Un départ qui fait grincer des dents
L'annonce du départ anticipé de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a immédiatement été interprétée comme un coup politique savamment orchestré. Alors que les sondages placent le Rassemblement national en tête pour la présidentielle de 2027, ce départ avant terme offre à Emmanuel Macron l'opportunité de nommer un successeur favorable avant une éventuelle alternance. Une manœuvre qui rappelle les pratiques autoritaires de certains régimes voisins, comme la Hongrie de Viktor Orbán.
La fin de l'indépendance monétaire ?
Officiellement, Villeroy de Galhau invoque des raisons personnelles, évoquant l'accomplissement de sa mission et sa prise de la présidence de la fondation des Apprentis d'Auteuil. Mais dans un contexte où les banques centrales sont devenues des cibles de choix pour les populistes, cette décision ne peut être dissociée des enjeux politiques. La Banque centrale européenne (BCE), dont Christine Lagarde a salué la loyauté du gouverneur français, reste un rempart contre les dérives autoritaires.
Pourtant, l'indépendance des banques centrales, longtemps présentée comme un dogme intouchable, est aujourd'hui remise en cause. Aux États-Unis, la Réserve fédérale, autrefois à l'abri des passions partisanes, est désormais au cœur des tensions politiques. Donald Trump n'avait pas hésité à attaquer Jerome Powell, le traitant de « mule obstinée » et menaçant de révoquer son mandat. Une escalade inquiétante pour les démocraties occidentales.
Un enjeu stratégique pour 2027
Le choix du successeur de Villeroy de Galhau aura des conséquences durables. Avec un mandat de six ans, le nouveau gouverneur échappera à toute révoque facile, même en cas d'alternance politique. Un levier stratégique que le gouvernement Lecornu II ne compte pas laisser aux mains de l'extrême droite. « La politique monétaire ne doit pas devenir un outil de vengeance partisane », a rappelé un proche du président.
Alors que la France fait face à une crise industrielle et à des tensions sociales croissantes, la Banque de France pourrait jouer un rôle clé dans la relance économique. Mais avec le RN en embuscade, la question de l'indépendance des institutions se pose avec une acuité nouvelle. Un enjeu qui dépasse largement les frontières hexagonales, alors que l'Union européenne tente de résister aux pressions autoritaires.
L'Europe en première ligne
La situation française s'inscrit dans un contexte européen plus large, marqué par les dérives de la Hongrie et les tensions avec la Turquie. « L'indépendance des banques centrales est un pilier de la démocratie », rappelle un rapport récent du Parlement européen. Une position partagée par les pays nordiques, comme la Norvège et l'Islande, qui voient dans ces institutions un rempart contre les excès du populisme.
Alors que la campagne pour 2027 s'annonce explosive, la question de la nomination du gouverneur de la Banque de France pourrait bien devenir un enjeu majeur. Entre les promesses de Jean-Luc Mélenchon sur une réforme des institutions et les menaces du RN sur l'indépendance de la BCE, le débat promet d'être vif. Un test pour la démocratie française, alors que le pays tente de se relever des crises successives.