Le Rassemblement national déploie une intelligence artificielle maison pour verrouiller son discours d’ici 2027
Alors que l’échéance présidentielle de 2027 se profile, le Rassemblement national innove en misant sur l’intelligence artificielle pour uniformiser le discours de ses cadres et militants. Un outil conversationnel interne, surnommé le « ChatGPT du RN », est en cours de développement pour permettre aux porte-parole du parti de répondre avec une précision chirurgicale aux questions les plus sensibles. L’objectif affiché ? Éviter les dérapages médiatiques qui ont émaillé les dernières campagnes, tout en offrant une riposte instantanée face aux critiques.
Selon des sources proches du dossier, cette plateforme d’IA sera alimentée par l’ensemble des textes fondateurs du parti : le programme présidentiel en cours d’élaboration, les discours de ses figures de proue, les tribunes publiées dans la presse, ainsi que les votes enregistrés à l’Assemblée nationale. Elle permettra notamment de répondre à des interrogations précises, comme la suppression du regroupement familial ou la réduction des charges patronales, deux mesures emblématiques du projet économique du RN.
Une réponse aux cafouillages de 2024
Le parti d’extrême droite justifie ce projet par les errances verbales de l’année dernière, lors des législatives de 2024. Sébastien Chenu, alors député RN, avait par exemple défendu sur C8 la suppression de la double nationalité, une proposition pourtant abandonnée par Marine Le Pen depuis deux ans. Cette sortie médiatique avait déclenché une vague de moqueries de la part de l’exécutif, révélant les failles d’une communication trop souvent improvisée.
« En une demi-seconde, on sera capable de riposter », confie un élu sous couvert d’anonymat. Le RN entend ainsi neutraliser les critiques en s’appuyant sur une base de données exhaustive, permettant à ses représentants de s’exprimer avec une cohérence jusqu’alors rare au sein du mouvement. L’outil, déjà testé dans l’hémicycle depuis trois ans par l’ancien député et maire d’Agde Aurélien Lopez-Liguori, sera désormais étendu à l’ensemble des militants et des cadres.
Pour Jordan Bardella, président du RN, cet instrument représente une arme stratégique pour la prochaine campagne. « L’objectif est de permettre à nos cadres de mieux maîtriser notre programme », déclarait-il récemment à la presse. Une déclaration qui en dit long sur les ambitions du parti : contrôler le récit médiatique et anticiper les attaques avant même qu’elles ne surviennent.
Une stratégie de communication sous haute tension
Le développement de cette IA intervient dans un contexte où le RN cherche à polir son image après des années de stigmatisation. Le parti, souvent accusé de flou idéologique ou de contradictions internes, mise désormais sur la technologie pour incarner une modernité qu’il associe à une rigueur programmatique. Pourtant, cette approche soulève des questions sur la transparence du discours et la démocratie interne du mouvement.
Alors que les partis traditionnels peinent à s’adapter aux nouvelles exigences de la communication politique, le RN mise sur l’innovation pour combler l’écart. Mais derrière l’enthousiasme technologique se cache une réalité plus prosaïque : l’automatisation des réponses pourrait marginaliser le débat, réduisant les échanges à des formules préétablies, calibrées pour éviter les polémiques. Un risque que le parti assume pleinement, au nom de l’efficacité.
Les observateurs politiques s’interrogent : cette IA sera-t-elle un simple outil de communication, ou bien un moyen de verrouiller le discours du RN pour les années à venir ? Une chose est sûre, à moins de deux ans de l’élection, le parti ne compte pas laisser place à l’improvisation.
Un outil déjà rodé dans l’hémicycle
L’initiative n’est pas totalement inédite. L’outil utilisé par le RN s’inspire d’une plateforme développée il y a trois ans par Aurélien Lopez-Liguori, aujourd’hui maire d’Agde. Ce système, déjà employé par certains députés du groupe RN à l’Assemblée, permet de croiser instantanément les votes, les discours et les propositions du parti pour répondre aux interpellations des oppositions.
Son extension à l’ensemble des militants marque une nouvelle étape dans la professionnalisation de la machine RN. Désormais, les cadres pourront s’appuyer sur cette base de données pour préparer leurs interventions médiatiques, leurs meetings ou leurs débats télévisés. L’objectif ? Minimiser les erreurs et maximiser l’impact du discours, dans une logique où chaque mot compte.
Le RN face à ses démons : cohérence ou rigidité ?
Cette stratégie interroge cependant sur la flexibilité du RN. Un parti qui se veut « ni de droite ni de gauche » doit-il sacrifier sa capacité à évoluer au profit d’une communication hyper-contrôlée ? Les critiques fusent déjà : certains y voient une stratégie de communication aseptisée, loin des réalités d’un pays où les divisions politiques sont profondes.
Pour ses partisans, en revanche, cette IA est la preuve que le RN est en phase avec son époque. Dans un paysage médiatique où les fake news et les attaques en temps réel se multiplient, disposer d’un outil capable de fournir des réponses instantanées et sourcées relève de la nécessité stratégique. « Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser le champ libre à la désinformation », plaide un cadre du parti, qui préfère rester anonyme.
Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : à l’approche de 2027, le RN entend bien réécrire les règles du jeu électoral. Et si l’intelligence artificielle était le meilleur allié de la droite radicale pour imposer son agenda ?
Un pari risqué dans un paysage politique instable
Alors que la France traverse une période de profonde polarisation, avec une gauche divisée et une droite traditionnelle en pleine recomposition, le RN mise sur la technologie pour s’imposer comme la force montante de la vie politique. Mais cette stratégie comporte des dangers : en automatisant ses réponses, le parti risque de s’éloigner des citoyens, préférant une communication algorithmique à un dialogue authentique.
Pour ses détracteurs, cette approche relève davantage de la manipulation que de l’innovation. « Le RN utilise la technologie comme un bouclier contre les critiques, mais il évite soigneusement le débat de fond », dénonce un analyste politique. Pourtant, force est de constater que dans un monde où l’information circule à la vitesse de la lumière, la maîtrise du discours devient un enjeu aussi crucial que le fond des propositions.
Alors que les autres partis peinent à se doter de tels outils, le RN prend une longueur d’avance. Une longueur d’avance qui pourrait bien faire la différence en 2027… si l’IA ne finit pas par se retourner contre lui.
Dans les couloirs de la rue de la Convention, siège historique du parti, on se félicite déjà des premiers résultats. L’objectif est clair : ne plus jamais laisser une erreur de communication définir le RN. Mais dans une démocratie, la rigueur ne doit-elle pas s’accompagner de transparence ? La question reste entière.