Une nomination controversée au cœur des finances publiques
L’arrivée d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, officialisée ce lundi 23 février, soulève des questions déontologiques et politiques. La nouvelle première présidente a annoncé son retrait des débats sur les finances publiques pour 2025, une décision qui ne suffit pas à apaiser les critiques de l’opposition.
Un retrait partiel face aux conflits d’intérêts
Dans un communiqué, la Cour des comptes a précisé que Mme de Montchalin s’abstiendra des délibérations sur le budget 2025 et la certification des comptes, ainsi que sur les organismes qu’elle a supervisés ces trois dernières années. Une mesure jugée insuffisante par les partis de gauche, qui dénoncent un conflit d’intérêts patent.
« La première présidente a décidé de s’abstenir de participer aux délibérés relatifs aux travaux portant sur l’exécution du budget de l’Etat et de la Sécurité sociale pour 2025. »
L’ombre du budget 2026 et les critiques de l’opposition
L’absence de précision sur le budget 2026, qu’elle a contribué à élaborer en tant que ministre, alimente les soupçons. L’opposition, notamment le Parti socialiste et La France Insoumise, évoque une manœuvre politique pour éviter un contrôle indépendant sur les choix budgétaires du gouvernement Lecornu II.
« Comment peut-on accepter qu’une ancienne ministre, encore proche du pouvoir, évalue les comptes d’un gouvernement dont elle a fait partie ? » s’interroge un député écologiste sous couvert d’anonymat. La gauche rappelle que cette nomination intervient dans un contexte de crise des finances publiques, avec un déficit qui ne cesse de se creuser.
Un parcours politique sous les projecteurs
Avant les comptes publics, Amélie de Montchalin a occupé plusieurs postes clés : secrétaire d’État aux affaires européennes, ministre de la fonction publique, puis ministre de la transition écologique. Sa défaite aux législatives de 2022 l’avait éloignée de la scène politique, avant ce retour en force à la Cour des comptes.
Pourtant, son héritage ministériel pèse lourd. Son passage à Bercy, notamment, est pointé du doigt par les syndicats et les associations de défense des services publics, qui lui reprochent des réformes jugées libérales et désengageantes.
La déontologie en question
La Cour des comptes a rappelé que Mme de Montchalin avait remis sa déclaration d’intérêts au collège de déontologie, conformément à la loi. Mais pour les observateurs, cette formalité ne suffit pas à lever les doutes. « La déontologie ne se résume pas à une déclaration écrite », souligne un juriste spécialisé.
Dans un contexte de crise de la démocratie locale et de défiance croissante envers les institutions, cette nomination risque d’alimenter les critiques sur l’indépendance du pouvoir judiciaire financier.
Un enjeu européen et international
Alors que la France s’apprête à présider le Conseil de l’Union européenne en 2027, cette affaire interroge sur la crédibilité de Paris en matière de transparence budgétaire. Les partenaires européens, notamment l’Allemagne et les pays nordiques, pourraient y voir un manque de rigueur, alors que Bruxelles surveille de près les finances françaises.
Du côté des États-Unis, cette polémique pourrait également nourrir les critiques sur le manque de réformes structurelles en France, un sujet récurrent dans les rapports du FMI et de l’OCDE.