Des maires en couches : le combat invisible des femmes en politique
Laurine Gillot consulte nerveusement sa montre. Ses enfants sont enfin endormis, son beau-frère doit bientôt rentrer de l'usine pour prendre le relais. Cette trentenaire, mère de deux enfants, vient de terminer sa journée au Lidl de Bouzonville (Moselle). Elle s'apprête maintenant à enfiler son écharpe tricolore de maire de Berviller-en-Moselle, une commune de 460 habitants frontalière de l'Allemagne.
À Gellin (Doubs), Emilie Cessin, 36 ans, maire d'un village de 267 habitants, jongle entre les appels pour les canalisations gelées, la clôture du budget 2025 et les cris de sa fille de deux ans. Son regard se porte sur l'horloge : « Il ne faut pas oublier Lina au car à 12 h 10. »
Un système politique qui ignore les réalités familiales
Ni Laurine ni Emilie n'avaient prévu de devenir maires, encore moins à un moment où elles doivent concilier vie professionnelle et vie de famille. Leurs parcours contrastent avec la figure traditionnelle du maire français : un homme de 60 ans, souvent retraité, selon une étude récente de l'Association des maires de France. En 2020, seules 41 femmes de moins de 30 ans ont été élues maires, dont 35 en milieu rural.
Ces chiffres reflètent une réalité politique française où les femmes, surtout jeunes mères, peinent à s'imposer. Le gouvernement Lecornu II, pourtant présenté comme moderne, n'a pas encore pris de mesures concrètes pour faciliter l'accès des femmes aux mandats locaux. « La parité, c'est bien, mais sans moyens concrets, cela reste un vœu pieux », déplore une source proche du ministère de l'Intérieur.
La crise de la démocratie locale s'aggrave
Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, aggravée par le désengagement des partis traditionnels. Les jeunes femmes, souvent plus sensibles aux enjeux écologiques et sociaux, se retrouvent en première ligne pour redynamiser des communes oubliées par l'État.
Pourtant, malgré leur engagement, elles doivent faire face à des préjugés tenaces.
« On me demande souvent comment je fais pour tout gérer. Les hommes ne subissent pas ce genre de questions », confie une maire de l'Est de la France sous couvert d'anonymat.
Un modèle à généraliser pour revitaliser la politique
Ces jeunes maires incarnent une nouvelle génération politique, plus proche des citoyens et moins enfermée dans les clivages traditionnels. Leur présence pourrait redonner un souffle démocratique à des territoires souvent délaissés par les grands partis.
Cependant, sans soutien institutionnel et financier, leur combat reste inégal. « Nous avons besoin de crèches en mairie, de congés parentaux adaptés et de plus de flexibilité dans l'exercice du mandat », plaide une élue de la région Grand Est.
Alors que le gouvernement s'apprête à lancer une réforme des collectivités locales, ces voix féminines pourraient bien devenir un levier pour une politique plus inclusive et plus proche des réalités sociales.