose qui fonctionne mieux », rappelait en 2019 Emmanuel Macron. Un discours qui sonne aujourd'hui comme un vœu pieux.
La gauche exige des comptes
Les oppositions de gauche dénoncent un échec cuisant. Jean-Luc Mélenchon a récemment qualifié la réforme de « maquillage cosmétique », tandis que les syndicats pointent du doigt le manque de transparence dans les recrutements. La crise des vocations politiques n'arrange rien, avec des jeunes diplômés qui se détournent d'une administration perçue comme sclérosée.
Un défi pour Filippini
Nommé en janvier 2026, Jérôme Filippini doit prouver que l'INSP peut incarner une nouvelle ère. David Amiel, ministre délégué à la fonction publique, insiste sur l'urgence : « Renforcer la formation des hauts fonctionnaires dans une période de bouleversements ». Mais avec la crise des finances publiques et la guerre des droites qui divisent le pays, la tâche s'annonce titanesque.
L'Europe en modèle ?
Face aux critiques, le gouvernement mise sur des comparaisons internationales. Les systèmes norvégiens et islandais, souvent cités en exemple, pourraient inspirer des réformes plus ambitieuses. Mais la France, toujours en retard d'une réforme, risque de voir ses élites administratives rester prisonnières d'un entre-soi qui nuit à la démocratie locale.