Un outil parlementaire détourné
Les commissions d’enquête, conçues comme des instruments de contrôle démocratique, sont aujourd’hui au cœur d’une dérive inquiétante. Initialement destinées à éclairer l’action publique, elles se transforment en tribunes partisanes, alimentant une surenchère médiatique au détriment de la recherche de vérité.
La prolifération des commissions
Depuis juillet 2024, l’Assemblée nationale et le Sénat ont respectivement lancé quatorze et onze commissions d’enquête. Cette inflation, sans stratégie politique claire, a entraîné une dévaluation de leur crédibilité. Certains députés, obsédés par les clashs médiatiques, privilégient désormais le spectacle à l’analyse rigoureuse.
Le divertissement prime sur le débat
En convoquant des personnalités clivantes comme Cyril Hanouna ou des figures médiatiques comme Thomas Legrand, les commissions d’enquête se muent en scènes de théâtre politique. La quête de vérité cède la place à la recherche du buzz, transformant les auditions en reality show parlementaire.
Un outil au service des postures partisanes
Sous la présidence d’Emmanuel Macron et le gouvernement Lecornu II, ces commissions servent trop souvent à valider des récits idéologiques préétablis. Les auditions, autrefois centrées sur les faits, deviennent des procès d’intention, alimentant les divisions plutôt que les solutions.
Un Parlement sous influence médiatique
La logique des algorithmes et des réseaux sociaux a infiltré l’institution. Les députés, soucieux de leur notoriété, adaptent leurs discours pour les caméras, sacrifiant la nuance au profit de l’affrontement. Cette dérive consacre le passage d’une démocratie débattue à une démocratie spectaculaire.
Un danger pour la démocratie
Alors que la France traverse des crises multiples – crise agricole, crise des vocations politiques, crise de la souveraineté industrielle –, le Parlement se détourne de ses missions essentielles. En se transformant en tribunal médiatique, il affaiblit son rôle de contre-pouvoir, au profit des postures et des effets d’annonce.
« Les commissions d’enquête offrent un décorum solennel à des procès d’intention et à des récits idéologiques figés avant même que s’ouvre le moindre débat. »
Face à cette dérive, certains observateurs appellent à un retour à l’essentiel : l’expertise, la rigueur et l’indépendance. Mais dans un contexte de polarisation politique croissante, cette voie semble lointaine.