Un discours choc contre l'hégémonie américaine
Devant le Parlement européen, Jordan Bardella a livré un plaidoyer virulent contre la politique agressive de Donald Trump envers l'Europe. Le président du Rassemblement national (RN) a dénoncé un « chantage » et une « menace » sans précédent, marquant une rupture avec les positions traditionnelles de son parti.
Une inflexion stratégique
Alors que le RN a longtemps cultivé des liens avec la mouvance trumpiste, Bardella a appelé à un « rapport de force » avec Washington. Une posture surprenante pour un parti habitué à critiquer l'Union européenne (UE) mais qui, cette fois, a exhorté Bruxelles à résister aux pressions américaines.
« Lorsqu'un président américain menace ouvertement un État européen, lorsqu'il combine une pression territoriale assumée avec un chantage commercial explicite, c'est un rapport de force qui s'impose », a-t-il déclaré. Une ligne dure qui contraste avec les déclarations récentes de certains alliés européens du RN, comme les Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, plus atlantistes.
Le Groenland, enjeu de souveraineté
Au cœur du conflit : les velléités d'annexion du Groenland par les États-Unis, accompagnées d'un ultimatum commercial. Bardella a exigé la suspension immédiate de l'accord UE-États-Unis signé l'été dernier, qualifiant cette situation d'« épreuve de puissance et de vérité ».
« Donald Trump nous place devant un choix clair : accepter la vassalisation, ou bien redevenir des acteurs souverains, capables de défendre nos intérêts et notre intégrité. »
Le Parlement européen a suivi cette recommandation en suspendant la ratification de l'accord, malgré l'opposition des Conservateurs et réformistes européens (ECR), qui y voyaient une « erreur ».
Un revirement ambigu
Les relations du RN avec l'administration Trump restent complexes. Si Bardella a récemment critiqué le milliardaire américain, il avait auparavant salué son « patriotisme ». Une ambiguïté qui reflète les tensions internes du parti.
Un proche de Marine Le Pen a nié tout revirement, soulignant que le RN n'a jamais « endossé la vision » de Trump. Pourtant, les liens avec Steve Bannon, ex-conseiller de Trump, se sont dégradés, ce dernier qualifiant Bardella de « petit garçon » et de « poids plume ».
Une Europe divisée
Alors que la crise transatlantique s'intensifie, la France et l'UE doivent choisir entre soumission et résistance. Bardella a appelé à des « mesures ciblées » contre les exportations américaines, une position rejetée par le Parti populaire européen (PPE), favorable à la « désescalade ».
Dans ce contexte, la question de la souveraineté européenne s'impose comme un enjeu majeur pour 2027, alors que les partis se positionnent face à l'hostilité croissante de Washington.