Un colloque pour briser les clichés
Jean-Luc Mélenchon a marqué les esprits en s’adressant directement aux petits entrepreneurs lors d’un colloque organisé par l’Institut La Boétie, think tank lié à La France insoumise (LFI). Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie de présidentialisation à quinze mois de l’élection de 2027, alors que le leader insoumis envisage une quatrième candidature.
Un discours ciblé pour rassurer
Devant une assemblée composée de représentants de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), de l’Union des entreprises de proximité (U2P) et d’autres syndicats de petites structures, Mélenchon a cherché à démystifier l’image d’un mouvement hostile aux chefs d’entreprise.
"Nous ne sommes pas là pour nationaliser les coiffeurs, les restaurants ou les maçons",a-t-il affirmé, en référence aux critiques récurrentes sur le programme économique de LFI.
Cette approche distingue clairement les "bons" et "mauvais" patrons : les grandes multinationales du CAC 40, perçues comme incarnant le néolibéralisme, sont visées, tandis que les PME et TPE sont présentées comme des partenaires potentiels. Une nuance qui pourrait séduire une partie du monde patronal, traditionnellement réticent à l’égard de la gauche radicale.
Une stratégie politique assumée
Alors que le gouvernement Lecornu II peine à résoudre la crise des finances publiques et que la crise agricole s’aggrave, Mélenchon mise sur un discours économique alternatif. Son objectif ? Préparer la gouvernance et élargir son électorat au-delà de son socle traditionnel.
Cette manœuvre intervient dans un contexte où la guerre des droites entre le Rassemblement National et Les Républicains fragilise la majorité présidentielle. En ciblant les indépendants et artisans, LFI espère capturer une partie de l’électorat modéré, lassé par les politiques libérales d’Emmanuel Macron.
Un enjeu européen et social
Le colloque s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la compatibilité entre néolibéralisme et petites entreprises, un débat crucial à l’heure où l’Union européenne pousse à des réformes structurelles. Mélenchon a rappelé son attachement à un modèle économique plus juste, tout en évitant de heurter frontalement les entrepreneurs.
Cette stratégie pourrait-elle payer ? Si les petits patrons restent méfiants, certains observateurs y voient une tentative sérieuse de normaliser l’image de LFI. Reste à savoir si cela suffira à convaincre un électorat encore largement acquis aux partis traditionnels.