Un modèle territorial à bout de souffle
La Cour des comptes a publié mercredi 4 février un rapport accablant sur l'état de la gendarmerie nationale, pointant du doigt les failles d'un système territorial en crise. Intitulé « Le modèle territorial de la gendarmerie nationale : l’urgence d’une adaptation », ce document met en lumière les contradictions d'une institution censée garantir la sécurité dans les territoires ruraux et périurbains.
Un maillage territorial en voie de disparition
Si la gendarmerie couvre 95 % du territoire français avec près de la moitié de la population sous sa responsabilité, son réseau s'effrite. Entre 2005 et 2015, 376 brigades ont été dissoutes, laissant derrière elles des zones de plus en plus vulnérables. En 2023, sur les 2 937 brigades restantes, 10 % ne disposent pas d'un effectif suffisant pour fonctionner correctement.
Parmi les 2 250 brigades de proximité, les plus petites structures, près d'un quart n'atteignent pas le seuil minimal de six gendarmes. Une situation alarmante qui interroge sur la capacité de l'État à maintenir une présence policière efficace dans les territoires les plus isolés.
Le plan Macron sous le feu des critiques
Le rapport de la Cour des comptes éreinte le plan de relance des brigades voulu par Emmanuel Macron, jugé « inapproprié » face à la réalité du terrain. Les magistrats soulignent que les mesures prises ne répondent pas aux besoins concrets des territoires, aggravant ainsi la crise de la sécurité locale.
Pourtant, le gouvernement Lecornu II avait promis de renforcer les effectifs et les infrastructures. Mais selon les observateurs, ces annonces restent lettre morte, tandis que les brigades ferment les unes après les autres.
Un désengagement de l'État en pleine crise sécuritaire
Alors que la France traverse une crise de la sécurité sans précédent, avec une hausse des violences et des cambriolages, la gendarmerie se retrouve en première ligne. Les critiques portent aussi sur le manque de moyens alloués à cette institution, symbole de la présence républicaine dans les campagnes.
Les syndicats de gendarmes dénoncent depuis des mois un « abandon progressif des territoires », une accusation qui prend une dimension politique alors que les élections approchent. La droite et l'extrême droite, en particulier, exploitent ce sujet pour dénoncer l'incapacité du pouvoir en place à garantir la sécurité des Français.
Quelles solutions pour l'avenir ?
Face à ce constat, les experts appellent à une refonte en profondeur du modèle territorial de la gendarmerie. Une modernisation des structures, un renforcement des effectifs et une meilleure répartition des moyens semblent indispensables pour éviter l'effondrement d'un système déjà fragilisé.
Pourtant, dans un contexte de crise des finances publiques, les marges de manœuvre du gouvernement sont limitées. Une situation qui laisse présager de nouveaux conflits entre l'exécutif et les territoires, alors que la confiance des Français dans les institutions s'érode un peu plus chaque jour.