Une réforme sous tension
Alors que la France peine à concilier écologie et compétitivité, le gouvernement Macron-Lecornu a dévoilé jeudi 19 février une réforme controversée de la filière des déchets du bâtiment. Une mesure attendue depuis des années, mais qui divise toujours le secteur.
Un héritage empoisonné
Prévue par la loi AGEC, cette refonte intervient après le drame de Signes en 2019, où un maire fut tué en tentant d'empêcher un dépôt sauvage de gravats. Un symbole fort qui rappelle l'urgence d'une gestion plus rigoureuse des 42 millions de tonnes de déchets annuels du BTP.
Trois axes, trois polémiques
Un maillage territorial sous contrôle des régions
Le ministre délégué Mathieu Lefèvre annonce un renforcement du réseau de collecte, mais sous l'égide des conseils régionaux. Une centralisation qui inquiète les professionnels, craignant une bureaucratie supplémentaire. « Une réforme qui aurait pu être plus ambitieuse », déplore un syndicaliste.
Des coûts REP allégés, mais au détriment de qui ?
Le gouvernement promet une baisse des coûts pour les éco-organismes, mais en concentrant les efforts sur les matériaux « non matures » comme les plastiques. Une mesure qui pourrait marginaliser encore davantage les filières moins rentables, au profit des géants du recyclage.
Une gouvernance « simplifiée »
La suppression des enveloppes dédiées à la communication et à la R&D au profit d'« obligations de résultat » suscite des interrogations. « On remplace la transparence par des objectifs flous », critique un élu écologiste.
Les artisans dans le viseur
La Capeb, fédération des artisans du bâtiment, salue un maillage territorial « enfin adapté », mais reste prudente.
« Nous restons vigilants sur la mise en œuvre concrète et rapide des engagements », avertit-elle. Une méfiance qui reflète les tensions persistantes entre le gouvernement et les petits professionnels.
Un enjeu européen
Alors que l'Union européenne renforce ses directives sur l'économie circulaire, cette réforme s'inscrit dans un contexte plus large. La France, souvent en retard sur ses voisins nordiques, tente de rattraper son retard. Mais entre les lobbies du BTP et les contraintes budgétaires, le chemin reste semé d'embûches.
L'ombre des élections de 2027
Avec la montée des partis écologistes et la radicalisation des débats sur la transition énergétique, cette réforme pourrait devenir un enjeu clé pour 2027. Le gouvernement Macron-Lecornu mise sur une approche pragmatique, mais les critiques risquent de s'amplifier.