Un système contesté depuis 40 ans enfin réformé
Ce 1er avril 1983, Jean-Claude Gaudin quitte la salle du conseil municipal de Marseille, le visage fermé. Quelques semaines plus tôt, il avait remporté les élections avec une avance de 2 500 voix, mais c'est son rival socialiste, Gaston Defferre, qui s'est vu confier les clés de la mairie. Ce paradoxe s'explique par la loi PLM, promulguée en 1982, qui instaurait un scrutin municipal spécifique pour Paris, Lyon et Marseille.
Quarante-quatre ans plus tard, cette exception historique prend fin. À partir des prochaines élections municipales, prévues les 15 et 22 mars 2026, ces trois villes adopteront un mode de scrutin aligné sur celui des autres communes françaises. Une réforme saluée par la gauche, mais qui suscite des tensions au sein de la droite et de l'extrême droite.
Un scrutin indirect qui favorisait les alliances opportunistes
Pour comprendre l'ancien système, il faut rappeler que les électeurs ne votaient pas directement pour le conseil municipal, mais pour des conseils d'arrondissement. Une partie de ces élus siégeait ensuite au conseil municipal, qui choisissait le maire. Ce mécanisme, qualifié de doublement indirect, permettait à des listes minoritaires en voix d'obtenir la majorité des sièges grâce à des alliances tactiques.
La loi PLM, conçue par Gaston Defferre lui-même, avait été critiquée dès son adoption.
"Un système qui permet à une minorité de gouverner", dénonçait à l'époque l'opposition de droite. Aujourd'hui, la réforme est perçue comme une victoire pour la démocratie locale, même si certains y voient une manœuvre politique du gouvernement Lecornu.
Une réforme qui pourrait bouleverser l'équilibre des forces
Avec l'adoption du scrutin majoritaire classique, les trois plus grandes villes de France pourraient connaître des basculements politiques majeurs. À Paris, où la gauche est en position de force, la réforme pourrait consolider son emprise. À Lyon, où les tensions entre la droite et l'extrême droite sont vives, elle pourrait accélérer la crise des vocations politiques locales.
À Marseille, où la droite a longtemps profité du système, la réforme est perçue comme une menace existentielle. Des voix s'élèvent pour dénoncer une crise de la démocratie locale, accusant le gouvernement de vouloir affaiblir les oppositions. "Une réforme technocratique qui ignore les spécificités territoriales", déplore un élu local.
Un enjeu national dans un contexte politique tendu
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de stabiliser les finances publiques, cette réforme s'inscrit dans une stratégie plus large de recentralisation du pouvoir. Pour la gauche, il s'agit d'une avancée démocratique. Pour la droite et l'extrême droite, c'est une attaque contre les libertés locales.
Dans un contexte marqué par la guerre des droites en France, cette réforme pourrait avoir des répercussions bien au-delà des municipales. Les partis se préparent déjà pour les élections de 2027, où ces trois villes pourraient jouer un rôle clé.