Superprofits de TotalEnergies : la gauche unie contre le gouvernement sur une taxe, tandis que l’exécutif temporise

Par BlackSwan 01/05/2026 à 14:03
Superprofits de TotalEnergies : la gauche unie contre le gouvernement sur une taxe, tandis que l’exécutif temporise

TotalEnergies engrange 5,8 milliards de dollars de bénéfices au T1 2026 : la gauche unie réclame une taxe sur les superprofits, tandis que le gouvernement temporise. Un débat explosif qui révèle les fractures de la majorité et l'urgence sociale.

Des bénéfices records à 5,8 milliards de dollars au T1 2026, un électrochoc politique

Alors que la guerre au Moyen-Orient s’éternise et que les prix des carburants battent des records, l’annonce des résultats trimestriels de TotalEnergies a servi d’électrochoc politique. Le géant pétrolier a enregistré des bénéfices de 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d’euros) au premier trimestre 2026, soit une hausse de 51 % sur un an. Une performance portée par la flambée des prix de l’énergie, qui relance avec une acuité inédite le débat sur la taxation des superprofits. Dans un contexte social explosif, où l’inflation et la précarité des ménages s’aggravent, la question dépasse désormais le cadre économique pour devenir un enjeu politique majeur.

Une gauche unie contre l’injustice, un gouvernement divisé

Dès l’annonce des résultats, la gauche a réagi avec une rare unité. La France insoumise, par la voix de sa députée et vice-présidente de l’Assemblée nationale Clémence Guetté, a dénoncé une entreprise qui « profite de la guerre ». « Le gouvernement nous dit que ce n’est pas possible [de bloquer les prix du carburant] car les pauvres pétroliers ne pourraient pas s’en sortir », a ironisé sur X le coordinateur du parti, Manuel Bompard. Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a réitéré sur BFMTV l’urgence de bloquer les prix à 1,70 euro pour l’essence et 1,80 euro pour le gazole, rappelant que les coûts d’extraction n’ont pas augmenté avec le conflit.

Le Parti socialiste a déposé une proposition de loi visant à taxer les superprofits des entreprises réalisant plus de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires. Selon Olivier Faure, président du PS, une taxe assise sur un « excédent de 20 % sur la moyenne des résultats des trois dernières années », avec un taux compris « entre 20 et 40 % », rapporterait « à peu près deux milliards d’euros » à l’État. « Il y a une forme d’indécence à gagner de l’argent parce que la guerre existe et parce qu’il y a des gens qui aujourd’hui en souffrent », a-t-il commenté. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, a précisé que la taxe devrait s’appliquer aux résultats mondiaux de TotalEnergies, malgré l’argument du groupe selon lequel la majorité de ses bénéfices sont réalisés hors de France.

Du côté des écologistes, Marine Tondelier a qualifié Total de « profiteur de guerre » et rappelé que son groupe avait déjà déposé, le 14 avril, une proposition de loi pour taxer les superprofits des entreprises pétrogazières en période de crise. La méthode proposée ? Taxer à 66 % les profits supérieurs de 20 % à la moyenne des trois dernières années.

L’exécutif entre prudence et temporisation

Face à cette offensive politique, le gouvernement Lecornu II adopte une position à géométrie variable. La porte-parole du gouvernement et ministre chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, a affirmé que l’exécutif ne « s’interdi[sai]t rien » « par principe », tout en appelant à ne pas « tomber dans le *Total bashing* ». Une nuance qui reflète les divisions internes à la majorité présidentielle, où certains craignent un effet contre-productif sur l’investissement, tandis que d’autres reconnaissent la légitimité d’une mesure exceptionnelle.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a lui-même adopté un ton mesuré, estimant jeudi 30 avril que la taxation des superprofits était « un sujet pour l’année prochaine », à discuter dans le cadre des débats budgétaires. « Vous ne pouvez pas inventer un impôt comme ça par un claquement de doigts en milieu d’année », a-t-il justifié. Une position qui contraste avec les appels pressants de la gauche, mais aussi avec les gestes symboliques de TotalEnergies, qui a annoncé maintenir son initiative de plafonnement du prix des carburants dans ses 3 300 stations-service en France, « tant que la crise au Moyen-Orient durera ». Une mesure saluée par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, et par Lecornu lui-même.

Le RN et LR face au dilemme fiscal : entre soutien aux ménages et rejet des nouvelles taxes

Le Rassemblement national se trouve dans une posture ambiguë. Marine Le Pen a réaffirmé sa position en faveur d’une « taxation des surprofits », qualifiant cette mesure de « justice sociale que nous défendons depuis des années ». « Lorsqu’une entreprise comme TotalEnergies fait des bénéfices supplémentaires liés à une crise internationale ou à une conjoncture extraordinaire, comme c’est le cas actuellement avec la guerre en Iran, il est normal qu’elle puisse contribuer à l’effort national par une taxation exceptionnelle », a-t-elle argumenté. Pourtant, Jordan Bardella, président du RN, a adopté un ton plus réservé, estimant qu’il ne fallait « rien s’interdire », mais que la priorité n’était pas d’« inventer des taxes et des impôts » dans un pays déjà soumis à un niveau record de prélèvements obligatoires.

Les deux leaders du RN se sont toutefois retrouvés sur leur proposition phare : la baisse de la fiscalité sur les carburants, notamment en ramenant la TVA de 20 % à 5,5 %. Une mesure qui, selon eux, permettrait de soulager directement les ménages, sans alourdir la dette publique. TotalEnergies a d’ailleurs salué cette initiative, tout en maintenant son propre plafond des prix.

À Les Républicains, la position est tout aussi nuancée. Si le parti n’a pas encore déposé de texte spécifique sur la taxation des superprofits, certains de ses élus, comme Éric Ciotti, ont évoqué la nécessité de « sanctionner les abus » tout en évitant de « tuer la poule aux œufs d’or ». Une ligne qui reflète les tensions internes au parti, tiraillé entre son électorat populaire, sensible à la question sociale, et son attachement traditionnel à la liberté d’entreprendre.

Moyen-Orient : TotalEnergies profite de la crise, l’État français en spectateur

La publication des résultats de TotalEnergies survient alors que la France tente de jouer un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, sans succès pour l’instant. Le ministre délégué chargé des Affaires européennes, Jean-Noël Barrot, est actuellement en déplacement dans le Golfe pour tenter de désamorcer la crise, mais la France peine à imposer sa voix. « Nous mobilisons nos partenaires du Golfe pour une désescalade, mais toute solution passe avant tout par un dialogue direct entre les parties », a rappelé Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la francophonie et des Français de l’étranger. « La France, avec ses 400 000 ressortissants dans la région, a un rôle à jouer, mais elle ne peut agir seule ».

Cette impuissance relative contraste avec les ambitions affichées par l’Union européenne, qui tente de jouer un rôle de médiateur dans le conflit. Une position qui rappelle les limites de la souveraineté énergétique française, dépendante des fluctuations des marchés mondiaux. Alors que le prix du baril flambe, alimentant les craintes d’une nouvelle hausse des prix à la pompe, le gouvernement reste dans l’expectative, incapable de proposer des mesures structurelles pour réduire cette dépendance.

Transition énergétique : l’éternel report

Face à cette dépendance aux énergies fossiles, le gouvernement mise sur le nucléaire et l’électrification des transports comme solutions à long terme. Sébastien Lecornu a récemment déclaré que cette stratégie permettrait à la France de « ne plus attraper un rhume à chaque éternuement du Moyen-Orient ». Pourtant, les retards accumulés dans la construction de nouveaux réacteurs et les lenteurs administratives freinent cette transition. En attendant, les Français doivent composer avec des prix de l’essence toujours plus élevés, tandis que les aides ciblées peinent à toucher ceux qui en ont le plus besoin.

Cette situation alimente le mécontentement social et donne des arguments à l’opposition, qui réclame une taxe exceptionnelle sur les superprofits des entreprises pétrolières. Une mesure qui, si elle était adoptée, rapporterait des milliards à l’État, mais qui soulève des questions sur son efficacité réelle et son impact sur l’investissement dans le secteur énergétique.

Un débat qui révèle les fractures de la majorité et l’urgence sociale

Alors que la gauche, le RN et une partie de LR s’emparent du sujet pour dénoncer l’inaction du gouvernement, la majorité présidentielle apparaît profondément divisée. Entre ceux qui prônent une taxation ciblée et ceux qui craignent un effet contre-productif, l’exécutif peine à trouver une ligne directrice. Cette division n’est pas sans rappeler les tensions internes au parti présidentiel, déjà sous pression face à l’érosion de sa popularité.

Dans ce contexte, une question reste en suspens : le gouvernement parviendra-t-il à concilier soutien aux ménages, équilibre budgétaire et transition énergétique ? Ou faudra-t-il attendre une nouvelle crise pour que des mesures ambitieuses soient enfin adoptées ? Une chose est sûre : l’annonce des résultats de TotalEnergies a mis le feu aux poudres, et le débat sur les superprofits pourrait bien devenir l’un des enjeux majeurs de la fin du quinquennat.

« Depuis le premier jour, avec LFI, on dit qu'il faut bloquer les prix avec 1,70 euro pour l'essence, c'est-à-dire le niveau d'avant-guerre, et 1,80 euro le gazole. Pourquoi ? Eh bien le coût d'extraction du pétrole pour Total n'est pas plus élevé avant et après la guerre. »

Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis

« Vous ne pouvez pas inventer un impôt comme ça par un claquement de doigts en milieu d'année. »

Sébastien Lecornu, Premier ministre

« Il y a une forme d'indécence à gagner de l'argent parce que la guerre existe et parce qu'il y a des gens qui aujourd'hui en souffrent. »

Olivier Faure, président du Parti socialiste

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (2)

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Malo du 40

il y a 1 jour

Non mais sérieux ??? Ils veulent taxer les superprofits mais dans le même temps, ils nous sortent des aides de 3 sous pour le diesel... Genre on va aller où avec ça ?! Pfff, le gouvernement nous prend pour des pigeons en mode 'regardez on fait des efforts' alors que les prix continuent de flamber... Franchement, c'est quoi cette comédie ?! @brehat tu kiffes toujours ton rôle de spectateur ou t'as un avis ?

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Patrick du 67

il y a 1 jour

Et vous trouvez ça normal que TotalEnergies annonce 20 milliards de bénéfices et que l'État nous pond des chèques en bois pour gérer la crise ??? Les mecs, vous avez vu les chiffres ou vous faites semblant ?! Ça pue la magouille à plein nez.

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