Le RN pousse pour un référendum sur l'immigration, alors que Darmanin reprend ses propositions
Alors que la question migratoire s'impose comme un enjeu central de la campagne présidentielle de 2027, le Rassemblement National (RN) enfonce le clou en proposant un référendum national sur le sujet. Une stratégie qui vise à contourner les blocages institutionnels tout en forçant une clarification politique. « L’immigration a des conséquences économiques, sociales et sécuritaires qui justifient une consultation citoyenne directe », a déclaré Yoann Gillet, député du Gard et porte-parole du parti, lors d’un entretien exclusif.
Cette sortie intervient au moment où Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur jusqu’en 2024, relance l’idée d’un moratoire de trois ans sur l’immigration. Une proposition qui, selon lui, répondrait à une « limite des capacités d’intégration et d’assimilation » de la France. Un discours qui, pour le RN, relève de la stratégie de récupération habituelle de la droite traditionnelle en période électorale.
La droite joue-t-elle les imitateurs ?
Yoann Gillet ne cache pas son amertume teintée d’ironie :
« Je ne peux que me réjouir de voir Gérald Darmanin reprendre le programme du Rassemblement National. Mais comme les Français, je ne suis pas naïf : quand le RN pointe en tête des sondages, la droite et le centre sortent leurs vieilles recettes. »L’élu rappelle que le parti d’extrême droite proposait déjà un moratoire sur l’immigration, sans succès à l’Assemblée nationale, où Darmanin, alors en poste, s’était systématiquement opposé à ces mesures.
Pourtant, le RN ne se contente pas de critiquer : il durcit le ton. L’immigration zéro n’existe pas, admet Gillet, mais le parti prône une immigration strictement choisie et contrôlée. Parmi ses propositions phares :
- L’exécution systématique des Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF), un dossier où Darmanin est pointé du doigt pour son inaction : seulement 10 % des OQTF sont exécutées, un défaut de fermeté qui, selon le RN, encourage l’immigration clandestine.
- La suppression du regroupement familial, une mesure déjà défendue par Darmanin dans ses dernières déclarations, alors qu’il s’y opposait farouchement lors des débats parlementaires sur la loi immigration.
- Un bras de fer avec les pays d’origine pour faire respecter les accords de réadmission, une approche que le RN juge indispensable pour « se faire respecter ».
Gillet souligne que le RN ne se contente pas de copier : « Nous allons plus loin. Nous voulons un référendum pour que les Français tranchent eux-mêmes, sans que le Conseil constitutionnel ne vienne bloquer nos propositions. » Une stratégie qui rappelle les débats sur la démocratie directe en Europe, où certains pays comme la Suisse ou l’Italie ont déjà eu recours à des consultations populaires sur des sujets sensibles.
Immigration, retraites : le RN affine son programme pour 2027
Alors que les tensions sur les retraites persistent au sein de la majorité présidentielle, le RN tente de clarifier sa position. Marine Le Pen et Jordan Bardella s’accordent sur un âge légal à 62 ans, mais les nuances apparaissent dans les méthodes. « L’âge de départ n’est pas le bon indicateur, c’est la durée de cotisation qui compte », explique Gillet. Le RN propose ainsi un départ à 60 ans pour ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans, avec un système progressif menant à 42 annuités pour un départ à taux plein.
Cette approche, bien que moins radicale que certaines propositions de la gauche, s’inscrit dans une logique de réforme structurelle du système de retraites. Un sujet qui, comme l’immigration, cristallise les tensions sociales et politiques en vue de 2027.
Préparatifs pour 2027 : qui portera les couleurs du RN ?
Le congrès du Rassemblement National, prévu fin octobre à Orléans, s’annonce comme un moment clé pour l’avenir du parti. Alors que Marine Le Pen et Jordan Bardella restent les deux figures majeures, une décision de justice attendue le 7 juillet pourrait bouleverser la donne.
Si Bardella devait être désigné comme candidat, Le Pen a d’ores et déjà annoncé qu’elle soutiendrait activement sa campagne. « Elle sera la première militante de terrain, aux côtés de tous les adhérents », précise Gillet. Un scénario qui rappelle les stratégies de succession dans les grands partis, où les figures historiques passent la main tout en restant influentes.
Quant au rôle de Yoann Gillet dans cette campagne, il reste flou : « Je suis porte-parole et organisateur du congrès. Le reste relève des spéculations. » Une prudence qui contraste avec les rumeurs persistantes sur un possible poste de directeur de campagne, notamment dans les médias étrangers.
Immigration : un sujet qui divise, mais qui structure la campagne
Le RN mise sur l’immigration comme levier électoral, un thème qui, selon les sondages, préoccupe de plus en plus les Français. Entre craintes sécuritaires, pression sur les services publics et débats sur l’identité nationale, la question migratoire s’impose comme un marqueur de clivage.
Pour le gouvernement Lecornu II, la tâche s’annonce complexe : comment concilier fermeté affichée et réalités européennes ? La France, membre de l’Union européenne, ne peut agir seule sur des sujets comme l’asile ou les visas. Une contrainte que le RN minimise, en prônant une souveraineté retrouvée, y compris au détriment des accords internationaux.
Les prochains mois seront décisifs. Entre propositions RN, réponses de la majorité et montée des tensions, l’immigration pourrait bien devenir le déterminant de la présidentielle. « Les Français méritent une réponse claire, pas des demi-mesures ou des calculs électoraux », martèle Gillet.
Et demain ? Vers une radicalisation du débat ?
Alors que la droite traditionnelle et l’extrême droite se disputent le vote des électeurs mécontents, l’immigration s’impose comme un sujet toxique pour la gauche. Entre divisions internes et incapacité à proposer une alternative crédible, le PS et LFI peinent à trouver une voix commune. Un vide politique que le RN compte bien exploiter.
Dans ce contexte, la proposition d’un référendum prend tout son sens : forcer un débat public, contourner les institutions et imposer une vision. Une stratégie risquée, mais qui pourrait redessiner le paysage politique français d’ici 2027.
Une chose est sûre : le RN ne compte pas laisser passer sa chance.
Contexte politique : une France sous tension
Avec un président sortant affaibli, une opposition divisée et une extrême droite en embuscade, la France traverse une période de profonde incertitude politique. Les élections européennes de 2024 ont confirmé la poussée du RN, tandis que la gauche peine à se rassembler. Dans ce paysage, l’immigration devient un enjeu de survie pour les partis traditionnels.
Le gouvernement Lecornu II, confronté à une crise de légitimité, tente de naviguer entre réformes impopulaires et promesses non tenues. La gestion de l’immigration, déjà critiquée pour son manque de cohérence, pourrait bien devenir le cheval de bataille de l’opposition.
Alors que les premiers sondages pour 2027 donnent le RN en tête, le parti multiplie les initiatives pour consolider son avance. Entre propositions radicales et stratégies de communication, Marine Le Pen et Jordan Bardella jouent la carte de la rupture avec le système.
La question migratoire, loin d’être un simple sujet de campagne, pourrait bien redéfinir les équilibres politiques français pour les années à venir.