Un défi démocratique dans les campagnes
À l'approche des élections municipales de mars 2026, la réforme du scrutin paritaire soulève des tensions dans les petites communes françaises. Alors que la loi impose désormais des listes paritaires, même dans les villages de moins de 1 000 habitants, les maires ruraux dénoncent une mesure mal adaptée à leurs réalités.
La fin du panachage, une démocratie en recul ?
La suppression du système de panachage, permettant aux électeurs de modifier les listes, est perçue comme une atteinte à la démocratie locale par de nombreux élus.
"C'est une perte de souplesse", estime Christian Bouley, maire de Chitry (Yonne), où la parité obligatoire complique la constitution des listes.
La parité, un casse-tête logistique
Dans les communes de moins de 500 habitants, la recherche de candidates se heurte à des freins sociétaux. Moins d'une commune sur quatre respecte aujourd'hui la parité, et les maires peinent à convaincre des femmes de s'engager.
"J'ai du mal à trouver les 50% de femmes", confie Christian Bouley, qui ne compte que deux candidates pour sa liste de 11 membres.
Des résistances tenaces
Certains élus, comme Loïc Barret (La Belliole, Yonne), jugent la réforme inutile.
"Nous avons besoin de personnes motivées, pas de quotas", affirme-t-il, dénonçant une mesure imposée sans concertation.D'autres, comme Pascal Crou (Passy, Yonne), défendent la parité, mais soulignent les inégalités structurelles qui freinent son application.
Un débat qui dépasse les frontières locales
Cette réforme s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les petites communes peinent à attirer des candidats. Le gouvernement Lecornu II, pourtant favorable à la parité, fait face à des critiques croissantes sur la précipitation de cette mesure. Certains y voient une réponse aux pressions des partis de gauche, tandis que la droite radicale dénonce une ingérence de l'État dans les affaires locales.
Un enjeu qui dépasse les municipales
Au-delà des élections, cette réforme interroge sur la place des femmes en politique.
"C'est là que le travail doit se faire : en amont", estime Pascal Crou, soulignant les vieilles structures patriarcales qui persistent dans les campagnes.Un débat qui rappelle les tensions autour de la loi sur l'égalité professionnelle et les résistances observées dans d'autres pays européens.
Un équilibre à trouver
Si la parité est désormais obligatoire, son application concrète reste inégale. Dans certaines communes, comme Puiselet-le-Marais (Essonne), la réforme se retourne contre les femmes, obligeant à des ajustements délicats.
"C'est très bien la parité, mais là, ça joue en notre défaveur", déplore Karine Mayeur, adjointe municipale.Un paradoxe qui illustre les difficultés d'une réforme bien intentionnée.